Un ami acharné d’Eugène Labiche

Un ami acharné d’Eugène Labiche

19 juin 2016
/ / /
Comments Closed

Un ami acharné d’Eugène Labiche et Alphonse Jolly

Comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre des Variétés le 19 janvier 1853.
Distribution: 4 hommes et 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien sur la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

« Jusqu’à présent, l’épithète d’acharné ne s’était guère accolée qu’à ennemi. Un ami acharné est une de ces transpositions hardies de style, de ces métonymies violentes dont le vaudeville est prodigue. Il est vrai qu’un ami qui s’attache à vous et pénètre avec effraction dans tous les secrets de l’intimité peut être beaucoup plus insupportable qu’un ennemi qu’on ne voit jamais et qui ne peut vous faire du mal que de loin. M. Dumoncel, associé du banquier Lefebvre, est, malgré cette profession bourgeoise et la blancheur peu africaine de son teint, un véritable Othello en frac et en pantalon noirs. II est jaloux comme plusieurs tigres du Bengale de sa femme qu’un sylphe mystérieux parfume chaque jour d’un bouquet de violettes de Parme.  Mme Dumoncel prétend que c’est elle-même qui se fait cette galanterie, explication qui semble peu vraisemblable à son jaloux, à force d’être naturelle, d’autant plus qu’il voit un bouquet tout pareil à la main d’un jeune homme charmant, M. Jules de Lucenay, qui fréquente beaucoup chez M. Lefebvre.  Dans une conversation, Lucenay étale de grands principes de délicatesse à l’endroit de la foi conjugale ;  il prétend qu’il respecterait l’honneur d’un mari dont il aurait touché la main et mangé le pain et le sel. Cette rigidité arabe enchante Dumoncel qui n’a plus d’autre idée que de conquérir l’amitié de Lucenay ; il l’accable de prévenances, de petits soins, il monte la garde à sa place, il lui donne des loges d’Opéra; il dépasse, en dévouement, Pylade, Nisus, Pythias-et même cet ami à trois francs par jour dont Alphonse Karr raconte si plaisamment la drôlatique histoire.

Lucenay, que cette furie amicale dont i. ne comprend pas le motif ennuie au delà de toute expression envoie Dumoncel à tous les diables- et lui fait mille rebuffades capables de rebuter tout autre qu’un ami acharné. Mais Dumoncel n’a qu’une idée : celle que Lucenay lui donne la main et mange sa soupe. Jusque-là il ne sera pas tranquille.– Lucenay, cependant, ne pense guère à Mme Dumoncel : il fait les doux yeux à la jolie Lucie, fille de Lefebvre, qu’il veut épouser. Grâce à la bêtise de Dumoncel, qui a mêlé une lettre de lorette à d’ autres papiers, Lucenay se voit sur le point d’être mis à la porte. La lettre, signée Mlle Caboche, est adressée à Jules. Dumoncel s’appelle Jules comme Lucenay, et endosse le poulet. A ce moment, un air de piano se fait entendre,- c’est Mme Dumoncel qui parcourt le clavier de ses doigts agiles. Ce thème connu rappelle à Lucenay de tendres souvenirs ; il a eu jadis pour Mmme Dumoncel des sympathies partagées, et il peut en toute conscience donner la main à Dumoncel. Ce qui est fait n’est plus à faire. Lucie, rassurée, sourit gracieusement à Lucenay, et tout finit pour le mieux dans le meilleur des vaudevilles.  » Extrait de La Presse du 1er février 1853. Source : Bnf/Gallica

Un extrait

Dumoncel
Vois-tu… c’est la musique qui est cause de tout… sans elle, je serais encore garçon !
Lefèvre
Comment ça ?
Dumoncel
C’est plus fort que moi… quand j’entends de la musique, je tombe en extase… c’est comme un courant magnétique qui me prend depuis la racine des cheveux… enfin, je suis organisé !… j’ai le malheur d’être organisé !… Avant mon mariage, je passais tous mes dimanches à te jouer du flageolet… te rappelles-tu ?
Lefèvrevivement.
Oh! oui!
(Il se lève, son journal à la main.)
Dumoncel
Même que tu me disais toujours : Dumoncel, pourquoi ne vas-tu pas à la campagne ?… Mais va donc à la campagne !…
Lefèvre
Ça m’aurait fait plaisir.
Dumoncel
J’aurais dû t’écouter… (Tristement.) mais je suis allé au Conservatoire !… ce jour-là, il y avait un concours, pour piano… je tombai au milieu d’un essaim de jeunes demoiselles… quand je dis demoiselles… toujours sans garantie du gouvernement !… j’en entendis une, deux, trois… médiocres. Enfin, Eugénie parut ! ma femme !… Ah! mon am i!… quel talent ! quelle vigueur ! et quel morceau!
AIR : Un homme pour faire un tableau.
Je fus ébloui, fasciné !
Que veux-tu? maintenant encore
Je sens tout mon être entraîné,
Quand j’entends cet air que j’adore!
La Sirène ainsi me charma,
Et sur moi sachant son empire,
Choisit toujours ce morceau-là
Quand elle veut un cachemire !
(Parlé.) Je n’ai pas besoin de te dire qu’elle emporta le prix d’emblée !… Dans mon enthousiasme, je me fis présenter chez sa mère… une femme âgée… qui plus tard s’est trouvée être sa tante…
Oui, nous lui faisons quarante francs par mois… et des politesses au jour de l’an… des oranges… une voie de bois… des bêtises… bref ! je fus reçu dans la maison… on m’invita à dîner, on me pria d’apporter mon flageolet… je l’apportai!… et à force de faire des croches et des doubles croches… un beau jour, je me trouvai accroché.
Lefèvre
Marié !
Dumoncel
Accroché!… marié!… c’est ce que je voulais dire.
Lefèvre
Tu n’as pas le sens commun! Mme Dumoncel est une femme remplie d’attachement à ses devoirs…
Dumoncel
Tu vois bien… Tu me dis encore ça d’un air narquois.

Comments are closed.

Libre Théâtre 2015 - Designed by Klasik Themes.