Muselé de Georges Courteline
En vente chez Fréderic Henry, libraire. La liberté pour le chien, playdoyer historique, philosophique et physiologique dédié aux amis de la race canine par E. Meunier . Affiche 1870. Source : BnF/ Gallica

Muselé de Georges Courteline

Muselé de Georges Courteline

Extrait des Ombres parisiennes.
Distribution : 3 hommes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

Le texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019401k
En vente chez Fréderic Henry, libraire. La liberté pour le chien, playdoyer historique, philosophique et physiologique dédié aux amis de la race canine par E. Meunier . Affiche 1870. Source : BnF/ Gallica

L’huissier-audiencierappelant.
Le ministère public contre Vaufroy !
(Vaufroy sort du fond du prétoire et prend place au banc des prévenus.)
Le président.
Vaufroy, levez-vous. Vous êtes prévenu d’outrages à un agent de la force publique. Vous l’auriez traité de « gâteux ». Vous reconnaissez le fait ?
Vaufroy.
Sans nul doute, j’étais tellement dans mon droit !…
Le président.
D’abord non ; vous n’y étiez pas, vous ne serez jamais dans votre droit en traitant de « gâteux » un agent.
Vaufroy.
Les autres soit !… celui-là, si ! Est-ce qu’il n’avait pas… – non, mais écoutez ça ! – est-ce qu’il n’avait pas émis la prétention de conduire mon chien en fourrière, parce qu’il n’était pas muselé ?
(Haussement d’épaules.)
Comme je lui ai dit : « Muselé ! C’est plutôt vous, qui devriez l’être. »
Le président.
Grossièreté toute gratuite, d’ailleurs, et que l’agent ne s’était attiré en rien.
(Vaufroy veut parler.)
Taisez-vous. Votre chien n’était pas muselé, voilà le fait ; en vous menaçant de le conduire en fourrière, l’agent ne faisait strictement que s’acquitter de son devoir.
Vaufroy.
J’ai un chien qui ne supporte pas la muselière. (Un temps.) Ça l’empêche de bâiller cette bête.
Le président, goguenard.
Allons donc !
Vaufroy.
Parfaitement… d’où des contractions d’estomac susceptibles d’amener des troubles dans son organisme. J’ai pas envie que mon chien attrape une gastrite. – Sans compter que ça le fait loucher.
Le président, même jeu.
Se peut-il ?… Il est regrettable que le tribunal ne puisse entrer dans des considérations de cette importance doive s’en tenir à faire respecter les ordonnances du préfet de police.
Vaufroytrès énergique.
Pardon ! Je connais les institutions qui nous régissent, et je déclare, à la face de Dieu, qu’il n’y a ni loi, ni ordonnance empêchant les chiens de bâiller ! Empêcher les chiens de bâiller ! (Avec une pitié ironique.) Les affaires ne vont déjà pas si bien !… Si on se met, par-dessus le marché, à empêcher les chiens de bâiller, où allons-nous ?
Le président.
Si vous connaissiez la loi aussi bien que vous le prétendez, vous sauriez qu’elle vous donne le droit de ne pas museler votre chien à la condition que vous le teniez en laisse. Tenez-le en laisse, votre chien ; il bâillera tant qu’il voudra.
Vaufroy.
Oui, mais il ne pissera plus.
Le président.
Comment, il ne … ?
Vaufroy.
Bien entendu. J’ai un chien qui ne veut plus pisser dès l’instant qu’il est à l’attache.
Le président.
Mais qu’est-ce que c’est qu’un chien comme ça !
Vaufroy.
Il faut le prendre comme il est ; sitôt qu’il se sent à l’attache, toc, il se couche sur le dos, et durant des heures entières, il essaye d’enlever sa laisse avec ses deux pattes de devant. Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? Or, ne pissant plus dans la rue, il pisserait dans l’appartement si les bienfaits d’une éducation inculquée depuis des années à coups de botte dans le derrière ne le rappelaient au sentiment des convenances. Alors quoi ? S’il ne pisse ni dehors, ni dedans, où pissera-t-il, cet animal ?
Le président.
La loi…
Vaufroytrès net.
Il n’y a pas de loi qui empêche les chiens de pisser.
Le président.
Mais…
Vaufroy.
Je ne suis pas ici pour faire de la critique. Je me bornerai donc à faire remarquer que le moment serait mal choisi d’empêcher les chiens de pisser, quand les journaux sont unanimes à constater que l’agriculture manque de bras.
Le président.
Et c’est tout ce que vous avez à dire ?
Vaufroy.
Permettez ! J’ai encore à dire ceci : que le règlement de police qui oblige les maîtres à museler leurs chiens est une bêtise et un non-sens.
Le président.
Parce que ?
Vaufroy.
Parce que, si les chiens de maître sont moins exposés à la rage (comme le démontre la statistiques) que ne le sont les chiens errants, ceux-ci en revanche, sont bien moins que ceux-là exposés à la muselière. Des muselières ! Et ta sœur ? Est-ce vous qui leur en payeriez ? Non, n’est-ce pas ? Tant qu’à faire, monsieur le président, et dépenser pour dépenser, il est clair que vous et moi irions plutôt chez le marchand de vin.
Le président.
D’où vous concluez ?
Vaufroy.
D’où je conclus que museler mon chien, qui n’aura jamais la rage, c’est l’abandonner, sans défense, à la morsure des chiens qui l’ont, – je ne musèlerai pas mon chien.
Le président.
La cause est entendue. Le tribunal prenant en considération l’ingéniosité de vos aperçus et la correction de votre attitude vous condamne à un mois de prison et aux dépens.
Vaufroy.
Un mois de… (Les yeux au ciel.) J’en appelle à la postérité.

