La Nouvelle Idole de François de Curel
Caricature du docteur Eugène Doyen dans La Vie ardennaise illustrée. Journal artistique et littéraire. Source : wikimedia

La Nouvelle Idole de François de Curel

La Nouvelle Idole de François de Curel

Pièce en trois actes, représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre Antoine, le 11 mars 1899. Représentée à la Comédie-Française le 26 juin 1914.
Distribution : 4 hommes, 4 femmes
Retraitement par Libre Théâtre à partir de l’édition du Théâtre complet de Françoise de Curel (tome 3) : textes remaniés par l’auteur avec l’historique de chaque pièce, suivi des souvenirs de l’auteur. (Source : Gallica)
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre

Argument

Albert Donnat, médecin réputé et professeur à l’Ecole de médecine, a commis un acte irréparable. Travaillant sur le cancer et soignant une jeune religieuse phtisique dont le diagnostic laisse présager sa mort prochaine, il lui inocule une tumeur pour en pouvoir suivre l’évolution. Le scandale de ses expérimentations humaines est dévoilé par la presse. Sa femme le rejette violemment, dans un premier temps, et essaie de trouver du réconfort auprès d’un jeune psychologue expérimental. La jeune fille guérit miraculeusement de sa phtisie, après avoir bu de l’eau de Lourdes, sans savoir qu’elle va bientôt mourir d’un autre mal : le savant constate que le cancer « inoculé » se développe à grande vitesse dans le corps de la patiente. Albert décide alors de s’injecter à son tour les cellules cancéreuses.


À propos de la pièce

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9030893j/
M. de Curel, académicien / Agence Meurisse. Source : Gallica

Les pièces de François de Curel sont des « pièces à thèses ». Elles s’inscrivent dans la veine naturaliste et mettent en scène des problèmes philosophiques et moraux : les rapports familiaux, la réalité sociale, les questions morales…

François de Curel, dans la Nouvelle Idole, oppose trois Idées qui permettent, selon lui, à l’homme de s’élever : la Science (incarnée par Albert Donnat), la Foi (incarnée par la jeune religieuse Antoinette Milat) et l’Amour (incarnée par la femme d’Albert Donnat, Louise).


La création

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10501855q/f13.item
Caricature d’André Antoine par Camara (vers 1905). Source Gallica

La pièce est crée le 11 mars 1899 au Théâtre Antoine, par André Antoine, qui signe la mise en scène et interprète le rôle principal d’Albert Donnat.
Les réactions de la presse sont très positives comme se plaît à le rappeler François de Curel dans la préface introduisant la pièce dans l’édition de ses œuvres complètes (consultable sur Gallica)
Dans le Journal Catulle Mendès écrit : « pour la première fois sur la scène française, des idées abstraites en opposition sont devenues des êtres réels en conflit, réels et vivants, d’une humanité si douloureuse qu’elles créent, dans la sublimité spirituelle, un poignant drame sensuel. »
Léon Kerst dans le Petit Journal : « J’ai bien dit un chef-d’oeuvre. Et j’entends maintenir le mot ; car jamais, si j’interroge mes souvenirs, je n’ai éprouvé sensation pareille ni émotion comparable… Que cela est beau ! Et quelle puissance détient le penseur qui peut vous faire ainsi vibrer par la seule force de l’Idée et du Verbe qui l’exprime. »
Robert de Flers dans la Liberté : « À peu près seul en ce temps où l’ironie, le scepticisme et la rosserie se partagent les scènes parisiennes, M. de Curel a eu la noble audace de porter à la rampe les conflits des plus graves problèmes contemporains. »
Seul le célèbre critique Sarcey émet des réserves mais François de Curel retient les aspects positifs le concernant : « Il a des qualités indéniables d’homme de théâtre. Il y a, dans la Nouvelle Idole, une scène dont l’idée, au point de vue purement dramatique, est géniale. »


La mise en scène d’André Antoine

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Une_le%C3%A7on_clinique_%C3%A0_la_Salp%C3%AAtri%C3%A8re.jpg
Une leçon clinique à la Salpêtrière, André Brouillet, 1887. Source : wikimedia.

Le deuxième acte se déroule chez le psychologue expérimental, Maurice Cormier, où la femme d’Albert Donnat vient se réfugier. Il pratique l’hypnose pour soigner les névroses hystériques de jeunes femmes. Le cabinet permet d’observer sans se faire voir les réactions des jeunes femmes une fois hypnotisées. Mireille Losco-Lena dans un article intitulé «Une leçon clinique à la Salpêtrière, 1887 : trois conceptions de la mise en scène théâtrale » souligne la mise en abyme du dispositif théâtral sur lequel travaille André Antoine avec le Théâtre-Libre : observer depuis le « quatrième mur » les milieux et les gestes (voir aussi sur Libre Théâtre, le théâtre de Zola et le naturalisme) : « Antoine invente un usage nouveau de la mise en scène : il en fait un outil d’observation en faisant glisser dans le champ du spectacle théâtral l’expérience du regard clinique. »


Une histoire inspirée d’articles concernant d’Eugène Doyen

Caricature du docteur Eugène Doyen dans La Vie ardennaise illustrée. Journal artistique et littéraire. Source : wikimedia

Eugène Doyen est considéré comme l’un des rénovateurs de la chirurgie française de la fin du XIXème siècle malgré ses théories inexactes sur le cancer et ses pratiques controversées. Il est l’inventeur de nombreux instruments chirurgicaux et de perfectionnements dans la technique opératoire.
À partir de 1888, il s’engage dans des expériences d’immunisation contre le cancer. En 1891, éclate « l’affaire Doyen » dite de la « greffe cancéreuse » qui fait scandale dans les journaux. Sur deux de ses patientes, il est accusé d’avoir prélevé un fragment tumoral sur un sein malade pour le greffer sur le sein indemne. La justice ouvre une enquête qui, faute de preuves, reste sans suites. Ces travaux l’éloignent de la Faculté et l’isolent dans ses recherches.
Il croit plus tard découvrir le germe en cause dans les cancers et utilise des sérums et un vaccin censé permettre la rémission de certaines tumeurs. Sa renommée internationale lui permet de proposer des traitements très onéreux qui n’aboutissent pas. Il est définitivement discrédité aux yeux de la communauté académique mais continue de faire paraître des articles dans les publications médico-chirurgicales.


