Histoire du théâtre

Labiche et le mariage

29 juin 2016
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Labiche et le mariage

Le mariage est l’une des thématiques principales du théâtre d’Eugène Labiche. Il excelle à révéler les multiples hypocrisies du mariage bourgeois du XIXème siècle. Libre Théâtre vous propose, à travers quelques pièces, un parcours sur les thématiques suivantes  : la dot, mariages arrangés et mariages d’amour, la nuit de noces.

1. La dot

Dans de multiples pièces de Labiche, la dot constitue le sujet essentiel des tractations lors d’un projet de mariage La question de la dot est mentionnée dans 32 pièces du corpus de Libre Théâtre qui compte 83 pièces de Labiche.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64010355/f1.item

Portrait de Lhéritier (Malingear) par Lhéritier, 1867 . Source : BnF/Gallica

C’est le sujet central de la Poudre aux yeux : les parents d’Emmeline, les Malingear, font croire aux parents de Frédéric, les Ratinois, qu’ils ont un train de vie plus élevé qu’ils n’ont en réalité. Les Ratinois jouent le même jeu. Le montant de la dot augmente tant que le mariage risque d’être rompu.

Dans Les Trente-sept Sous de M. Montaudoin, la dot de Fernande est également au centre de l’intrigue. La femme de Montaudoin désire attribuer une dot supplémentaire de 13 505 francs à sa fille, mais sans que son mari n’en connaisse la provenance. Elle confie l’argent à Penuri afin qu’il offre lui-même cette somme. Alors que celui-ci s’exécute, Montaudoin pense que son ami a eu une aventure avec son épouse et qu’il est le père de Fernande…

Dans Le Point de mire, c’est aussi la dot d’un montant d’un million qui déchaîne les passions : Duplan vient demander la main de Berthe, la fille de ses amis Carbonel pour son fils Maurice. Les Carbonel au départ peu enthousiastes sont ravis quand ils apprennent que Maurice a un million de dot. Les Pérugin, leurs meilleurs amis, sont jaloux de cette bonne fortune et Madame Pérugin va tout faire pour que Maurice s’éprenne de sa fille Lucie qui, elle, est amoureuse de l’architecte Jules Priés.

La question de la dot est simplement évoquée dans les autres pièces, mais donne lieu à des répliques savoureuses.
Ainsi, dans le Papa du Prix d’honneur, on assiste à un dialogue entre le père, Gabaille, et son fils, qui entretient une relation avec une jeune femme mariée Hermance dont il a un peu de mal à se défaire. Ses parents ont le projet de le marier à la jeune Cécile, fille de Dubichet.

Gabaille.
Écoute-moi et compare : la demoiselle que je te propose a dix-huit ans… elle est jeune.
Achille.
Naturellement.
Gabaille.
Jolie, musicienne, robuste sans être un colosse, parlant l’anglais, connaissant le ménage et apportant à son mari trois cent mille francs de dot… plus, un terrain !
Achille.
Ah ! diable !
Gabaille.
Fille unique…
Achille.
Ah ! ah !
Gabaille.
Je ne te conseillerai jamais un mariage d’argent… je méprise les richesses… comme Sénèque… mais je dis que lorsqu’un beau parti se présente, c’est une bêtise de le refuser !
Achille.
Le fait est que trois cent mille francs… Où est situé le terrain ?
Gabaille.
À La Villette… près du nouvel abattoir… ça gagne tous les jours…

Dans L’Avocat d’un grec, Monsieur Benoît, négociant hésite entre deux prétendants pour sa fille : Vachonnet est commerçant, et par ailleurs bègue, alors que Brossard est avocat. Extrait d’une scène avec Vachonnet :

Benoîtprenant le papier.
Il a raison… Quel bon comptable !… Voilà le gendre qu’il me faudrait.
Vachonnet.
J’ai vu mon, on… mon oncle… il donne les vingt… les vingt…
Benoît.
Quels vins !
Vachonnet.
Les vingt mille francs de plus… pour la do… dot.
Benoît.
Vingt mille francs de plus pour la dodot ! bigre ! (A part.) C’est drôle, comme je me refroidis pour Brossard. (Haut.) Vachonnet, espérance et confiance ! Je ne te dis que ça… Si je peux pincer l’autre… le Malvoisie !… et je le pincerai !…