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Muselé de Georges Courteline

Quand on plaide en divorce de Georges Courteline

Quand on plaide en divorce de Georges Courteline

Saynète extraite des Ombres parisiennes.
Distribution : 2 hommes, 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers data.libretheatre.fr

Le texte

Le juge chargé de l’enquête.
En feuilletant les pièces du dossier je vois madame que vous alléguez notamment la réserve de votre mari. À quel endroit, cette réserve ?
Madame,
qui rougit légèrement.
Je dois spécifier l’endroit ? C’est absolument nécessaire ?
Le juge.
… Heu !… mon Dieu, oui et non. Veuillez spécifier, du moins, la nature et l’importance de votre grief.
Madame.
C’est bien simple. J’ai épousé monsieur au mois de mai dernier. J’avais alors vingt ans à peine, monsieur en avait quarante-deux. J’apportais soixante mille francs de dot, monsieur, lui, apportait ce qu’on est convenu d’appeler des espérances, la perspective d’un gros héritage à venir. Un gros héritage ! Ah ! Là là ! … (haussement d’épaules.) La défroque du quatrième officier de Marlborough, oui ! Le soir de nos noces, maman me mit au lit et me dit : « Mon enfant, l’heure est venue. Prépare-toi à de grosses révélations. »
Le juge.
Eh ! Eh !
Madame.
C’est bien, je me prépare à de grosses révélations. Monsieur arrive, se déshabille, se glisse près de moi et saisit…
Madame fond en larmes
Le juge, très contrarié.
De grâce madame, calmez-vous, et continuez votre récit. C’est d’un intérêt !…
Madame,  essuyant ses yeux.
Donc monsieur se glisse près de moi et saisit …cette occasion pour m’avouer qu’il avait eu une jeunesse dévastatrice.
Monsieur.
Léontine, je te jure que c’est la vérité.
Madame.
Oh, il est inutile de le jurer, je le sais de reste ! Mais vous auriez pu me le dire un peu plus tôt.
Monsieur.
Non ! Tu n’aurais plus voulu de moi, et les soixante mille francs m’auraient passé sous le nez ! Que voilà bien l’égoïsme des femmes.
Le juge.
Si bien madame qu’en fait de révélations ?…
Madame.
Ça se borne là, oui, monsieur. Et depuis ça n’a pas changé.
Le juge.
Vous avez entendu monsieur ? À vous de répondre.
Monsieur.
… ( geste vague )
Le juge.
C’est tout ?
Madame.
Certainement. Monsieur n’en dit jamais plus long.
Le juge.
Et vous êtes sûre madame que vous n’avez rien négligé pour rendre la… parole à ce muet ?
Madame, les bras au ciel.
Ah, Dieu !…
Le juge.
Les stimulants ? les excitants ? les épices ? les bons procédés ? les petits services amicaux qu’on se rend volontiers entre époux ?
Madame.
Tout, je vous dis ! j’ai essayé tout !
Le juge.
Et, cela, sans effet ?
Madame.
Sans effet sur lui, oui. Sur moi, c’est une autre paire de manches.
Un temps.
Le juge.
Il me reste à vous remercier madame, d’avoir bien voulu me fournir ces détails si captivants, malheureusement, la justice ne peut rien pour vous, et je me vois dans l’obligation de confesser mon impuissance.
Madamefurieuse.
Ah, ça ! Vous êtes donc tous les mêmes ?
Le juge.
J’ajoute toutefois que la loi est bonne personne et qu’il est avec elle des accommodements. Si monsieur, par exemple, consentait à vous battre…
Monsieur,  avec indignation.
Moi ? Toucher ma femme ? Jamais !
Le juge.
Alors !…
Madame, stupéfaite.
Et c’est pour en arriver là que vous me faites raconter des saletés depuis une heure !
Le juge, souriant.
Soyez indulgente, chère madame : ce sont là nos petits bénéfices !

 

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Quand on plaide en divorce de Georges Courteline
La rue de la Pompe de Georges Courteline
Plan commode de Paris, avec les lignes d'omnibus et tramways (1891). Source : Bnf/ Gallica

La rue de la Pompe de Georges Courteline

La Rue de la Pompe de Georges Courteline

Extraite des Facéties de Jean de la Butte (1892).
Distribution : 3 hommes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers data.libretheatre.fr

Le texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8440275k
Plan commode de Paris, avec les lignes d’omnibus et tramways (1891). Source : Bnf/ Gallica

Piégelégrimpé sur une borne et s’efforçant de déchiffrer le nom d’une rue, à la lueur d’un bec de gaz.

Rue…rue…rue des Troubadours. Pas encore ça, nom d’un tonneau ! Ah ! c’est égal, c’est un peu épatant de penser que je ne puisse pas réussir à trouver la rue de la Pompe !… (Il redescend de sa borne et allume une cigarette.) Ce qui m’arrive est fantastique !. Venu à Paris pour huit jours…(je suis de Cancale…) et descendu… (il n’y a pas de sotte patrie…) chez mon beau-frère, Courgougniou, 344, rue de la Pompe, je commis l’imprudence de venir seul, tantôt, visiter la nouvelle église du Sacré-Cœur. Le tramway du Trocadéro m’avait amené place Pigalle ; je pensais m’en retourner par le même chemin, mais le malheur voulut que je me trompasse de voiture et qu’au lieu de l’omnibus place Pigalle-Trocadéro, je prisse l’omnibus place Pigalle-Halle-aux-Vins. Vous savez ce que c’est, n’est-ce pas ; quand on ne sait pas ? J’arrivai au Jardin des Plantes. Là… — Il doit être au moins dix heures ! – j’abordai un gardien de la paix, auquel je contai ma méprise.