La Nouvelle Idole est l’une des premières œuvres littéraires qui mentionne le cancer, au moment où se développe la peur de cette maladie.

Pour aller plus loin :

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Le Démon du Foyer de George Sand
Source : archive.org

Le Démon du Foyer de George Sand

Le Démon du Foyer de George Sand

Comédie en deux actes représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 1er septembre 1852.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre

L’argument

https://archive.org/details/bub_gb_E8Mg4MocbkYC
Source : archive.org

Le maestro Santorelli a adopté trois jeunes filles après la mort de leur mère : Nina, l’aînée, est une parfaite maîtresse de maison, douce et sensible ; Camille, modeste et très attentive aux autres, se révèle une cantatrice de premier ordre ; enfin Flora possède une beauté ravageuse mais a un caractère difficile et est jalouse du succès de Camille.

Un Marquis, ami du maestro, leur rend visite. Il a entendu chanter Camille et est tombé sous le charme. Troublé par la beauté de Flora, il est d’abord persuadé que c’est elle, la merveilleuse cantatrice, et lui fait part de son admiration. Mais il rend vite compte de son erreur. Flora, terriblement dépitée se laisse enlever par un prince qui se dit l’ami des artistes, et qui lui fait obtenir un engagement pour Naples. Toute la famille, accompagnée du marquis, part à la poursuite de Flora pour lui faire entendre raison.

 

La presse lors des premières représentations

Echo des coulisses, 8 septembre 1854. Source : Bnf/Gallica
« Il fait si bon d’avoir à louer en toute franchise, et sans arrière pensée, d’avoir à rendre compte d’une de ces comédies écrites avec le cœur et qui sont tout simplement de petits chefs-d’œuvre! Le Démon du Foyer n’est rien moins que cela. Idée simple, intrigue nulle si l’on veut, ce n’en est pas moins un tableau de mœurs, plein de grâce et de fraîcheur et qui repose des déclamations du gros mélodrame et des lazzis, un peu trop crûs quelquefois, des vaudevilles à la mode.
Ainsi que nons l’avons dit, le sujet est des moins compliqués. — Un Maestro a élevé trois jeunes filles, Nina, l’aînée, a pris soin du ménage, c’est un cœur excellent, une nature exceptionnelle. – La cadette, Camille, est devenue une cantatrice distinguée, une des gloires du théâtre de Milan, — et la plus jeune, Flora, le démon du foyer — est un peu coquette — un peu jalouse, — très envieuse, aussi fait-elle le tourment de l’excellente famille. C’est pour ne plus assister aux triomphes de sa sœur Camille , qu’elle se laisse enlever par un prince soi-disant ami des artistes, et qui lui fait obtenir un engagement pour Naples. — La famille désolée poursuit la fugitive qui reconnaît ses fautes et promet de se corriger.
On le voit, le sujet est des plus simples et cependant il y a là-dedans des scènes très touchantes, des caractères largement tracés qui ont toujours rendu l’auditoire attentif. Le succès a été complet. » Henri Lacroix

Voir aussi Le Nouvelliste, article de A. Roche du 3 septembre 1852. Source : BnF/Gallica : « un chef d’œuvre de l’esprit et de délicatesse »

 

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Le Mariage de Victorine de George Sand
Source : BnF/Gallica

Le Mariage de Victorine de George Sand

Le Mariage de Victorine de George Sand

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 26 novembre 1831.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger sur Libre Théâtre
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L’argument

George Sand imagine une suite à la pièce de Sedaine, Le Philosophe dans le savoir, représentée en 1765. Dans la pièce de Sedaine, le riche négociant Vanderk marie sa fille. Le même jour, son fils Alexis doit se battre en duel contre un officier qui a traité tous les commerçants de fripons. Alexis considère que son père a été insulté. L’atmosphère de fête liée au mariage est donc assombri par la perspective de ce duel.
George Sand choisit Victorine, la fille d’Antoine, l’homme de confiance de M. Vanderke, comme personnage central de sa comédie. On comprenait dans la pièce de Sedaine que Victorine était éprise d’Alexis, en dépit de sa condition sociale. La pièce de George Sand s’ouvre avec l’annonce du mariage de Victorine avec Fulgence, le jeune commis fier et ambitieux de M. Vanderke. Victorine est soucieuse d’obéir à son père,  mais elle sent confusément que ce mariage ne la rendra pas heureuse. Elle a du mal à avouer son amour pour Alexis, qui l’aime aussi, mais dissimule également ses sentiments. Fulgence se rend compte de l’indifférence de Victorine à son égard et des sentiments qu’elle éprouve pour Alexis. Il lui indique qu’une fois mariés, ils quitteront la maison de M. Vanderke. Victorine tente de lutter contre Fulgence et contre son père. Son salut viendra de la perspicacité de M. Vanderke et de sa générosité.