Les filles n’ignorent pas ce marchandage. Ainsi dans la comédie Brûlons Voltaire, Lamblin, un notaire, essaie de vendre à Marchavant, un riche rentier un château familial, détenu par une jeune veuve qui a aussi une jeune fille à marier, Alice, qui n’a pas la langue dans sa poche…

Lamblin
Vendons d’abord l’immeuble… et une fois le contrat signé, je tombe aux genoux de madame votre mère.
Alice
Ah ! mon Dieu ! vous voulez épouser ma mère!
Lamblin
Non !… je tombe aux genoux de madame votre mère et j’ai l’honneur de lui demander votre main.
Alice
Ma main ! par exemple !
Lamblin
C’est un projet que je caresse depuis longtemps.
Alice
Ah ! ça ! quel rapport y a-t-il entre la vente du château et ma main ?
Lamblin
Eh bien ! le château vendu, vous entrez en possession de votre dot… vous devenez liquide.
Alice
Hein ?
Lamblin
Comme nous disons dans le notariat… Je vous épouse, je paie mon étude, j’achète un cheval, avec un petit panier… pour faire mes courses… et vous êtes bien heureuse!…
Alice, ironiquement
Ah ! je vous en réponds !… mais je croyais… du moins le bruit en a couru… que vous songiez à la fille du receveur particulier…
Lamblin
Oui et non… J’ai eu un moment l’idée de cette union… La petite est gentille.
Alice
Et son père très riche… il possède deux fermes dans les environs…
Lamblin
Oui, mais tout cela est grevé… chargé d’hypothèques… J’ai pris mes renseignements.
Alice
Je comprends… la fiancée n’est pas liquide.

Dans Un homme sanguin, Lardillon s’engage auprès de son ami Buchard à lui remettre le jour de son propre mariage, la dot que Marguerite, la domestique qu’il souhaite épouser, exige, soit trois cents francs.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400879s

Portrait de Leménil (Poupardin) et Grassot (Tourterot) / par Lhéritier. 1844. Source : BnF/ Gallica

Dans Deux papas très bien, Tourterot présente ainsi le mariage qu’il a arrangé dans un courrier à son fil César :

« Allons, ho ! du lest !… au reçu de la présente, file ton nœud vers le toit paternel ; j’ai levé pour toi une jeune poulette que je brûle de te conjoindre : c’est la fille d’un homme très bien, membre de l’académie d’Etampes, et qui a publié d’immenses travaux sur l’i grec et le point d’exclamation… Quant à la dot, cinquante mille balles. Ça doit t’aller, viens-y !  » .

Dans Madame est trop belle, deux familles, les Montgiscar et les Chambrelan, organisent la rencontre de deux jeunes gens, Jules et Jeanne, au Louvre afin qu’ils se connaissent et puissent décider si le mariage leur convient. Les jeunes gens s’apprécient mais les discussions autour de la dot dégénèrent :
Montgiscar.
Les négociations sont rompues.
Clercy.
Rompues ?
Montgiscar.
Oui, ce papa Chambrelan est l’indélicatesse même… Figure-toi qu’il voulait me faufiler dans la dot des phosphores à cinq cents francs… au pair.
Clercy.
Eh bien?… qu’est-ce que ça fait?
Montgiscar.
Ça fait une différence de vingt-deux mille francs… Il s’est entêté… moi aussi… et il est parti, c’est rompu.
Clercy.
Comment, rompu ! Mais vous ne voyez donc pas que je suis amoureux!…
Montgiscar.
C’est un tort… On ne doit être amoureux que lorsque tout est bien convenu.
Clercy.
C’est possible !… mais c’est fait… J’aime la demoiselle, j’en suis fou !… Je prends les phosphores au pair… et je l’épouse !
Montgiscar.
Comme tuteur, je proteste !
Clercy.
Ça m’est égal… Je cours après eux, je leur fais des excuses et je les ramène !…

Le même entêtement, mais dans une situation inverse se produit dans Un monsieur qui prend la mouche : la querelle entre Bécamel, le père de Cécile et Alexandre Beauduit concerne la dot mais paradoxalement le futur gendre ne veut pas que la dot soit trop importante.

