L'Empereur des Boulevards
Au Verbe Fou, 95 rue des Infirmières – Avignon
du 3 au 25 juillet 17h45. Relâche les 8, 15, 22 juillet
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui le succès dont jouissait Georges Feydeau à la Belle Époque. Figure incontournable de la vie culturelle parisienne, il est au cœur de l’effervescence artistique de son temps, fréquentant les salons, les théâtres et les ateliers où se croisent les grandes figures des lettres, des arts et du spectacle. Issu d’un milieu cultivé, il devient rapidement le maître incontesté du vaudeville, enchaînant les succès populaires avec Monsieur chasse !, La Dame de chez Maxim, Le Dindon ou La Puce à l’oreille. Observateur impitoyable de la bourgeoisie, il transforme les petits mensonges du quotidien, les adultères, les conventions sociales et les faux-semblants en une mécanique théâtrale d’une précision horlogère, qui continue à fonctionner plus d’un siècle après sa disparition.
Mais derrière les éclats de rire se dessine une existence plus contrastée. Les triomphes alternent avec les échecs, les périodes d’aisance avec des difficultés financières qui le contraignent à vendre sa prestigieuse collection de tableaux. Sa vie privée nourrit également son inspiration : son mariage, puis sa séparation, annoncent un glissement de son œuvre vers des comédies de mœurs plus acides, où l’observation psychologique prend le pas sur la seule virtuosité du vaudeville. Les dernières années sont assombries par la maladie. Atteint de troubles liés à la syphilis, Feydeau est interné en maison de santé en 1919, où il s’éteint deux ans plus tard, à seulement cinquante-huit ans.
Olivier Schmidt s’empare de cette existence foisonnante pour composer une comédie biographique qui, peu à peu, laisse affleurer le tragique. Autour de la figure centrale de Georges Feydeau gravite une véritable galerie de personnages, incarnés par quatre comédiens lancés dans un tourbillon de métamorphoses et de changements de costumes. Carolus-Duran, Eugène Labiche, Sarah Bernhardt, Sacha Guitry, Yvonne Printemps ou encore Raimu surgissent ainsi au fil du récit, comme autant de figures emblématiques d’une époque dont Feydeau fut à la fois l’un des acteurs majeurs et l’un des observateurs les plus lucides.
Le spectacle mêle scènes de la vie de l’auteur, extraits de ses pièces et fragments d’entretiens, faisant dialoguer l’homme et l’œuvre. À mesure que défilent les succès, les rencontres, les amours et les revers, le portrait se nuance et s’assombrit. Derrière le maître du vaudeville, célébré dans tout Paris, apparaît un homme fragile, confronté aux échecs, aux difficultés financières, aux désillusions conjugales et, enfin, à la maladie.
Porté par l’énergie des interprètes et par un rythme volontairement échevelé, le spectacle restitue avec beaucoup de fantaisie l’effervescence du monde théâtral de la Belle Époque. Il offre ainsi d’une manière plaisante et documentée l’occasion de se replonger dans la vie de Georges Feydeau, tout en montrant combien son théâtre est nourri par son expérience intime et par l’observation acérée de ses contemporains.
Un joli spectacle à voir.
Critique de Ruth Martinez
Spectacle vu le 20 juillet 2026
Ecriture et mise en scène : Olivier Schmidt
Interprétation : Vincent Albaracin, Damien Cochin, Carla d’Emilia, Julie Fidel et Kévin Maille
Production : Compagnie Le Courrier des Théâtres