George Sand précise dans sa préface :  « Ce sont des hommes bien trempés, qui luttent contre les fausses idées de leur siècle, tout en conservant avec la même fermeté les idées éternellement bonnes et vraies. On respire l’honneur, le courage et la générosité dans l’atmosphère de M. Vanderke. On sent que rien de grand et de fort ne sera impossible dans cette famille ; et, en présence de ce chaste amour de la petite Victorine pour l’héritier d’un nom et d’une fortune, en présence de cette fierté puritaine du vieux Antoine, qui s’efforce d’étouffer l’amour de sa fille, on ne peut pas douter un instant du résultat que Sedaine a laissé prévoir et que j’ai osé montrer. »

 

Pour en savoir plus

Olivier Bara. « Du théâtre de Nohant aux scènes parisiennes: répétitions, adaptations,réécritures. » Tréteaux et paravents. Le théâtre de société au XIXe siècle, Créaphis, pp.167-181, 2012.<hal-00910241>

Critique enthousiaste de Louis Huart dans L’Argus : revue théâtrale et journal des comédiens du 29/11/1851. Source : BnF/Gallica

Critique acerbe de Francisque Sarcey dans Quarante ans de théâtre : feuilletons dramatiques. [Volume 4] 1900, disponible sur Gallica

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8402646r/f1.item
Le mariage de Victorine, comédie de George Sand : estampe de 1851. Source : BnF/Gallica
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Les Vacances de Pandolphe de George Sand
Les vacances de Pandolphe, comédie de George Sand : estampe / dessin de Maurice Sand. Source : BnF/Gallica

Les Vacances de Pandolphe de George Sand

Les Vacances de Pandolphe de George Sand

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 3 mars 1852.

Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger sur Libre Théâtre
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Lien vers tout le théâtre de George Sand sur Libre Théâtre

Résumé

Pandolphe, un docteur en droit, vient d’arriver à sa maison de campagne et espère se reposer. Il est accueilli par Marinette, sa fidèle servante et par Pédrolino, son jeune jardinier. Mais son repos est rapidement troublé par l’irruption de Léandre, un marquis, avec qui il est en affaire. Il découvre aussi que Violette, la filleule de Marinette, est également dans la maison. Pédrolino en est éperdument amoureux et veut l’épouser. On apprend que Violette vient d’hériter. Elle demande à Pandophe de l’accompagner dans ses démarches.  Léandre et Pascariel, son ancien valet vont tout faire pour essayer de capter l’héritage avec l’aide d’Isabelle, une aventurière et de Colombine, sa servante.

Une comédie inspirée par la comédie italienne.

« Dans les Vacances de Pandolphe, le personnage principal est un professeur de droit, un bourgeois pur et simple, un misanthrope bienfaisant qui aime paternellement et qui est filialement aimé » Extrait de la Correspondance de George Sand. Source : BnF/Gallica

 

Les réactions des critiques

Article du Ménestrel du 07 mars 1952. Source : BnF/Gallica

« Gymnase.—Ce théâtre devient de plus en plus littéraire. La pièce qu’il vient d’offrir au public sous le titre : Les Vacances de Pandolphe, est une tentative hardie, originale, due à une plume vigoureuse, décidément en mesure d’aborder tous les genres dramatiques. Dans cette oeuvre, qui a le caractère du pastiche, Mme George Sand a voulu marier la fantaisie bouffonne de la comédie italienne avec le style de Molière et la langue du Berri. Les célèbres types de Léandre, Pierrot (Pedrolino), Pascariel, Colombine, Isabelle, etc., se meuvent dans ces trois actes au milieu d’une action comique et intéressante. Certes, cette bizarre fusion ne saurait plaire à tout le monde ; et la crudité de certains termes empruntés aux comédies de Poquelin, ainsi que la folle exagération de quelques scènes, ont dû provoquer une opposition pudibonde dans l’élégante salle du boulevard Bonne Nouvelle, où ce genre est tout-à-fait dépaysé. Mais le rigorisme d’une partie du public n’a pu tenir contre l’originalité de l’ensemble et surtout contre l’admirable verve des interprètes. Ici, nous n’avons que des éloges à donner. Bressan remplit le rôle de Pedrolino d’une façon ravissante. Lafontaine est un amusant capitaine Fracasse de la vieille roche ; son duel avec Pascariel a excité une hilarité générale. Mlle Figeac est une Colombine des plus délurées. Mais deux figures ressortent un peu plus sérieusement dans ce tableau bouffon : celle du docteur Pandolphe, personnage plein de sens et d’une brusque bonhomie, parfaitement joué par Numa ; et, enfin, Violette, dont la physionomie douce et modeste tranche également avec tous ces types extravagants de la comédie italienne. Ce rôle, confié à Mme Rose Chéri, se signale par une grande sobriété de paroles et de toilette, et notre charmante comédienne nous prouve qu’elle n’a besoin ni de phrases pompeuses ni de costumes luxueux pour impressionner le public. Une simple robe de bure, un langage vrai, un accent qui part du coeur, voilà tous les frais de Mme Rose Chéri dans les Vacances de Pandolphe, et avec ce simple contingent elle domine l’oeuvre de Mme George Sand. Ajoutons que la mise en scène est des plus soignées ; il y a tels décors, notamment celui du second acte, qui inspirera de la jalousie à maint théâtre spécialement consacré à cet accessoire. En somme, ce pastiche de Mme George Sand, ainsi servi par Mme Rose Chéri, Bressan, Numa et Lafontaine, mérite d’attirer tout Paris ; et ce sera sa destinée. »
JULES LOVY.