Dans les Vivacités du Capitaine Tic, Désambois, pour provoquer le Capitaine Tic, l’accuse d’être un « croqueur de dot »

Dans Les Petites mains, Courtin reproche à son gendre Vatinelle de ne pas travailler et ajoute : « je vous ai donné ma fille, à vous qui n’aviez rien, avec une dot de cinq cent mille francs. » Vatinelle lui répond: « Pardon… Je désire seulement constater que je n’ai connu ce chiffre que le jour du contrat… Je ne savais qu’une chose… c’est que j’épousais un ange ! il s’est trouvé que l’ange était riche… cela m’a contrarié… mais je n’ai pas cru devoir le refuser pour cela. » Plus tard Courtin dira même : « vous vous êtes fourré dans la dot de ma fille comme un rat dans un fromage ».

2. Mariages arrangés et mariages d’amour

La plupart des pièces de Labiche ont pour commencement un mariage arrangé, mais il ne s’agit jamais de tragédies. Dans certaines pièces, la jeune fille tombe amoureuse du jeune homme qu’on lui destine, comme dans Madame est trop belle où une rencontre est organisée entre les deux jeunes gens. Mais dans la plupart des comédies, la jeune fille manœuvre habilement pour épouser le jeune homme qu’elle aime :

  • Embrassons-nous Folleville : Manicamp, déborde d’affection pour un ami, Folleville, qui l’a sauvé d’une situation où il risquait le déshonneur. Manicamp souhaite, pour le remercier, le marier à sa fille, Berthe. Le futur gendre, bien que n’éprouvant aucun sentiment pour Berthe, n’ose contrecarrer ces projets. De son côté, la jeune fille ne l’aime pas non plus et s’oppose violemment à ce mariage.
  • Le voyage de Monsieur Perrichon :  M. Perrichon, sa femme et sa fille Henriette, prennent pour la première fois le train, pour aller en vacances à Chamonix. Ils sont abordés par deux jeunes hommes, Armand Desroches et Daniel Savary, charmés par la fille de M. Perrichon, qu’ils ont rencontrée lors d’un bal. Une lutte loyale mais acharnée commence entre les deux jeunes hommes, chacun voulant faire route avec la famille Perrichon pour gagner sa confiance et épouser ainsi Henriette, qui aura le dernier mot.
  • Les Deux Timides : Thibeaudier n’a jamais pu vaincre sa timidité ; s’étant engagé vis-à-vis d’un certain Anatole Garadoux , qui lui a été présenté par son notaire, il ne peut se résoudre à lui retirer la main de sa fille Cécile, aimé de Jules Frémissin, le second timide. Si l’un n’ose formuler sa demande, l’autre craint à tout moment qu’il ne la fasse ; Cécile ne peut les faire rester deux minutes ensemble, et cette situation pourrait durer longtemps si la jeune fille ne s’avisait d’avouer à chacun d’eux la timidité de l’autre.
  • La Grammaire : Caboussat est nul en grammaire et en orthographe et refuse que sa fille, Blanche, se marie et le quitte car c’est elle qui corrige tous ses discours.
  • Mais aussi Le Baron de FourchevifLe Club Champenois, Le Major CravachonLes Vivacités du Capitaine TicMon Isménie

3. La nuit de noces

Autre thématique présente dans les pièces de Labiche : la nuit de noces.

C’est le sujet de la Sensitive : Onésime Bougnol et Laure Rothanger vont se marier. Gaudin, le domestique de Bougnol, voit avec inquiétude cette alliance, qui va sans doute perturber ses habitudes. Dans une atmosphère de fête, les invités arrivent, dont deux militaires, l’ancien précepteur de Laure et les parents de la mariée. Mais Onésime est un grand sensible et ne peut accomplir ses devoirs conjugaux lors de la nuit de noces à la suite de différents incidents. Les deux militaires et l’ancien précepteur courtisent alors la jeune fille. Cette pièce a été refusée par la censure et Labiche a été contraint de réécrire le deuxième acte.