« Vous n’avez qu’une chose à faire, me dit cet homme plein de bon sens. Voici la Seine ; prenez le bateau du Point-du-Jour ; vous débarquerez au Louvre où vous trouverez le tramway de Passy. » Très bien. Je remerciai ; je pris le bateau. Malheureusement, je le pris à rebrousse-poil ; c’est-à-dire qu’au lieu du bateau qui se rendait au Point-du-Jour, je pris celui qui en venait. Fatalité… J’arrivai… (Il tire sa montre.) Oh ! nom d’un tonneau ! onze heures vingt !… — au pont de Charenton. — Et encore, ma montre retarde… — Arrivé au pont de Charenton, je fis…— les Courgougniou doivent être dans une inquiétude !… — je fis, dis-je, ce que vous eussiez fait certainement à ma place ; je sautai d’un bateau dans l’autre et refis, en sens inverse, le chemin déjà parcouru. Je débarquai au Louvre. Au Louvre je pris place dans le tramways de Passy. Nous partîmes. Au bout de trois quarts d’heure je demandai au conducteur : « Ne sommes-nous pas rue de la Pompe ? » Il me répondit : « Non, Monsieur, nous sommes boulevard Picpus. » Je m’étais trompé une troisième fois ; j’étais dans le tramway de Vincennes. Fatalité!… Je mis pied à terre avec toute la précipitation que vous pouvez imaginer et m’ouvris de mes infortunes à un deuxième gardien de la paix qui me consola en ces termes : « C’est bien fait pour vous ! Quand on ne sait pas, on demande ! Tâchez que ça ne vous arrive plus. En attendant, voyez voir à écouter ce que je vais vous dire. Vous voyez bien cette maison, là-bas ? C’est la station du Bel-Air. Allez-y. Le chemin de fer de Ceinture y passe. Vous le prendrez et vous serez à Passy dans une heure. » Cinq minutes après j’étais dans le convoi ; une heure plus tard le chef de train hurlait la station de Passy, où je descendis comme de naturellement. Depuis ce temps, chose inexplicable, j’erre par la solitude de ce quartier endormi, sans réussir à trouver la rue de la Pompe. C’est épatant, hein? Si encore je rencontrais quelqu’un, je demanderais… (Tendant l’oreille). J’entends du bruit. Oh ! un passant ! (Il se précipite, mouvement d’effroi du passant.) Rassurez-vous, Monsieur ; je ne suis pas un malfaiteur, mais un pauvre provincial qui ne retrouve plus son chemin. Voudriez-vous être assez bon pour m’indiquer la rue de la Pompe ?

Le Monsieur.
La rue de la Pompe ? C’est à Passy, la rue de la Pompe !

Piégelé.
Sans doute.

Le Monsieur, stupéfait.
Ah ça ! mais, vous croyez-vous donc ?

Piégelé.
A Passy, ne vous en déplaise.

Le Monsieur.
Oui ? Hé bien ! vous êtes à Boissy.

Piégelésursautant.
A Boissy ! ! !

Le Monsieur.
A Boissy-Saint-Léger, oui, Monsieur.

Piégelé.
Fatalité !
(Il se laisse choir sur la borne).

Le Monsieur.
Voyons, monsieur, il faut être homme et ne pas vous frapper comme ça.

Piégelé.
Ne pas me frapper, dites-vous ? Il ne faut pas que je me frappe ? Dieu pardonne à votre ignorance qui m’engage à ne pas me frapper…

Le Monsieur.
En vérité, vous m’effrayez !… Oserais-je vous demander quelle catastrophe vous…

Piégelé.
Je vais vous le dire.
(Seconde édition du récit ci-dessus.)

Le Monsieur.
Tout s’explique ! Au Bel-Air, c’est le croisement de la ligne de Ceinture et de la ligne de Vincennes ; vous aurez pris l’une pour l’autre.

Piégelé.
Je commence à le craindre.

Le Monsieur.
Vous pouvez même en être sûr. Enfin ne vous désolez pas. La gare de Boissy est au bout de la rue et un train passe à minuit dix, qui vous ramènera à Paris. Seulement hâtez-vous !

Piégelé.
Que d’obligations !
Il s’éloigne vivement, gagne la gare et saute dans le train, qui partait.

Piégelé.
Nom d’un tonneau, il était temps ! (A un voisin, qui somnole dans l’angle du compartiment). Je vous demande pardon, Monsieur : à quelle heure serons-nous à Paris ?

Le voisin.
A Paris ! nous en venons, Monsieur. Nous allons à Brie-Comte-Robert.

Piégelé,les yeux aux ciel.
Fatalité ! Fatalité !

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur La rue de la Pompe de Georges Courteline
Le petit malade de Georges Courteline
Le Petit Malade. Source BnF/Gallica

Le petit malade de Georges Courteline

Le petit malade de Georges Courteline

Texte établi par Libre Théâtre à partir de l’édition Coco, Coco et Toto, Albin Michel, Paris, 1905 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k66297d)
Saynète pour 1 homme, 1 femme et 1 enfant
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice de data.libretheatre.fr

Le Texte

Le Petit Malade. Source BnF/Gallica
Le Petit Malade. Source BnF/Gallica

Le médecinle chapeau à la main.
C’est ici, madame, qu’il y a un petit malade ?
Madame.
C’est ici. Docteur ; entrez donc. Docteur, c’est pour mon petit garçon. Figurez-vous, ce pauvre mignon, (je ne sais pas comment ça se fait), depuis ce matin tout le temps il tombe.
Le médecin.
Il tombe !
Madame.
Tout le temps, oui, docteur.
Le médecin.
Par terre ?
Madame.
Par terre.
Le médecin.
C’est étrange, cela. Quel âge a-t-il ?
Madame.
Quatre ans et demi.
Le médecin.
Quand le diable y serait, on tient sur ses jambes, à cet âge-là !…- Et comment ça lui a-t-il pris ?
Madame.
Je n’y comprends rien, je vous dis. Il était très bien hier soir et il trottait comme un lapin à travers l’appartement. Ce matin, je vais pour le lever, comme j’ai l’habitude de faire. Je lui enfile ses bas, je lui passe sa culotte, et je le mets sur ses jambes. Pouf ! il tombe !
Le médecin.
Un faux pas, peut-être.
Madame.
Attendez !… Je me précipite ; je le relève… Pouf ! il tombe une seconde fois. Etonnée, je le relève encore… Pouf ! par terre ! et comme ça sept ou huit fois de suite. Bref, docteur (je vous le répète, je ne sais pas comment ça se fait), depuis ce matin, tout le temps il tombe.
Le médecin.
Voilà qui tient du merveilleux. Je puis voir le petit malade ?
Madame.
Sans doute.
(Elle sort, puis reparaît tenant dans ses bras le gamin.
Celui-ci arbore sur ses joues les couleurs d’une extravagante bonne santé. Il est vêtu d’un pantalon et d’une blouse lâche, empesée de confitures séchées.)
Le médecin.
Il est superbe, cet enfant-là ! Mettez-le à terre, je vous prie.
(La mère obéit. L’enfant tombe.)
Le médecin.
Encore une fois, s’il vous plaît.
(Même jeu que ci-dessus. L’enfant tombe.)
Madame.
Encore.
(Troisième mise sur pieds, immédiatement suivie de chute du petit malade qui tombe tout le temps.)
Le médecinrêveur.
C’est inouï.
(Au petit malade, que soutient sa mère sous les bras.)
Dis-moi, mon petit ami, tu as du bobo quelque part ?
Toto.
Non, monsieur.
Le médecin.
Tu n’as pas mal à la tête ?
Toto.
Non, monsieur.
Le médecin.
Cette nuit, tu as bien dormi ?
Toto.
Oui, monsieur.
Le médecin.
Et tu as appétit, ce matin ? mangerais-tu volontiers une petite sousoupe ?
Toto.
Oui, monsieur.
Le médecin.
Parfaitement. (Compétent.) C’est de la paralysie.
Madame.
De la para !… Ah Dieu
(Elle lève les bras au ciel. L’enfant tombe.)
Le médecin.
Hélas oui, madame. Paralysie complète des membres inférieurs. D’ailleurs vous allez voir vous-même que les chairs du petit malade sont frappées d’insensibilité absolue.
(Tout en parlant, il s’est approché du gamin et il s’apprête à faire l’expérience indiquée, mais tout à coup)
Ah çà mais… ah çà mais… ah çà mais…
(Puis éclatant)
Eh sacrédié, madame, qu’est-ce que vous venez me chanter, avec votre paralysie ?
Madame.
Mais, docteur…
Le médecin.
Je le crois tonnerre de Dieu bien qu’il ne puisse tenir sur ses pieds… vous lui avez mis les deux jambes dans la même jambe du pantalon
FIN