Voir aussi les critiques sévères de :
– Albert Monnier dans Le Journal pour rire du 12 mars 1852 sur Gallica
– Auguste Lireux dans Le Constitutionnel du 10 mars 1852 sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84026779/f1.item
Les vacances de Pandolphe, comédie de George Sand : estampe / dessin de Maurice Sand. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

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Claudie de George Sand
Théâtre de la Porte Saint Martin. Claudie. 3e acte. Claudie, mademoiselle Lia-Félix ; madame Fauveau, madame Genot ; la Grand'Rose, Daubrun ; Rémy, M. Bocage ; Sylvain, M. Fechter ; Fauveau, M. Perrin ; Denis Ronciat, M. Barré : [estampe] / Janet Lange [sig.] 1851. Source : BnF/Gallica

Claudie de George Sand

Claudie de George Sand

Drame en trois actes représenté pour la première fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 11 janvier 1851.
Distribution: 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Claudie fait les moissons avec son grand-père le Père Rémy chez les métayers Fauvreau. Le fils Fauveau, Sylvain tombe amoureux de la jeune fille, travailleuse et réservée. Mais le père Fauveau a d’autres vues pour son fils : la Grand’Rose, la propriétaire de la métairie, une belle femme riche et élégante que convoite également Denis Ronciat. Claudie rencontre par hasard sur Denis Ronciat.  On comprend très vite qu’il est à l’origine de ses malheurs : il a séduit Claudie quand elle avait 15 ans en lui promettant le mariage mais il l’a abandonnée. Un enfant est né de cette liaison. C’est dans la misère que Claudie a élevé son enfant,  décédé à l’âge de trois ans. Denis Ronciat révèle une partie de l’histoire à Rose qui, jalouse de l’intérêt de Sylvain pour Claudie, veut éloigner la jeune fille et son père. Sylvain est désespéré. Dans une très belle scène, le Père Rémy prend la défense de Claudie et ridiculise Denis Ronciat, qui est chassé. Tout le village entoure et soutient Claudie. Sylvain lui demande sa main.

À propos de Claudie

Jules Lemaître dans Impressions de théâtre 1ère série à propos de la reprise de Claudie au Théâtre national de l’Odéon, 16 mai 1887 sur Gallica 

« J’ai constaté avec joie, la semaine dernière, le grand succès de Claudie. Personne, je crois, n’a complètement échappé au charme de cette dramatique idylle. (…)
Oui, tous ces personnages sont vrais. Du moins ils le sont assez à mon gré. L’action est d’une simplicité lumineuse ; elle sort tout entière d’une situation initiale et se développe sans aucune intrusion du hasard : ce qui est une des marques des belles œuvres dramatiques. Et le décor, qui agrandit et embellit les personnages, explique l’action et y contribue. Ce drame est aussi une géorgique ; et géorgique et drame semblent ici inséparables. Le « milieu » est justement celui où le dénouement de la pièce (le mariage d’une fille-mère avec un autre homme que le séducteur) pouvait être accepté le plus aisément : car les paysans, s’ils ont plus de superstitions, ont moins de préjugés sociaux que la bourgeoisie. M. Dumas fils, rien qu’en transportant la même histoire dans une classe supérieure (Denise), s’est créé des difficultés dont lui seul peut-être pouvait triompher.
Dans Claudie, cela va tout seul. C’est en pleine campagne qu’un drame évangélique se trouve encore le mieux à sa place. On a cette impression, que le profond sentiment de justice et de charité, en vertu duquel Ronciat est condamné et Claudie absoute et relevée par le père Rémy, par Sylvain, par la mère Fauveau, par la Grande Rose, et même par le père Fauveau, est, comme la gerbe de blé, un produit du travail de la terre. »

Voir aussi la critique de Clément Caraguel dans l‘Argus du 24 janvier 1851 : « La hardiesse de l’idée, la réalité et la logique des caractères, la hauteur soutenue de la pensée et la force de l’exécution font de cette pièce une des œuvres les plus vivantes de Georges Sand. L’effet produit a été immense. Nous avons entendu crier au paradoxe; avouez cependant qu’il est bien rare qu’un paradoxe s’empare à ce point de la foule et produise ces frémissements d’une émotion irrésistible. »

Illustrations sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437034v
Théâtre de la Porte Saint Martin. Claudie. 3e acte. Claudie, mademoiselle Lia-Félix ; madame Fauveau, madame Genot ; la Grand’Rose, Daubrun ; Rémy, M. Bocage ; Sylvain, M. Fechter ; Fauveau, M. Perrin ; Denis Ronciat, M. Barré. Dessin de Janet Lange.1851. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437033f
Le théâtre illustré. Claudie, représentée au théâtre de Cluny : dessin de M. Adrien Marie et Gillot sc. 1879. Source : BnF/Gallica
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Monsieur Vernet de Jules Renard
Illustrations de Maillaud extraites de l’édition Fayard de 1911. Source : BnF/Gallica

Monsieur Vernet de Jules Renard

Monsieur Vernet de Jules Renard

Comédie en deux actes représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903. Entrée dans le répertoire de la Comédie-Française en le 30 mai 1933.
Distribution : 3 hommes, 5 femmes
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr.


L’argument

M. Vernet est un brave homme qui aime l’escrime et les artistes. Il invite un soir Henri Gérard, un jeune homme avec lequel il s’entraîne à l’épée et découvre qu’il est poète. La famille Vernet doit partir pour deux mois à la mer et M. Vernet propose au jeune homme de partir avec eux, pour donner des leçons à leur jeune nièce, Marguerite, qui les accompagne. L’entourage est conquis par ce beau jeune homme, qui s’éprend de Mme Vernet et lui déclare sa flamme, alors même que M. Vernet lui propose d’épouser Marguerite…

Illustrations

Illustrations de Maillaud extraites de l’édition Fayard de 1911. Source : BnF/Gallica


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Lien vers le Théâtre de Jules Renard sur Libre Théâtre
Lien vers la Biographie de Jules Renard sur Libre Théâtre


Publication aux Editions La Comédiathèque

Monsieur et Madame Vernet se prennent d’amitié pour un jeune artiste, Henri Gérard. La famille Vernet doit partir pour deux mois au bord de la mer et M. Vernet propose à Henri de les accompagner. L’entourage est conquis par ce beau jeune homme, qui s’éprend de Mme Vernet et lui déclare sa flamme.

En adaptant pour le théâtre son célèbre roman L’Écornifleur, Jules Renard met en scène dans cette comédie en deux actes des personnages ordinaires, mais sensibles. Entre humour et mélancolie, l’écriture, ramassée et précise, évoque avec subtilité les relations d’un couple.