Pour éviter la pression de la famille à l’issue de la nuit de noces, Ernest de la pièce Le Petit Voyage choisit d’aller à la campagne, dans une auberge à Fontainebleau pour sa nuit de noces.

Marie.
«Je ne comprends pas, vous disait-il, quand vous avez un appartement bien chaud, bien commode, bien meublé… que vous alliez faire vingt lieues, au beau milieu de la nuit, pour tomber dans une misérable chambre d’auberge…»
Ernest.
C’est l’usage… après la cérémonie… on disparait, on fait ce qu’on appelle le petit voyage, c’est consacré. On éprouve le besoin de fuir les regards indiscrets, de se soustraire aux sottes interprétations, aux questions équivoques…
Marie, vivement.
Quelles questions ? Je n’en redoute aucune !
Ernest.
Aujourd’hui… c’est possible. (À part.) Mais demain !… (Haut.) Enfin, ce que je voulais, c’était m’isoler du monde… avec vous… Nous ne nous quitterons pas, nous ferons de longues promenades à pied… dans la forêt…

 

Nous conclurons ce court article par un extrait de Mon Isménie : Vancouver, un père jaloux, ne peut se résigner à ce que sa fille Isménie se marie et trouve tous les prétextes pour éconduire les prétendants.

Vancouverseul

Heu !… je suis triste !… c’est au point que je ne connais pas dans les murs de Châteauroux un Berrichon plus triste que moi… Ma position n’est pas tenable… je me promène avec un ver dans le cœur… Pardon… avez-vous vu jouer Geneviève ou la jalousie paternelle ?… Non ?… Eh bien, voilà mon ver !… La jalousie !… Je suis père… j’ai une fille âgée de vingt-quatre printemps à peine… et ils prétendent que c’est l’âge de la marier !… À vingt-quatre ans ! Mais je ne me suis conjoint qu’à trente-huit, moi !… et j’étais précoce !… Alors, ma maison est assaillie par un tas de petits gredins en bottes vernies… qu’on intitule des prétendus, et que j’appelle, moi, la bande des habits noirs !… Car enfin, ce sont des escrocs… Je ne leur demande rien, je ne vais pas les chercher… qu’ils me laissent tranquille… avec mon Isménie !… C’est incroyable !… on se donne la peine d’élever une fleur… pour soi tout seul… On la cultive, on la protège, on l’arrose de petits soins… de gants à vingt-neuf sous, de robes à huit francs le mètre… on lui apprend l’anglais, à cette fleur !… la musique, la géographie, la cosmographie… et, un beau matin, il vous arrive par le chemin de fer une espèce de Savoyard, que vous n’avez jamais vu… Il prend votre fleur sous son bras et l’emporte en vous disant : « Monsieur, voulez-vous permettre ? Nous tâcherons de venir vous voir le dimanche !  » Et voilà !… vous étiez père, vous n’êtes plus qu’une maison de campagne… pour le dimanche ! Infamie ! brigandage !… Aussi, le premier qui a osé me demander la main d’Isménie… j’ai peut-être été un peu vif… je lui ai donné mon pied !… Malheureusement, ma fille veut se marier… elle pleure… elle grogne même… Je ne sais plus comment la distraire… Tantôt, je lui fais venir de la musique nouvelle… tantôt des prétendus difformes… auxquels je donne des poignées de main… les cosaques ! Je les examine, je les scrute, je les pénètre, je leur trouve une infinité de petits défauts… dont je fais d’horribles vices ! et, au bout de quelques jours, je leur donne du balai… poliment.

 

Autres chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :

Le Théâtre d’Eugène Labiche
Biographie d’Eugène Labiche,
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

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Biographie d’Eugène Labiche

28 juin 2016
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Biographie d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530816115.

Eugène Labiche. Atelier Nadar 1910. Source : BNF/ Gallica

Eugène Labiche naît à Paris le 5 mai 1815. Son père est un riche industriel qui possède une fabrique de sucre à Rueil-Malmaison. Une fois son baccalauréat en poche en 1833, il voyage avec des amis en Suisse, dans la péninsule italienne et en Sicile. Il envoie à un journal parisien de petites scènes de vie pleines de fantaisie, qu’il publiera en 1839 sous le titre La Clé des champs. À cette époque, il rédige aussi des articles de critique théâtrale dans la Revue du théâtre.