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Le petit malade de Georges Courteline
Une envie de Georges Courteline
Couverture de l'édition de 1910

Une envie de Georges Courteline

Une envie de Georges Courteline

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1158111d
Couverture de l’édition de 1910. source : BnF/ Gallica

Texte établi par Libre Théâtre à partir de l’édition Coco, Coco et Toto, Albin Michel, Paris, 1905 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k66297d)
Courte pièce en 2 scènes 1 homme, 2 femmes

Texte intégral à télécharger sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr.


Texte

Scène première

Neuf heures du soir

Monsieur.
Chou, le moment est arrivé d’une explication catégorique. Depuis huit jours tu me fais la tête ; je commence à en avoir assez. (Geste de dénégation de Madame.) Oh ! inutile de te défendre. En somme, tu es femme. tu es jeune, tu es… eh ! eh ! (Il regarde d’un œil attendri le peignoir légèrement bombé par devant de Madame) … Chère petite !… (Il lui baise la main.) Tu as donc tous les droits du monde aux faciles dépits et aux petites mauvaises humeurs des enfants un peu trop gâtés. Je désire toutefois qu’aucun malentendu ne trouble notre bonne entente. Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur, j’ai la certitude de n’avoir rien fait ni dit qui justifie un mécontentement de ta part, et cependant, je te le te répète, tu me fais la tête ! Pourquoi ?

Madame.
Je ne peux pas te le dire, tu me gronderais.

Monsieur.
Je te gronderais ? moi ? au moment où je suis, où je dois être plus que jamais… (Nouveau coup d’œil plein de gratitude sur le peignoir gonflé de Madame)… chère petite ! (Il lui rebaise la main)… le fidèle serviteur de tes volontés, de tes souhaits, de tes moindres caprices ! au moment où me sont doublement chers ta santé, ta tranquillité et ton bien-être je te gronderais ? Vraiment, chou, tu me fais de la peine à me dire de pareilles choses.

Madame, après un silence.
Tu veux savoir la vérité ?

Monsieur.
Certes, je le veux !

Madame, honteuse.
Hé bien… j’ai une envie.

Monsieur.
Petite bête ! Et tu ne le dis pas !… Ignores-tu donc, imprudente enfant, quelles peuvent être les conséquences d’une envie contrariée de femme grosse ? que certains êtres portent sur eux, en marques indélébiles, les caractéristiques du caprice maternel non satisfait, depuis l’odieuse tache de vin jusqu’à la modeste framboise qui rougit à la belle saison ? – Tiens, tu connais ma tante Zulma ? Etant enceinte, elle eut une envie de morue. C’était idiot, c’était grotesque, c’était tout ce que tu voudras, mais enfin elle eut cette envie. Hé bien, elle accoucha d’une fille qui…

Madame.
Qui eut une tête de … ? Horreur

Monsieur.
Non, elle n’en eut pas la tête… elle n’en eut que les sentiments : à dix-huit ans, elle tournait mal !

Madame.
C’est épouvantable !

Monsieur.
C’est pourtant à quoi tu t’exposerais en t’obstinant à garder le silence. Par conséquent, crois-moi, vas-y de ta petite confession, et, quelle que soit ta fantaisie, je prends l’engagement d’y répondre. Affectueusement, mais impérieusement, je te somme de t’expliquer.

Madame.
Je le vais faire. (Sourire de Monsieur.) Tu sais que c’est bientôt le 14 juillet ? (Approbation muette de Monsieur.) Je voudrais donc… – Tu vas te fâcher.

Monsieur.
Je te jure que non !

Madame, d’une voix à peine perceptible.
Je voudrais donc qu’à cette occasion… tu fusses … nommé… officier d’académie.

Monsieur, qui bondit.
Off ! Ouf ! En voilà une envie ! Ah çà, est-ce que tu perds la tête ?

Madame.
Je le savais bien que tu te fâcherais.

Monsieur.
Je ne me fâche pas, mais, vraiment, c’est insensé ! A-t-on idée d’un tel caprice ! Officier d’académie ! Et à quel titre, bon Dieu ? (A la réflexion.) Je sais bien que les titres… (Geste vague.) Seulement, j’ai beau fouiller et refouiller mon passé, je n’y trouve guère qu’une condamnation à quinze jours d’emprisonnement pour avoir rossé un gardien de la paix, et tout de même, comme titre, c’est trop peu. Ah ! cré nom d’un chien de nom d’un chien ! Ces choses-là n’arrivent qu’à moi Voyons, raisonne-toi. Les palmes !…Mais ils sont douze mille qui les demandent ! Tu n’as donc pas lu les journaux ?