Distribution : 3 hommes, 5 femmes

ISBN 978-237705-084-0
Mars 2017
74 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

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Le Chandelier d’Alfred de Musset
Illustrations pour les oeuvres d'Alfred de Musset] / Eugène Lami, peintre ; Adolphe Lalauze, graveur. 1883/ Source : BnF/Gallica

Le Chandelier d’Alfred de Musset

Le Chandelier d’Alfred de Musset

Comédie en trois actes et en prose, publiée dans la Revue des Deux Mondes, en 1835, et représentée, pour la première fois, le 10 août 1848, au Théâtre-Historique. Reprise le 29 juin 1850 à la Comédie-Française.
Distribution : 6 hommes, 2 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

 

L’argument

Le notaire Maître André arrive en colère dans la chambre de sa femme, la jeune et jolie Jacqueline :  un de ses clercs a vu un homme escalader son balcon.  Jacqueline se défend avec tant d’énergie que son époux lui demande pardon de ces soupçons.  À peine a-t-il quitté la chambre que le capitaine Clavaroche, son amant, sort de l’armoire. Il suggère à Jacqueline, pour détourner les soupçons de son mari, de choisir « un chandelier », un jeune homme dont elle se fera aimer et qui sera surveillé par le mari, tandis que le véritable amant sera tranquille. Jacqueline choisit Fortunio, le troisième clerc de son mari, qui est éperdument amoureux d’elle. Mais Fortunio surprend la conversation de Jacqueline et Clavaroche et comprend qu’il a été dupé. 


Illustrations

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b22002305/f41.item
Illustrations pour les oeuvres d’Alfred de Musset] / Eugène Lami, peintre ; Adolphe Lalauze, graveur. 1883. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411492d/f98.item
Théâtre de Alfred de Musset. Tome III, dessins de Charles Delort gravés par Boilvin. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Mises en scène

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9064243n/f3
Le chandelier / mise en scène de Jacques Destoop. – Paris : Nouveau Théâtre Mouffetard, 12-12-1989. Photographie Daniel Cande. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le site de l’INA

Adaptation par Claude Santelli en 1977 avec Michel Galabru, Marie-Christine Barrault, …
Lien vers un extrait en ligne sur le site de l’INA 

Interview de Madeleine Renaud, sur son rôle de Jacqueline à la Comédie-Française en 1936. Lien vers le site de l’INA

 


Lien vers le Théâtre de Musset sur Libre Théâtre 

Lien vers la Biographie d’Alfred de Musset sur Libre Théâtre

 

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À quoi rêvent les jeunes filles d’Alfred de Musset
Coupure de presse. Source : BnF/Gallica

À quoi rêvent les jeunes filles d’Alfred de Musset

À quoi rêvent les jeunes filles d’Alfred de Musset

Comédie en deux actes et en vers. Publication dans la Revue des deux Mondes en 1832, puis publiée sous le titre Un Spectacle dans un fauteuil avec trois poèmes, un drame (La Coupe et les Lèvres) et un conte oriental (Namouna), publiée également dans le recueil de Poésies. Première représentation identifiée le 29 novembre 1880 à la Comédie-Française.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

« La scène est où l’on voudra. » Ninon et Ninette sont deux jumelles que leur père, le duc Laerte a décidé de marier. Par différents stratagèmes, il fait naître le sentiment amoureux chez les jeunes filles, en utilisant le jeune ingénu Silvio et en évinçant son neveu Irus.

Mise en scène à la Comédie-Française

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10501965h/f47.item
Avril 1937. Coupure de presse. Source : BnF/Gallica

Entre 1880 et 1959, la pièce a été jouée  201 fois à la Comédie-Française (lien vers la notice.)
Charles Granval l’a mise en scène entre 1926 et 1937  avec  M. Denis d’Inès (le Duc Laerte) ; Pierre Bertin (le Comte Irus) ; Jean Yonnel (Silvio) ; Madeleine Samary (Flora) ; Madeleine Renaud (Ninon) ; Marie Bell (Ninette) ; Emile Drain (Spadille) ; Raymond Rognoni (Quinola). Décor de Marie Laurencin et musique de Claude Debussy. Puis en 1937 dans une distribution un peu différente avec Madeleine Renaud, Jeanne Sully, Denise Clair, Denis d’Ines, Pierre Bertin, Echourin, Robert Manuel, Julien Bertheau.

 

Sur le site de l’INA

Réalisation en 1957 pour la télévision par Françoise Gir. Extrait gratuit sur le site de l’INA
Réalisation Maurice Cazeneuve en 1964 pour la télévision. Extrait gratuit sur le site de l’INA.

 


Lien vers le Théâtre de Musset sur Libre Théâtre 

Lien vers la Biographie d’Alfred de Musset sur Libre Théâtre

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Le Petit-Maître corrigé de Marivaux
Oeuvres de Marivaux : théâtre complet. Illustration par Bertall. Source : BnF/Gallica

Le Petit-Maître corrigé de Marivaux

Le Petit-Maître corrigé de Marivaux

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois par les Comédiens Français, le 6 novembre 1734.
Distribution : 4 hommes, 4 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101967z/f190.item
Oeuvres de Marivaux : théâtre complet. Illustration par Bertall. Source : BnF/Gallica

L’argument

Hortense, fille du Comte, doit épouser Rosimond, venu avec sa mère, la Marquise, pour le mariage, dans la propriété du comte à la campagne. Hortense aime Rosimond mais ne goûte pas ses manières de petit-maître. Elle décide que le mariage ne se fera que si elle réussit, avec l’aide de sa suivante Marton, à le corriger et à le faire avouer simplement qu’il l’aime. Frontin, valet de Rosimond, lui-même corrigé par Marton, va également les aider. Mais, deux amis de Rosimond arrivent : Dorante, son meilleur ami, et la comtesse Dorimène, qui,  par orgueil, veut épouser Rosimond.