 

 


Les débuts

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

En 1837, Eugène Labiche fonde avec Auguste Lefranc et Marc-Michel une association de production théâtrale, qu’il appelle avec humour « l’usine dramatique » et crée en collaboration avec ses deux amis sa première pièce, La Cuvette d’eau. L’année suivante, en 1838, il remporte un premier succès avec Monsieur de Coislin. Il publie ensuite régulièrement deux à trois pièces par an. Il ne retiendra aucune d’entre elles quand il éditera son Théâtre complet.

En 1842, il épouse une riche héritière âgée de dix-huit ans, Adèle Hubert. À son mariage, il promet à son beau-père d’abandonner le théâtre. Il tient son engagement pendant un an, mais s’ennuie tellement que sa femme l’encourage à se remettre à écrire.

Le succès en 1844 du Major Cravachon, au Théâtre du Palais- Royal, lui permet de devenir le collaborateur régulier de cette salle.

Eugène Labiche tente une carrière politique en 1848 et se porte candidat à Rueil-Malmaison lors des premières élections au suffrage universel masculin, pour l’Assemblée constituante  de la IIe République. C’est un échec  : il abandonne la politique jusqu’en 1868, date à laquelle il est élu maire de Souvigny-en-Sologne, commune dont dépend le château de Launoy qu’il  achète en 1853.


Le succès

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10535599b

Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Sa production s’accélère à partir de 1848 avec en moyenne 10 pièces par an. Il devient le principal vaudevilliste des années 1840-1860  et connait le succès avec Embrassons-nous, Folleville ! (1850), Un chapeau de paille d’Italie (1851), Le Misanthrope et l’Auvergnat (1852), Mon Isménie (1852), L’Affaire de la rue Lourcine (1857), Le Voyage de Monsieur Perrichon (1860),  Les Deux Timides (1860),  La Poudre aux yeux (1861), La Station Champbaudet (1862), La Cagnotte (1864).

Un grand nombre de ces pièces sont données au théâtre du Palais-Royal, qui accueille des comédies et des vaudevilles.

En 1849, il est élu membre de la commission de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, en qualité d’archiviste.


La reconnaissance

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marcellin-desboutin_eugene-labiche-1815-1888_huile-sur-toile

Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

En 1861, il est  fait chevalier de la Légion d’honneur. Labiche œuvre ensuite pour être représenté sur la scène de la prestigieuse Comédie-Française  :  il y parvient en 1864, avec la pièce Moi, puis en 1876, avec La Cigale chez les fourmis, écrite en collaboration avec l’académicien Ernest Legouvé. Mais le public se montre peu enthousiaste.

16 autres pièces seront données entre 1871 et 1878 dont deux comédies de caractère : Doit-on le dire ?  (1872) et Le Prix Martin (1876) qui est un échec. Après l’échec relatif de La Clé, jouée en 1877, il arrête  sa carrière d’auteur dramatique et se consacre à l’édition de ses œuvres complètes publiées en 1880. Il est élu la même année à l’Académie française, après quelques débats. Lors de son discours de réception à l’Académie, Labiche définit clairement son objectif à travers ses oeuvres : amuser le public. Alphonse Daudet, soulignera  : « Labiche n’est pas seulement un merveilleux amuseur, mais un observateur profond, un railleur qui sait toujours où va son rire. »

Le 27 janvier 1881, il préside le banquet annuel de l’Association des anciens élèves du lycée Condorcet et prononce un discours fort applaudi : «Ce qu’il vous faut promener dans le monde, c’est notre gaieté, cette gaieté qui est de vieille race française et qu’aucun peuple ne possède. Entretenez avec amour ce feu national – Riez !» .

Labiche meurt à Paris le 13 janvier 1888, à l’âge de soixante-treize ans. Il est enterré au cimetière de Montmartre.