Madame.
Si.

Monsieur, au désespoir.
Et tu veux !… Réfléchis, je t’en conjure ! Demande-moi tout, excepté ça !

Madame.
Ce n’est pas de ma faute, que veux-tu ? c’est justement, de ça que j’ai envie.
Silence.

Monsieur.
Hé bien, ça va être du propre !…

Scène II
La chambre à coucher.

Madame.
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Monsieur.
Douze heures que cela dure !… Douze heures !

La sage-femme.
Un peu de courage, ma petite dame, dans une minute ce sera fini.

Madame.
Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh !

La sage-femme.
Encore un petit effort. Là ! c’est cela ! très bien ! Eh allez donc !… enfin ! nous le tenons, ce gaillard-là.  – Monsieur, louez Dieu, vous êtes père !

Monsieur, anxieux.
Qu’est-ce que c’est ?

La sage-femme.
Un fils et un beau, je vous en réponds.

Monsieur.
Un fils ! J’ai un fils !!!

La sage-femme.
Ah ! bon sang !

Monsieur.
Qu’y a-t-il ?

La sage-femme, navrée.
Hé ben, en voilà une affaire !… Ah ! Monsieur ! Ah ! Monsieur ! II a des mains de canard !

Monsieur, qui retombe atterré sur son siège.
Palmé !…

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Une envie de Georges Courteline
Une évasion de Latude de Georges Courteline
Henri Masers de Latude : détenu pendant 35 ans dans diverses prisons d'Etat. Instruit par ses malheurs, et sa captivité, il apprit aux français comment le vrai courage à vaincre des tirans les efforts et la rage peut conquerir la liberté. Estampe peinte et gravée par Vestier 1789. Source : BnF/ Gallica

Une évasion de Latude de Georges Courteline

Une évasion de Latude de Georges Courteline

Courte pièce en un acte et trois scènes, parue  dans la Lanterne (28/10/1899) puis dans le recueil les Facéties de Jean de la Butte en 1904.
Distribution : 3 hommes
Téléchargez gratuitement le texte sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice de data.libretheatre.fr

 Une du journal Le XIXe siècle du 05 septembre 1894 consacrée à une exposition au musée Carnavalet consacré aux objets du maître de l'évasion Latude. Source : BnF/ Gallica
Une du journal Le XIXe siècle du 05 septembre 1894 consacrée à une exposition au musée Carnavalet consacré aux objets du maître de l’évasion Latude. Source : BnF/ Gallica

Argument

Un homme qui croupit en prison prépare son évasion, en se dissimulant dans le matelas de son co-détenu qui vient de mourir.

Latude

Georges Courteline s’inspire de l’histoire d’un célèbre évadé. Jean Henry, dit Danry, dit Masers de Latude (né le 23 mars 1725 à Montagnac et mort le 1er janvier 1805 à Paris) est un prisonnier français, célèbre par ses nombreuses évasions, qui a publié en 1787 des Mémoires, qui connurent un grand succès pendant la Révolution. Emprisonné au donjon de Vincennes, il réussit trois évasions, en 1750, 1755 et 1765, dont la plus fameuse le 25 février 1755, en se laissant glisser par la cheminée avec un complice grâce à une échelle de corde, celle-ci tressée avec du fil tiré de vêtements qu’il conserve dans une malle, et les échelons de bois taillés dans des bûches de chauffage.

Son personnage a inspiré de nombreux dramaturges, romanciers et cinéastes. Voir la notice sur wikipedia.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8410743h
Henri Masers de Latude : détenu pendant 35 ans dans diverses prisons d’Etat. Instruit par ses malheurs, et sa captivité, il apprit aux Français comment le vrai courage à vaincre des tyrans les efforts et la rage peut conquérir la liberté. Estampe peinte et gravée par Vestier 1789. Source : BnF/ Gallica

Lien audio

Lien vers l’enregistrement audio réalisé par le site  courteline.org

Un extrait

Latude.

Personne ? (Il jette un coup d’oeil autour de lui.) Personne ! (Il se hisse sur les poignets et pénètre dans la cellule.) Je suis Laté, j’ai trente-cinq ans de captivitude. (Il se reprend.) Heu… Je suis Latude, veux-je dire ; j’ai trente-cinq ans de viticapté ; heu… de tivécapti ; pardon !… Flûte, je ne trouve plus mes mots. C’est le manque d’oxygène. Saleté de Pompadour qui me laisse pourrir sur la paille humide des cachots ! Si jamais… Mais patience ! patience ! l’heure est proche ! (Solennel 🙂 Voici la cellule où le vidame de Proutrépéto, victime comme moi des haines de la favorite, gémit durant tant d’années ; et voici le lit où ce digne vieillard rendit, hier, le dernier soupir. (Il soulève sa casquette.) Salut, demeure chaste et pure ! – Cristi, que ça sent le renfermé. (Il va à la lucarne, qu’il ouvre ; puis revient à l’avant-scène.) Or, M. de Proutrépéto ayant dévissé son billard, l’administration a conçu le dessein de faire carder son matelas. Ceci m’a donné une idée. J’ai enlevé une partie de la laine, je l’ai fait disparaître de la façon suivante. (Il indique qu’il l’a boulottée.) Et à cette heure, je vais prendre sa place. Une fois dans le matelas, qu’est-ce que je fais ? Je ramène la toile sur moi et je la recouds à l’intérieur. Arrivent les cardeurs qui n’y voient que du feu et me descendent ingénument devant la porte de la prison. C’est très bien. Je tire mon couteau, je crève la toile au matelas, je crève la paillasse aux cardeurs, après quoi, à nous l’oxygène ! C’est extrêmement ingénieux. — Mais, me direz-vous, mon ami, tu t’es donc procuré du fil, une aiguille et un couteau ?

