Prométhée par Martin Harriague

La Scala Provence, 3, rue Pourquery de Boisserin – Avignon
du 19 au 25 juillet à 18h30. Relâche le 20 juillet

Prométhée de Martin Harriague

Figure de la transgression et de l’émancipation, Prométhée incarne celui qui arrache aux dieux le feu de la connaissance pour l’offrir aux hommes. De la littérature à la peinture, de la musique à la danse, ce mythe n’a cessé d’inspirer les artistes parce qu’il interroge tout à la fois le progrès, la liberté, la création et le prix parfois exorbitant de toute conquête humaine.

Pour sa deuxième création en tant que directeur de la danse de l’Opéra Grand Avignon, après l’inoubliable America, Martin Harriague a choisi la première musique de scène de Ludwig van Beethoven, Les Créatures de Prométhée. Cette partition d’une grande richesse mélodique, à la fois lumineuse et profondément théâtrale, est déjà traversée par cette énergie dramatique qui annonce le Beethoven à venir. En résidence auprès de l’Orchestre National Avignon-Provence, Fabien Cali prolonge l’œuvre du compositeur par une relecture contemporaine de l’histoire de Prométhée, ouvrant un dialogue sensible entre le mythe grec, la partition beethovénienne et son incarnation chorégraphique.

Le livret perdu des Créatures de Prométhée racontait comment Prométhée, après avoir dérobé le feu aux dieux, donnait vie à deux statues d’argile qu’il avait lui-même modelées. Martin Harriague en fait le premier tableau, saisissant, de sa création : deux corps inanimés, étendus sur une table d’opération, sont peu à peu éveillés à la vie par deux manipulateurs qui les façonnent avec une brutalité dérangeante. La scénographie alterne ensuite avec habileté des scènes et décors d’une blancheur quasi clinique, évoquant les questions scientifiques et éthiques qui nous traversent aujourd’hui, et des tableaux renvoyant plus directement au mythe grec, jusqu’à reproduire certaines scènes fameuses des céramiques attiques à figures noires, dans une fascinante mise en abyme muséale.

Dans cet écrin musical et scénographique, le Ballet de l’Opéra Grand Avignon offre une prestation époustouflante. Les douze danseuses et danseurs alternent scènes d’ensemble, duos et solos avec une virtuosité rare. Homogène par son niveau d’excellence, la troupe frappe aussi par la singularité de chacun de ses interprètes : diversité des silhouettes, des présences, des origines. Cette pluralité des corps, encore trop rare sur les plateaux de ballet, donne à l’ensemble une humanité et une force particulières. Martin Harriague compose avec cette diversité une grammaire chorégraphique d’une grande richesse, donnant à chaque danseur ou danseuse l’occasion de révéler leur singularité tout en participant à la force collective du plateau.

Le public de la Scala Provence ne s’y est pas trompé, ovationnant debout le ballet et le chorégraphe pendant de très longues minutes.

Un coup de cœur de Libre Théâtre.

Critique de Ruth Martinez
Spectacle vu le 18 juillet 2026


Dans la version présentée à la Scala Provence, le spectacle est donné sans orchestre. L’enregistrement a été réalisé avec l’Orchestre national Avignon-Provence.

Une création de Martin Harriague

Chorégraphie Martin Harriague en collaboration avec les danseurs
Musiques Ludwig van Beethoven et Fabien Cali
Direction musicale Swann van Rechem
Mise en scène, décor, lumières Martin Harriague
Dramaturgie Claire Manjarres et Martin Harriague
Costumes Mieke Kockelkorn

Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Directeur de la danse Martin Harriague
Maître de Ballet Ari Soto  
Prométhée : Kiryl Matantsau
Epiméthée : Evan Inguanez, Sylvain Bouvier (Zeus)
Les Créatures : Daniele Badagliacca, Lucie-Mei Chuzel, Elisa Cloza, Léo Khebizi, Hanae Kunimoto, Tabatha Longdoz, Giorgia Talami, Miguel Teixeira, Donia Abdin Sanz et Maira Renee

Coréalisation Opéra Grand Avignon et Orchestre national Avignon-Provence

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