Au total, Eugène Labiche a écrit 176 pièces dont la quasi-totalité (172) en collaboration avec d’autres auteurs  (on en compte 46). Les plus collaborateurs les plus réguliers sont  : Alfred Delacour, Marc-Michel,  Édouard Martin, Alfred Monnier, Auguste Lefranc et Alfred Choler.

Delacour décrit ainsi leur méthode de travail, « notre mode de collaboration étant le suivant : notre plan fait, j’écris la pièce entière, que Labiche récrit à son tour sur mon manuscrit ».  Il semble que le travail de révision de Labiche consistait principalement à supprimer des longueurs, à intervenir sur les répliques des personnages et l’enchaînement des situations pour renforcer les effets comiques.

Son « Théâtre complet », paru en 1879, compte 57 pièces que Labiche a lui-même sélectionnées.
Libre Théâtre vous propose 83 pièces en texte intégral et en téléchargement gratuit, accessible sur Libre Théâtre via la page Le Théâtre d’Eugène Labiche
Il est possible de faire une recherche par distribution sur ce corpus via data.libretheatre.fr

Chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :
Le mariage chez Labiche
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

 

Sources:

Bassan Fernande. La comédie de boulevard au XIXe siècle. In: Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 1991, n°43. pp. 169-181. Lien sur Persée

Emelina Jean. Labiche : le comique de vaudeville. In: Romantisme, 1991, n°74. Rire et rires. pp. 83-92. En ligne sur Persée

 

 

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Le théâtre d’Eugène Labiche

28 mars 2016
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Le théâtre d’Eugène Labiche

Labiche a écrit 176 pièces. Libre Théâtre a mis en ligne les oeuvres majeures,celles figurant dans le Théâtre complet d’Eugène Labiche édité par Calman-Lévy à partir de 1878 en 10 volumes, ainsi que quelques pièces courtes moins connues.

Pour chacune des  83 pièces traitées, le texte intégral est téléchargeable, avec un résumé, un extrait et des illustrations (affiches, décors, mises en scène…).
La liste des 83 pièces figure ci-dessous.
Vous pouvez faire des recherches par distribution sur le théâtre de Labiche à partir de data.libretheatre.fr ou explorer son oeuvre à travers :
la biographie d’Eugène Labiche,
le mariage chez Labiche,
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

Labiche apparaît plus subversif qu’on pourrait le penser, tant dans la forme que dans le fond. En 1964, dans une célèbre étude consacrée à Eugène Labiche, Philippe Soupault a montré la cruauté des observations et des peintures sociales. Patrice Chéreau, Jacques Lassalle ou Jean-Pierre Vincent ont renouvelé la mise en scène de ces pièces, en proposant, au-delà du divertissement une vision satirique et cruelle de la société.


Les pièces les plus connues d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

Célimare le bien-aimé
Doit-on le dire ?
Embrassons-nous, Folleville !
Frisette
L’Affaire de la rue Lourcine
La Cagnotte
La Cigale chez les Fourmis
La Dame aux jambes d’azur
La Dame au petit chien
La Fille bien gardée
La Grammaire
La Poudre aux yeux
La Station Champbaudet
Le Baron de Fourchevif
Le Club champenois
Le Major Cravachon
Le Mystère de la rue Rousselet
Le Plus Heureux des trois
Le Voyage de Monsieur Perrichon
Les Circonstances atténuantes
Les Deux Timides
Les Petits Moyens
Les Suites d’un premier lit
Les Trente millions de Gladiator
Les Trente-sept sous de M. Montaudoin
Les Vivacités du Capitaine Tic
Mam’zelle fait ses dents
Moi
Mon Isménie
Un chapeau de paille d’Italie
Un garçon de chez Véry
Vingt neuf degrés à l’ombre