Chut !… (Mystérieux 🙂 J’ai improvisé moi-même ces divers objets mobiliers. Le couteau, je l’ai fabriqué avec un manche de côtelette ; l’aiguille, avec une arête de merlan ; et le fil… – Devinez un peu ? Non, devinez un peu, pour voir ? – … Avec du boeuf ! ! ! Tous les jours, depuis trente-cinq ans, je prenais sur ma portion un petit filament de gîte à la noix que je dissimulais avec soin dans le creux de ma main, et qui venait s’ajouter à la masse. Résultat : ceci (Il tire de sa poche une pelote de couleur brune.)… c’est-à-dire la liberté ! ! Ah ! l’ingéniosité des prisonniers défie toute comparaison ! – Avec tout ça, je bavarde, moi. Quelle heure est-il ? (Il regarde par la lucarne.) Il est précisément, au soleil, onze heures quarante-quatre minutes ; dans un quart d’heure, mes deux gaillards seront ici. Deux cardeurs de matelas et un quart d’heure d’horloge, ça fait trois quarts d’heure ; j’ai le temps. (Il va au matelas et l’éventre. Suffoqué 🙂 Crebleu ! quelle poussière ! Pourvu que je n’aille pas éternuer !

Il plonge les pieds en avant, dans le matelas, qu’il referme et recoud sur lui, conformément à son petit programme.

Un temps. Au dehors, l’horloge de la prison sonne les douze coups de midi. Re-tremolo à l’orchestre. Grincement de clef dans la serrure.

La porte s’ouvre. Apparition des deux cardeurs de matelas.

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Une évasion de Latude de Georges Courteline
Monsieur Badin de Georges Courteline
Couverture de l'édition chez Albin Michel de 1897

Monsieur Badin de Georges Courteline

Monsieur Badin de Georges Courteline

Couverture de l'édition chez Albin Michel de 1897
Couverture de l’édition chez Albin Michel de 1897

Pièce en un acte représentée pour la première fois à Paris, au Grand-Guignol, le 13 avril 1897.
Adaptation d’un chapitre du roman Messieurs les ronds-de-cuir.
T
exte connu également sous le titre L’employé qui ne veut pas aller à son bureau (dans les recueils Potiron et Jean de la Butte)
Distribution : 3 hommes
Téléchargez gratuitement le texte intégral de la pièce sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Un fonctionnaire régulièrement absent est accueilli par son chef qui lui demande des comptes. Pour sa défense, il lui expose les affres que lui font subir la crainte perpétuelle de sa révocation, et finit par en tirer argument pour réclamer une augmentation.

Monsieur Badin en audio et en vidéo

Enregistrement audio de 1954 avec Fernandel, Georges Chamarat, Manuel Gary. Lien vers le site de Gallica.
Enregistrement pour la télévision française du 31 décembre 1958, mise en scène de François Chatel avec Jean Poiret et Michel Serrault. Lien vers le site de l’INA

Enregistrement audio réalisé par le site  courteline.org

Un extrait

Monsieur Badin.
Monsieur, je vais vous expliquer. J’ai été retenu chez moi par des affaires de famille. J’ai perdu mon beau-frère…
Le directeur.
Encore !
Monsieur Badin.
Monsieur…
Le directeur.
Ah çà ! monsieur Badin, est-ce que vous vous fichez de moi ?
Monsieur Badin.
Oh !…
Le directeur.
À cette heure, vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a trois semaines, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques ! Sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines, et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’au moins un la semaine. Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d’une boucherie pareille !… Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois. Eh bien ! monsieur, en voilà assez. Que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l’Administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à marier les uns, à enterrer les autres, ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous mettez le doigt dans l’œil !
Monsieur Badin.
Monsieur le directeur…
Le directeur.
Taisez-vous ! Vous parlerez quand j’aurai fini ! Vous êtes ici trois employés attachés à l’expédition : vous, M Soupe et M Fairbatu. M Soupe en est aujourd’hui à sa trente-septième année de service et il n’y a plus rien à attendre de lui que les preuves de sa vaine bonne volonté. Quant à M Fairbatu, c’est bien simple : il place des huiles en province !… Alors quoi ? Car voilà pourtant où nous en sommes, il est inouï de penser que sur trois expéditionnaires, l’un soit gâteux, le second voyageur de commerce et le troisième à l’enterrement depuis le jour de l’An jusqu’à la Saint Sylvestre !… Et naïvement vous vous êtes fait à l’idée que les choses pouvaient continuer de ce train ?… Non, monsieur Badin ; cent fois, non ! J’en suis las, moi, des enterrements, et des mariages, et des baptêmes !… Désormais, c’est de deux choses l’une : la présence ou la démission ! Choisissez ! Si c’est la démission, je l’accepte. Je l’accepte à cet instant même. Est-ce clair ? Si c’est le contraire, vous me ferez le plaisir d’être ici chaque jour sur le coup de dix heures, et ceci à partir de demain. Est-ce clair ? J’ajoute que le jour où la fatalité, cette fatalité odieuse qui vous poursuit, semble se faire un jeu de vous persécuter, viendra vous frapper de nouveau dans vos affections de famille, je vous balancerai, moi ! Est-ce clair ?
Monsieur Badin.
Ah ! vous me faites bien de la peine, monsieur le directeur ! À la façon dont vous me parlez, je vois bien que vous n’êtes pas content.

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Monsieur Badin de Georges Courteline
Les balances de Georges Courteline
Prison Ste Pélagie, évacuée en août 1898, démolie en mai 1899. Cette ancienne prison de Paris était située au 56 rue de la Clef, elle avait été installée en 1792 dans un établissement pour filles repenties fondé au XVIIe siècle. Photographie d'Atget. Source BnF/Gallica

Les balances de Georges Courteline

Les balances de Georges Courteline

Saynète représentée pour la première fois au Théâtre Antoine, le 26 novembre 1901, publiée en 1901 chez Flammarion.
Distribution : 3 hommes.
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10518432r
Prison Ste Pélagie, évacuée en août 1898, démolie en mai 1899. Cette ancienne prison de Paris était située au 56 rue de la Clef, elle avait été installée en 1792 dans un établissement pour filles repenties fondé au XVIIe siècle. Photographie d’Atget. Source BnF/Gallica

La Brige rend visite à un de ses amis, avocat en province, après un court séjour en prison principalement dû à l’absurdité des lois et règlements. Ses démêlés avec la Justice sont principalement dus au fait qu’il est propriétaire d’une maison frappée d’alignement qui menace ruine et qu’il n’a pas le droit de réparer.

