Un bal en robe de chambre d’Eugène Labiche

Un bal en robe de chambre d’Eugène Labiche

16 juin 2016
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Un bal en robe de chambre d’Eugène Labiche et Marc-Michel

Épisode de la vie du grand monde, mêlé de couplets, représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre de la Montansier, le 12 octobre 1850. Edité en 1850.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
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L’argument

Le papa de la petite Cécile ne veut pas aider à payer le loyer de son vieux maître de danse. Qu’à cela ne tienne, Cécile va collecter l’argent nécessaire en organisant un grand bal, sans prévenir son cher père, qui voit arriver dans son salon orchestre et invités, alors qu’il est en robe de chambre et a ôté sa perruque…

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6282091b/f147

Extrait de la Revue illustrée de décembre 1890, article consacré à Céline Montaland. Source : BnF/Gallica

Cécile
Elle se met sur ses genoux.) Dis donc, mon petit papa, as-tu réfléchi à ce que je t’ai demandé ?…

Vertgazon.
Quoi ?

Cécile
Tu sais bien, M. Roquentin, mon pauvre vieux maître de danse… il a attrapé une entorse… il paraît que ça l’empêche de danser… de donner des leçons.

Vertgazon.
Oui… les entorses produisent cet effet, dit-on, sur les maîtres de danse.

Cécile.
Alors, il ne peut plus payer son loyer, et son propriétaire veut le mettre à la porte… dans la rue… c’est bien froid !

Vertgazon.
L’hiver, je n’en disconviens pas, mais en été…

Cécile, câlinant.
Mon petit papa, tu ne veux donc pas me donner ces huit cents francs… pour payer le loyer de M. Roquentin?

Vertgazon.
Non, ma fille, pour la vingtième fois non ! M. Roquentin est un vieux sauteur auquel je ne m’intéresse nullement… il t’a donné des leçons de danse, c’est vrai; mais je lui ai payé ses cachets… donc je ne lui dois rien, donc, laisse-moi  tranquille.

Cécile, le quittant en boudant.
C’est bien… je m’y attendais ; aussi j’ai trouvé un moyen.

Vertgazon.
Qu’est-ce que c’est ?

Cécile
C’est mon secret… mais, puisque tu ne veux pas payer… je paierai, moi.

Vertgazon.
Avec quoi ?

Cécile
Tiens, avec ma bourse… j’ai quinze francs… papa, combien me manque-t-il ?

Vertgazon.
Plus tard, ma fille, vous apprendrez les mathématiques. (À lui-même.) Il ne faut pas fatiguer les enfants.

Cécile
Une fois… deux fois… tu ne veux pas ?

Vertgazon
AIR : Du haut en bas.
Je suis de roc!

Cécile
Ce pauvre homme est dans la misère!

Vertgazon
Je suis de roc!
Je suis plus têtu qu’un vieux coq!

Cécile (câlinant et lui tapotant les joues.)
Allons! écoute ma prière…
Je t’aimerai bien, p’tit pépère!

Vertgazon. (Parlé.)
Je suis de roc !

Cécile, sérieuse.
Alors, c’est toi qui l’auras voulu… Je ne me repens pas de ce que j’ai fait.

Vertgazon.
Qu’as-tu fait ?

Cécile
Tu le verras.

Vertgazon.
Dis-le moi… je t’en prie.

Cécile (Chanté; même air.)
Je suis de roc !

Vertgazon
Cède à la voix de la nature !…

Cécile
Je suis de roc !

Vertgazon
Eh bien ! voyons!… faisons un troc :
Dis-moi ton secret, j’t’en conjure…
Et j’te donne… un pot de confiture!

Cécile, après un moment d’hésitation.(Parlé.)
Je suis de roc !

Vertgazon.
Ah ! elle me prend mes mots ! est-elle spirituelle  !

Cécile
Tout ce que je puis te dire… c’est que je paierai… avec mon travail… avec mes talents… et il ne t’en coûtera rien du tout.

Vertgazon, riant.
Avec ses talents… 800 francs!… Ah! je rirais… si je n’avais pas envie de dormir… Bonsoir, ma fille.

Cécile
Bonsoir, papa. J’ai idée que tu ne dormiras pas bien cette nuit !

Vertgazon.
Pourquoi ça ?

Cécile
Parce que tu as été méchant avec ta petite fille.

Vertgazon, à part.
C’est un prodige !… Madame de Staël!

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