Les pièces plus rarement représentées

Brûlons Voltaire !
Deux merles blancs

Deux papas très bien
Edgard et sa bonne
Garanti dix ans
J’ai compromis ma femme
J’invite le colonel
Je croque ma tante
L’Amour de l’art
L’Amour en sabots
L’Avocat d’un grec
L’Avocat pédicure
L’Homme de paille
La Chasse aux corbeaux
La Chasse aux jobards
La Cigale chez les Fourmis
La Dame au petit chien
La Femme qui perd ses jarretières
La Lettre Chargée
La Main leste
La Perle de la Canebière
La Sensitive
Le Baron de Fourchevif
Le Cachemire XBT
Le Club champenois
Le Chevalier des dames
Le Choix d’un gendre
Le Clou aux Maris
Le Dossier de Rosafol
Le Major Cravachon
Le Misanthrope et l’Auvergnat
Le Papa du prix d’honneur
Le Petit Voyage
Le Plus Heureux des trois
Le Prix Martin
Le Point de mire
Le Roi des Frontins
Les Chemins de fer
Les Précieux
Les Marquises de la fourchette
Les Petites Mains
Les Trente-sept sous de M. Montaudoin
Madame est trop belle
Mademoiselle ma femme
Maman Sabouleux
Permettez, Madame
Premier prix de piano
Si jamais je te pince.. !
Un ami acharné
Un bal en robe de chambre
Un jeune homme pressé
Un homme sanguin
Un mari qui lance sa femme
Un monsieur qui a brûlé une dame
Un monsieur qui prend la mouche
Un mouton à l’entresol
Un pied dans le crime
Voyage autour de ma marmite

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400860p

Labiche, Luguet, Ravel et Lhéritier : portrait par Lhéritier 1867. Source : Bnf/Gallica

 

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26 février 2016
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Le théâtre du XXème siècle

17 janvier 2016
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Le théâtre du XXème siècle

Note : les oeuvres de la plupart des auteurs du XXème siècle ne sont pas encore entrées dans le domaine public (en général, en France, cela intervient 70 ans après la mort de l’auteur). Libre Théâtre alimente chaque année le Répertoire des oeuvres libres de droit avec les nouvelles pièces entrées dans le domaine public. 

Théâtre de boulevard et théâtre satirique

Guitry

Abel Tarride, Gabrielle Réjane et Gabriel Signoret dans « La clef » de Sacha Guitry / dessin de Yves Marevéry. 1907. Source : BnF/Gallica

L’engouement populaire pour le vaudeville et le théâtre de boulevard continue  au début du XXème siècle. De nouveaux dramaturges renouvellent le genre :  Sacha Guitry développe un humour caustique et misogyne dans des satires de la bourgeoisie, multipliant les bons mots ; Marcel Pagnol connaît le succès, en premier lieu au théâtre, avec ses pièces provençales, interprétées par Raimu, transposant vaudeville et mélodrame dans une société pittoresque et poétique.

La verve satirique de Jules Romains trouve sa meilleure expression dans Knock (1923) jouée plus de mille fois par Louis Jouvet.

Côté drame, Henri Bernstein propose des pièces psychologiques et cruelles.


Nouvelles écritures

Tirésias

Les Mamelles de Tirésias, Paris 1947. Source : BnF/Gallica

Le théâtre est également le lieu de nouvelles expériences surréalistes ou dadaïstes avec Guillaume Apollinaire (Les Mamelles de Tirésias, 1917) ou avec Roger Vitrac (Victor ou les Enfants au pouvoir, 1928).


Réécriture des mythes

Après ses premiers drames symbolistes (Tête d’Or, 1894), Paul Claudel développe des œuvres lyriques, marquées par l’empreinte profonde du christianisme et une écriture comparable à des versets bibliques  (Le Soulier de satin, 1929).

Portraits de Jean Anouilh. Source : BnF/Gallica

Portrait de Jean Anouilh. Source : BnF/Gallica

Dans des styles très différents, Jean Giraudoux, Jean Anouilh et Jean Cocteau, réécrivent les grands mythes antiques, interrogeant les notions de destinée et de responsabilité humaine à l’aune des enjeux contemporains : Giraudoux avec La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) et Électre (1937) ; Cocteau avec Œdipe-Roi (1927) ; Anouilh avec Antigone (1944). Ils modernisent les mythes, en les désacralisant, en jouant avec les  anachronismes et en mêlant le comique au tragique.

Henry de Montherlant renoue avec le drame classique dans La Reine Morte en 1942.