Lien audio

Lien vers l’enregistrement audio réalisé par le site  courteline.org

Un extrait

La Brige.
Pardon. Merci. – Donc Rambouille…
Lonjumel.
Joli numéro !
La Brige.
Oui ; le banditisme accepté dans toute sa putréfaction, et le marloutage légitime dans toute sa fétidité. – Donc, Rambouille me devait cinq cents francs. Las de perdre mon temps à les lui réclamer, de me casser éternellement le nez à une porte éternellement close, et de m’acheminer vers la ruine, lentement, trois sous par trois sous, en inutiles frais de timbres-poste, je pris enfin le parti d’assigner devant les juges ce drôle qui ne s’attarda même pas à discuter, reconnaissant le bien-fondé de ma créance et excipant purement et simplement d’insolvabilité légale.
Lonjumel.
Quelle fripouille !
La Brige.
Ce honteux système de défense ne fut couronné de nul succès. – Je te demanderai une troisième cigarette ; celle-ci vient de se casser dans ma main comme du verre.
Lonjumel.
Prends donc.
La Brige.
Pardon. – Un jugement, dont les attendus tenaient le milieu entre le tutu et le simple caleçon de bain, le condamna au paiement, non seulement du principal, mais encore des frais du procès. Malheureusement, la loi voulant que dans les causes entre particuliers, le gagnant paie pour le perdant si le perdant est insolvable, je me vis invité par le Greffe à solder sans délai… non, mais écoute ça.
Lonjumel.
J’écoute.
La Brige.
… Six cent soixante-dix-sept francs, montant du jugement qui m’allouait vingt-cinq louis sans d’ailleurs me les faire avoir, la contrainte par corps étant abolie depuis 1867. Que penses-tu que je fis ?
Lonjumel.
Tu n’avais qu’à payer.
La Brige.
Il le faut croire, puisque m’y étant refusé (mon petit bien prudemment garé et mon petit appartement mis au nom d’une tierce personne), je fus appréhendé au col et fourré à Sainte-Pélagie, en vertu de cette même contrainte par corps dont les citoyens ne bénéficient plus, mais dont l’Etat continue, lui, à recueillir les avantages. – Tu en as encore une ?

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

Commentaires fermés sur Les balances de Georges Courteline
Les amputés de Georges Courteline
Omnibus de Montmartre : photographie d'Atget. Source : Bnf/Gallica

Les amputés de Georges Courteline

Les amputés de Georges Courteline

Pantomime mêlée de quelques répliques. Parue dans le recueil Potiron, en 1890.
Téléchargez gratuitement le texte sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice dans data.libretheatre.fr

L’argument

Une femme se fait harceler dans un omnibus par un jeune monsieur, dont le bras a disparu…
Le fléau du harcèlement sexiste dans les transports semble être apparu en même temps que les transports publics… Si Courteline traite le sujet avec humour (avec le recul, c’est un humour très noir puisque Courteline finira amputé des deux jambes…), il n’en reste pas moins qu’il est un des seuls auteurs à témoigner de cette réalité, toujours d’actualité malheureusement :  campagne stop, ça suffit !

Le texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10520038g
Omnibus de Montmartre : photographie d’Atget. Source : Bnf/Gallica

L’intérieur d’un omnibus
Au fond, à droite
1/ Une dame. Trente ans à peu près, très jolie et brune, beaucoup de chic. Un soupçon de moustache sur la lèvre. Toilette à losanges blancs et noirs, fleurant d’une lieue l’honnête femme. Comme chapeau, une humble feuille de lilas !…
2/ Près d’elle, un grand, maigre, jeune monsieur, à la moustache couleur de paille. Chapeau de soie, veston ardoisé, pantalon écossais éteint, gardant sur le tibia l’arête vive du neuf.
A gauche, toujours au fond
1/ Un monsieur d’air très respectable. Cinquante à cinquante-cinq ans; grande barbe, grand nez, grand chapeau. Il porte le ruban d’officier d’Académie.
2/ A son côté une place vide.
Seigneurs et dames sans importance occupant le reste de la voiture.
On roule.

La Dame, à part.
Mon Dieu ! que c’est agaçant.

Depuis quelque temps, elle donne des signes visibles d’inquiétude, et, par moments, elle jette des coups d’œil de biais sur l’homme à la pâle moustache, lequel est amputé. Mon Dieu oui, il n’a plus qu’un bras, ce pauvre jeune homme. l’autre ayant complètement disparu dans le dos de la brune voisine. Derrière l’épaule de celle-ci on distingue l’épaule de celui-là, et, chose étrange! elle semble, cette épaule, agitée de soubresauts nerveux. Elle va, vient, plonge, remonte, disparait, reparaît puis disparait encore.
Les cahots de la lourde voiture dansant sur le pavé des rues doivent y être pour quelque chose.
Lui, d’ailleurs, demeure calme et froid, avec l’œil rond et hébété de l’homme qui ne pense à rien. Par contre, l’oeil du vieux respectable se fixe sur lui avec persistance. Sous les épais sourcils froncés de cet homme décoré à demi, on devine l’effort contenu d’une robuste indignation.

La Dame, qui a successivement et en vain pincé les lèvres, rué du coude, geint bruyamment, tapé du pied, évolué de gauche à droite, puis de droite à gauche.
Il est odieux qu’une honnête femme ne puisse se rendre à ses occupations sans se faire manquer de respect !
Effet.
Les seigneurs et dames sans importance sont vivement intéressés. On entend : « Ah ! Oh ! Très curieux ! Qui est-ce ? Qu’est-ce qu’il a fait ? »
En l’œil du vieux vénérable un feu sombre s’allume soudain.

Seul, le maigre monsieur à la moustache pâle paraît n’avoir pas entendu; il conserve son air idiot et détaché des choses de ce monde. Tout de même, adroitement, il dégage son épaule et rentre en possession du bras qui lui manquait. Soupir soulagé de la dame brune.