 

 

 


A propos de la pièce

Extrait de la note d’intention de Clément Hervieu-Léger.

« En 1733, quand Marivaux termine Le Petit-maître corrigé, c’est un auteur reconnu, qui brigue avec légitimité un fauteuil à l’Académie française. Il vient de publier La Vie de Marianne et les quatre premiers livres du Paysan parvenu. Ses dernières pièces jouées, L’Heureux Stratagème et La Méprise ont remporté un très gros succès à la Comédie-Italienne. Espérant sans doute effacer le souvenir de l’échec des Serments indiscrets, très mal reçus deux ans auparavant, il offre en 1734 Le Petit-Maître corrigé aux Comédiens-Français. La pièce est immédiatement reçue et mise en répétitions. Le 6 novembre, c’est la première. Un échec cuisant. Le lendemain, 7 novembre, l’accueil n’est pas plus favorable. La pièce est retirée de l’affiche… pour deux siècles ! Notre première du 3 décembre prochain (2016) sera la 3e représentation de la pièce à la Comédie-Française. Les spécialistes de Marivaux penchent pour attribuer la chute de la pièce à une cabale sans doute orchestrée par Crébillon. Mais la modernité et l’inventivité de la pièce ont sans doute été mal perçues à l’époque. »

Source : Dossier de presse Le Petit-Maître corrigé, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, Comédie-Française, décembre 2016. 

Commentaires fermés sur Le Petit-Maître corrigé de Marivaux
Phèdre de Jean Racine
Rachel dans Phèdre. Source : Bnf/Gallica

Phèdre de Jean Racine

Phèdre de Jean Racine

Tragédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, par la troupe royale, le vendredi 1er janvier 1677, sous le titre initial de Phèdre et Hippolyte.
Distribution : 3 hommes, 5 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387246/f74.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Phèdre. Source : BnF/Gallica

Thésée a disparu depuis six mois. Hippolyte, son fils, annonce à son confident, Théramène, son intention de partir à sa recherche. Il veut aussi quitter Trézène afin de fuir son amour pour Aricie, sœur des Pallantides, un clan ennemi. Phèdre, seconde épouse de Thésée, avoue à Œnone, sa nourrice et confidente, la passion coupable qu’elle ressent pour son beau-fils Hippolyte.

La mort de Thésée est annoncée. Hippolyte propose à Aricie de lui rendre le trône d’Attique et lui avoue son amour. Leur entretien est interrompu par Phèdre qui demande à Hippolyte de prendre soin de son fils mais qui finit par lui révéler sa passion. Devant la réaction horrifiée d’Hippolyte, elle prend l’épée d’Hippolyte pour se suicider mais Œnone l’arrête. Théramène annonce que le fils de Phèdre est choisi comme roi par Athènes, mais une rumeur circule : Thésée ne serait pas mort.

Phèdre propose la couronne à Hippolyte. Thésée arrive à Trézène et s’étonne de recevoir un accueil si froid : Hippolyte, qui veut avouer à Thésée qu’il aime Aricie, évite sa belle-mère, Phèdre, submergée par la culpabilité.

Œnone, qui craint que sa maîtresse ne se donne la mort, a déclaré à Thésée qu’Hippolyte a tenté de séduire Phèdre en la menaçant, donnant pour preuve l’épée qu’elle a conservée. Thésée bannit Hippolyte et prie Neptune, dieu de la mer, de le venger. Phèdre veut le faire changer d’avis mais elle apprend qu’Hippolyte aime Aricie. Furieuse d’avoir une rivale, elle renonce à le défendre.

Hippolyte part après avoir promis à Aricie de l’emmener hors de la ville et de l’épouse. Thésée commence à avoir des doutes sur la culpabilité de son fils, mais la nouvelle de sa mort, causée par un monstre marin, survient. Après avoir chassé Œnone qui, de désespoir, s’est jetée dans les flots, Phèdre révèle la vérité à Thésée ; ayant pris auparavant du poison, elle meurt.

Phèdre et ses interprètes

Chapitre réalisé à partir du dossier pédagogique de la mise en scène de Patrice Chéreau à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Illustrations issues de Gallica.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84272667/f13.item
Portrait de Mlle Clairon (1723-1803). Source : Bnf/Gallica

Melle Clairon, 1743, Comédie-Française

 » Une force supérieure l’emporte continuellement à faire, à dire, ce que continuellement aussi, sa vertu réprouve. Dans toute l’étendue de ce rôle, ce combat doit être sensible aux yeux, à l’âme du spectateur.  » Mlle Clairon.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84272704/f164.item
Rachel (1821-1858) dans Phèdre. Source : Bnf/Gallica

1843 à 1855: Rachel

« On me dit que je suis trop jeune ? Que je suis trop maigre ? Je dis que c’est une bêtise. Une femme qui a un amour infâme mais qui se meurt plutôt que de s’y livrer, une femme qui dit qu’elle a séché dans les feux et les larmes, cette femme-là n’a pas une poitrine comme Madame Paradai. C’est un contresens. J’ai lu le rôle au moins dix fois depuis huit jours ; je ne sais pas comment je le jouerai, mais je dis que je le sens.  »


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438727f/f2.item
Sarah Bernhardt dans « Phèdre », 1893. Source : BnF/Gallica