L’œil du vieux monsieur se sérénise. L’émotion se calme. La lourde voiture danse toujours sur le pavé des faubourgs et des rues. Peu à peu le visage de la dame exprime un regain d’inquiétude; de nouveau elle envoie de furtifs coups d’œil sur le bras du maigre monsieur, lequel bras tend à redisparaître, se redérobe lentement à la lumière du jour. Soudain, plus rien ! Ah ! miséricorde ! Le pauvre homme a reperdu son bras !!
Même jeu que ci-dessus. Piétinement légers, claquements de lèvres, etc.

La Dame,qui a usé son dernier écheveau de patience.
Mais enfin, monsieur, laissez-moi ! ou je vais me plaindre au conducteur !

Sensation prolongée. Embarras visible de l’amputé, qui cesse immédiatement de l’être.

L’officier d’Académie, d’une voix éclatante.
Il y a des goujats partout !!!

Murmure d’approbation marquée chez les seigneurs et dames sans importance.

L’officier d’Académie, très homme du monde.
Veuillez vous mettre à côté de moi, madame ; il y a une place vide. (Tragique) Il est tels drôles, en vérité, qui mériteraient d’être châtiés en public.

Il regarde fixement le drôle auquel s’adresse ce discours, discours que le drôle en question semble, d’ailleurs, ne pas prendre pour lui. Chuchotements des seigneurs et dames sans importance ; on distingue : « …très bien, ce vieux monsieur… Y a-t-il des gens mal élevés !… L’officier d’Académie s’est conduit en vrai galant homme !! etc., etc. »

Cependant, la dame outragée, balbutiant un remerciement, s’est levée et s’est venu asseoir au côté de son protecteur.

Les commentaires s’apaisent peu à peu, puis s’éteignent. L’incident parait vidé. Sur le pavé des faubourgs et des rues, la voiture danse de plus en plus.

Soudain, une angoisse se dessine sur le visage de la dame brune. Elle lance, de côté, un coup d’œil sur l’officier d’Académie dont le regard a pris depuis quelques instants une expression idiotisée et vague. Oui, les seigneurs et dames sans importance avaient mille et mille fois raison, et il est très bien, ce vieux monsieur, il est extraordinairement bien ! Malheureusement, il n’a plus qu’un bras, à son tour ! L’amputation se gagne, il faut croire !

La Dame, à part, désespéré
J’aurais pu rester où j’étais ! Voilà que ça recommence avec ce vieux dégoûtant !

Commentaires fermés sur Les amputés de Georges Courteline
La correspondance cassée de Georges Courteline
La correspondance cassée. "Gil Blas illustré", Steinlen 1894. Source : BnF/Gallica

La correspondance cassée de Georges Courteline

La correspondance cassée de Georges Courteline

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530974396/f91.item
La correspondance cassée. « Gil Blas illustré », Steinlen 1894. Source : BnF/Gallica

Courte pièce en deux scènes, pour 3 hommes (et figurants). Parue dans le « Gil Blas illustré » le 15 juillet 1894 puis dans le recueil l’Ami des Lois en 1904.
Téléchargez le texte intégral gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’Argument

La Brige a déchiré son ticket de correspondance et essaie de convaincre le contrôleur de ne pas lui faire payer un nouveau billet.

Un extrait

La Brige, qui a le 61 s’approchant :
Monsieur, je descends à l’instant même du tramway de la porte Rapp, muni de cette correspondance, que j’ai cassée sans le faire exprès. En voici les deux morceaux. Est-ce qu’elle est tout de même valable ?
(Le contrôleur ne dit ni oui ni non. Il borne sa réponse à un hochement négatif, absolument imperceptible d’ailleurs, de sa casquette brodée d’argent. C’est, en effet, un personnage considérable, qui doit aux seules supériorités de sa rare intelligence la haute situation qu’il occupe dans la vie. Il se sait fils de ses oeuvres ; il est en outre homme d’esprit et a la repartie facile, toutes qualités qui l’enorgueillissent fort et le portent à traiter avec quelque dédain les petites gens que leur humble condition oblige à prendre le tramway.)

Le contrôleur.
Soixante-deux !… Soixante-trois !… Soixante-quatre !… Soixante-cinq !…

La Brige, qui recommence.
Monsieur, j’ai le soixante et un ; mais, ainsi que je vous l’ai déjà dit, voici ce qui m’est arrivé : en descendant du tramway de la Porte Rapp, je me suis flanqué les quatre fers en l’air, si bien que ma correspondance s’est cassée dans mes doigts, en deux. Est-elle tout de même valable ?

Le contrôleur, qui cette fois ne s’abaisse même plus jusqu’à agiter sa casquette.
Soixante-six !… Soixante-sept !… Soixante-huit !… Soixante-neuf !…

La Brige.
Pardon. – Est-ce que vous êtes sourd, idiot ou empaillé ?

Le contrôleur.
Vous dites ?

La Brige.
Je dis : « Est-ce que vous êtes sourd, idiot ou empaillé ? »

Le contrôleur.

Dites donc ! Je vais aller vous enseigner la politesse, moi.

La Brige.
Vous aurez donc à l’aller apprendre d’abord. Voilà deux fois que je vous demande si cette correspondance cassée peut encore servir, oui ou non.

Le contrôleur, dans un aboiement.
Non, elle ne peut pas servir !!!

La Brige.
Il fallait le dire tout de suite. – Puis, d’où vient qu’elle ne puisse servir ? Les morceaux en sont bons, pourtant.

Le contrôleur, spirituel.
Mangez-les, s’ils sont si bons que ça. (Il rit. – Un temps.) Eh bien ?… Quoi ?… Quand vous resterez là une heure, avec votre correspondance !… je vous répète qu’elle ne vaut rien !

La Brige.
Elle ne vaut rien parce que vous ne voulez pas la prendre. Vous n’avez pas de complaisance, voilà tout. – Voyons, quel plaisir prenez-vous à me faire dépenser trois sous inutilement ?

Le contrôleur.
Il ne s’agit pas de tout ça. Voulez-vous monter et payer ?

Commentaires fermés sur La correspondance cassée de Georges Courteline