1879 à 1896 : Sarah Bernhardt

 » Faut-il parler de Phèdre ! Voilà bien la plus touchante, la plus pure, la plus douloureuse victime de l’amour ! oh : elle ne cherche pas à ergoter ! Aussitôt qu’elle voit Hippolyte, elle saisit la main de sa nourrice et la portant vers son coeur, elle murmure presque pâmée d’émotion : Le voici : vers mon coeur tout mon sang se retire. J’oublie en le voyant ce que je viens lui dire. Quelle phrase simple ! ll me semble que ce soit une femme d’aujourd’hui qui parle. […] Je n’ai jamais vu Rachel, mais il paraît qu’elle était admirable dans Phèdre. J’ai vu d’autres tragédiennes dans ce rôle mais je n’ai jamais compris le pourquoi de leur interprétation qui faisait de Phèdre une vulgaire passionnée ou une névropathe en fureur. […] Attachée au lyrisme de ce verbe harmonieux, à la vie profonde de ces sentiments, je me suis souvenue que la Champmeslé qui créa Phèdre était, au dire des historiens, une créature de beauté et de grâce, et non une forcenée, et j’ai tenté de pénétrer le charme du mystère de l’art racinien pur et touchant pour le rendre plus sensible au public trop enclin à ne trouver en ces tragédies que des souvenirs de collège.  »


1955 : Judith Malina (Grenier Living Theatre, New York)

« Je me bats, traverse des agonies, m’exténue à chaque répétition. C’est inimaginable ce que je me fais à moi-même sur cette scène. Je suis possédée, complètement délirante, et cependant contrôlée. Ce pourrait être abominable, ce pourrait être splendide. En réalité, ça va bien, mais les valeurs sont secouées. Il y a une vaste satisfaction à jouer ce rôle. Je n’ai jamais rien fait d’aussi énervant, et en même temps d’aussi satisfaisant.  » (Extrait de son Journal)

1958: Maria Casarès (Palais de Chaillot, Paris) (à Jean Vilar )

« Merci pour le livre sur Rachel. En effet, j’y ai trouvé des détails amusants et troublants. Je commence à nouveau à considérer ta pièce et le personnage. Je rassemble dans ma mémoire mes propres impressions, les critiques et les réactions des autres, ce que j’ai entendu autour de moi pendant les répétitions et après les représentations. Je trie et essaie de mettre de la distance entre elle et moi pour voir clair… Vous m’avez dit un jour que je ne me servais pas assez dans Phèdre du pouvoir de séduction que les poèmes de Baudelaire me prêtent parfois. Il y a quelque chose de juste et de secret que je devine mais qu’il m’est difficile de saisir quand je lis Racine. Parlez-m’en encore, en essayant de me le faire comprendre  » musculairement  » et de me le faire glisser ici… je m’explique encore mat, je pense donc je comprends mal, mais parlez-moi de Baudelaire et j’arriverai à saisir, je crois… La vie parte au théâtre et la scène est un effrayant miroir. Je veux retrouver en scène la Phèdre rongée, dévorée, pestiférée et pure que j’ai entrevue ; quitte à passer des nuits blanches pour envoyer le texte comme une voix off afin de conserver sa forme ! il n’y a pas de vie sans douleur et sans cruauté et je veux vivre et faire vivre ceux que j’aime. »

1973 : Sylvia Monfort (Carré Thorigny, Paris)

« Phèdre brûle en chacun de nous. A peine saisissons-nous l’image dans te miroir qu’elle s’estompe, et l’imminence de cet effacement aiguise l’acuité du reflet.  »  » Ce qui compte c’est qu’il y ait eu rencontre dans le mystère et dès la première lecture. C’est comme le désir, ou bien il est présent dans le regard qui le provoque, ou bien il n’y aura jamais fusion. Tous tes avis, compétents, impérieux, singuliers, qui me furent octroyés au sujet de Phèdre, et que j’écoutais intensément, n’eurent d’autre résultat sur moi que de me ramener à ma Phèdre, cependant longtemps brumeuse, avec l’évidence du pion regagnant sa case de départ au Jeu de l’oie […] tel est le prodige de Phèdre : l’aborder, c’est prendre son mal.  »

2003 :  Dominique Blanc (Théâtre National de l’Odéon, Paris)

« Phèdre est pour moi comme une offrande. Peu importe que la rencontre entre ce rêve et les personnages ait lieu, puisque […] les mois à venir seront des mois de splendeur absolue. Pour ma part, je suis ma pire ennemie, je ne pardonne rien, et Patrice ne s’est pas amélioré quant à son exigence : elle est totale. Celui avec qui il est le plus exigeant reste lui-même. Il sera intransigeant avec lui comme avec nous ou avec l’alexandrin auquel il veut tordre le cou pour faire entendre te désir de cette femme et son propre désir. […] Patrice travaille comme je l’ai toujours vu faire remonte à la source. Les séances de lecture s’attardent sur les oeuvres d’Euripide, de Sénèque. On remonte à la création des mythes, à l’essence. quand la Phèdre originelle interpelle Dieu, avec ou sans majuscule, au pluriel ou au singulier, il faut savoir qui elle interpelle et pourquoi. C’est passionnant. Tant d’hommes ont écrit sur Phèdre ; ils en ont perçu la folie, l’animalité, et Valéry a évoqué  » la rage du sexe « . Le désir féminin, exprimé là, semble avoir échappé à tout le monde. Le désir féminin et le désir de mort, puisqu’il s’agit d’une femme qui s’empare du suicide, sont des idées encore très dérangeantes. […I Comment peut-on entrer en scène en disant  » je vais mourir  » ? Comment jouer ce désir de mort, pendant deux heures, et finalement mourir ? Ce sont des limites formidables à dépasser. J’ai appris que le nom de Phèdre signifiait  » la brillante « . Peut-être est-il temps pour moi d’accepter d’entrer dans la lumière, celle que l’on s’accorde à soi-même.  »
Lien vers une captation de l’Acte II, Scène 5

2016 Anne Delbée dans Racine ou la leçon de Phèdre (Poche Montparnasse)

Photographie Emmanuel Orain
Photographie Emmanuel Orain

La Leçon de Phèdre, une rencontre vivante avec un être de chair et de sang qui s’appelle Jean Racine. (…) À travers cette représentation où se rencontrent la petite et la grande histoire, il s’agit aussi d’une transmission d’un artisanat « de l’architecture du vers » qui seul permet de devenir le Poète lui-même et d’oser la Tragédie, Anne Delbée nous fait entendre ce qui résonne chez Racine : la liberté fondamentale de l’être humain à dire non, à faire des choix, à s’avancer pour témoigner de la dignité humaine.Son écriture dévoilée comme une déclaration d’amour, et Phèdre l’atome de toutes ses pièces, éclate et resplendit jusqu’au testament de sa vie.

Lien vers le spectacle / Lien vers  l’entretien de Libre Théâtre avec Anne Delbée

Autour des mises en scène de Phèdre sur le site de l’INA

Jean-Louis Barrault, 1959.

http://www.ina.fr/video/I04261062/jean-louis-barrault-a-propos-de-la-mise-en-scene-de-phedre-video.html
Interview de Jean-Louis Barrault. Source : INA

Interview de Jean-Louis Barrault : sa conception de la mise en scène du théâtre classique de Racine, en particulier de sa mise en scène de la tragédie « Phèdre », et de sa collaboration avec le décorateur Jean Hugo. Des photos de la pièce illustrent ses propos.
Lien vers le site de l’INA


Anne Delbée, Comédie-Française, 1995

http://www.ina.fr/video/CAC95066104
Phèdre, mise en scène par Anne Delbée. Source : INA

Reportage consacré aux costumes de Christian Lacroix  les comédiens donnent leurs impressions. – Extrait de la pièce avec les personnages principaux : Phèdre en grande robe rouge. – Interview d’Eric Génovèse (Hippolyte), Céline Samie, Anne Delbée,  Martine Chevallier (Phèdre), François Beaulieu (Thésée) . Lien vers le reportage sur le site de l’INA 

Lien vers l’entretien de Libre Théâtre avec Anne Delbée


Luc Bondy, Théâtre de l’Odéon, 1998

Extrait de la scène 3 de l’acte I, où Phèdre (Valérie Dreville) fait à sa nourrice Œnone l’aveu de son amour pour Hippolyte et raconte ses efforts vains pour échapper à cette passion coupable.

Lorsque Luc Bondy met en scène Phèdre au Théâtre Vidy-Lausanne en 1998, il s’agit de sa première mise en scène d’une pièce de Racine. Plus familier d’Ibsen et de Strinberg, Bondy dit avoir voulu proposer « une Phèdre réaliste », mettant un accent particulier sur les relations transgressives des personnages entre eux. Le spectacle est centré avant tout sur le duo Phèdre-Œnone : face à la Phèdre de Valérie Dréville, dont la robe dorée renforce la personnalité lumineuse, à la fois passionnée et froide, Dominique Frot campe une Œnone petite et noiraude, figure de la rage destructrice. Autour d’eux, Hippolyte (Sylvain Jacques) est un adolescent inexpérimenté et falot, tandis que la force apparente de Thésée (Didier Sandre) se révèle impuissante. La scénographie, qui figure une plage, se transforme en arène au fil des affrontements, qui laisseront sur la scène trois morts sans vainqueur. (Source : Céline Candiard, INA)

Patrice Chéreau, Théâtre de l’Odéon, 2003

Extrait de la scène 5 de l’acte II, où Phèdre (Dominique Blanc) fait à Hippolyte (Eric Ruf) l’aveu de son amour en empruntant le détour d’un récit de sa rencontre avec Thésée, puis le voyant se dérober laisse éclater toute la violence de sa passion.
Patrice Chéreau se souvient de Sénèque lorsqu’il présente en 2003 sa Phèdre au Théâtre de l’Odéon : son spectacle, loin de se dérober à la violence de l’action, va jusqu’à montrer ce que Racine dissimule, à l’exemple du cadavre mutilé d’Hippolyte que l’on exhibe sur une table d’opération pendant le récit de Théramène. Le public est en disposition bi-frontale, en un huis-clos oppressant qui lui offre des points de vue multiples sur l’action, mais forme également comme deux camps opposés de témoins. À l’inverse de la tradition dominante, Chéreau choisit de mettre en valeur un Hippolyte (Eric Ruf) mûr et solide, dont l’intensité et les contradictions répondent à celles de Phèdre (Dominique Blanc) : l’un et l’autre disent l’amour tout en le rejetant, mélangent quête et fuite, et luttent entre l’instinct et la culpabilité. Autre jeu de miroirs, Hippolyte et Thésée (Pascal Greggory) présentent une ressemblance physique frappante, donnant ainsi une motivation évidente au désir de Phèdre. Loin d’un monstre mythologique, Patrice Chéreau cherche à faire voir l’humanité et l’érotisme poignant de son personnage principal, et à donner sens à sa violence. (Céline Candiard. Source : INA)
Lien vers le dossier pédagogique sur le site de l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Dossiers pédagogiques

Parcours Phèdre dans les collections iconographiques de la Comédie-Française présentées au sein de la base La Grange. Lien vers le dossier

Mise en scène de Christophe Rauck au Théâtre du Nord, 2014. Lien vers le dossier pédagogique 

Autres ressources

Nouveaux chemins de la connaissance (France Culture) avec Patrick Dandrey. Lien vers l’émission

Quatrième documentaire d’une série de six consacrée aux grands rôles du théâtre, ce numéro analyse le personnage de Phèdre. Intervenants Dominique Blanc, Georges Forestier, Daniel Mesguich, Michel Schneider, Philippe Adrien. Lien vers l’émission sur le site de l’INA (extrait gratuit, contenu intégral payant)

Dossier de l’INA sur Phèdre à travers quelques dramatiques et émissions radiophoniques. Lien vers le site de l’INA

À signaler au Festival d’Avignon 2019 une adaptation de Phèdre  par François Gremaud, du 11 au 21 juillet (relâche le 16) à 11h40 à la Collection Lambert : Phèdre !  Pour en savoir plus : https://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2019/phedre

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