Le théâtre engagé

Après la Seconde Guerre mondiale, dans un monde désorienté, Albert Camus (L’État de siège, 1948, Les Justes, 1949) et Jean-Paul Sartre (Les Mains sales, 1948, Huis clos, 1945) défendent un théâtre plus engagé politiquement, illustrant leurs réflexions philosophiques sur l’action, la révolution ou la responsabilité individuelle et sociale.

Dans les années 50 et 60, Jean Genet, avec Les Bonnes (1947), Le Balcon (1956) ou Les Nègres (1958), développe un théâtre de la transgression, de nature toujours plus politique. La représentation des Paravents en 1966 qui fait allusion à la guerre d’Algérie et condamne le colonialisme et le racisme, entraîne de violentes manifestations.

Aimé Césaire fonde une poétique engagée dans La Tragédie du roi Christophe (1963) et Une saison au Congo (1966).


Le théâtre de la cruauté, le théâtre de l’absurde et le nouveau théâtre

Antonin Artaud, dans Le Théâtre et son double en 1938, condamne les causes de la décadence du langage théâtral et l’assujettissement du théâtre à la parole. S’inspirant du théâtre oriental, il propose de revenir à un spectacle intégral, engageant le corps de l’acteur et utilisant sur scène toutes les formes artistiques.

Ionesco

Rhinocéros, d’Eugène Ionesco : photographies d’Etienne Bertrand Weill, 1960. Source BNF/Gallica

Samuel Beckett, En attendant Godot (1952), Oh les beaux jours (1963) et Eugène Ionesco (La Cantatrice chauve (1950), Les Chaises (1952) le théâtre de l’absurde reflète la perte des repères et la défiance vis-à-vis du langage manipulateur. Ces auteurs renouvellent l’art dramatique, tout en mélangeant tragique, métaphysique et humour : les personnages sont réduits à des pantins, rendant impossible toute communication, l’intrigue n’a plus de cohérence, et le langage est totalement déstructuré.

Le « Nouveau Théâtre » des années 1960 met en pratique les théories d’Artaud, avec les créations collectives des acteurs du Théâtre de la Cruauté de Peter Brook  ou du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.


Le metteur de scène et le nouveau rapport au public

La « décentralisation théâtrale » après la guerre crée de nouveaux lieux sur le territoire français, et tente de démocratiser le théâtre en cherchant à toucher tous les publics. En 1947, autour de Jean Vilar, naît l’aventure du Festival d’Avignon. Au Théâtre National Populaire à Paris, Jean Vilar crée des spectacles de qualité, accessibles au plus grand nombre, avec des comédiens de renom comme Gérard Philipe. Le rôle du metteur en scène dans la création théâtrale est désormais reconnu, avec notamment Roger Planchon, Georges Lavaudant, Patrice Chéreau…


Nouvelles formes du langage théâtral

Bernard-Marie Koltès (Combat de nègre et de chiens, 1983 et Dans la solitude des champs de coton, 1987) propose dans son théâtre une réflexion métaphysique sur le langage et les rapports humains. Cette réflexion se retrouve sous des formes variées dans le théâtre de Valère Novarina (L’Atelier volant, 1974), Jean-Luc Lagarce (Les règles du savoir-vivre dans la société moderne, 1993) et Michel Vivaver (La Demande d’emploi, 1972).

De nouvelles formes du langage théâtral apparaissent avec  Marguerite Duras (Le Square, 1955), Roland Dubillard (Les Diablogues, 1975), Nathalie Sarraute (Pour un oui ou pour un non, 1982), Yasmina Reza (Art, 1994), Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (Cuisine et dépendances, 1989).


Internet et les nouvelles formes de diffusion de la création

Comme pour la musique, Internet modifie au début des années 2000 le circuit de diffusion des oeuvres de théâtre. L’auto-édition peut ainsi être une option dans le domaine de l’édition théâtrale. En effet, en ce qui concerne le théâtre, l’auteur ne perçoit pas seulement des revenus sur la vente de ses livres, mais aussi et surtout sur les droits de représentation de ses œuvres, collectés par la SACD. Parce que le théâtre est d’abord fait pour être joué et qu’une diffusion plus large permet de multiplier les montages, certains auteurs choisissent de proposer le téléchargement gratuit de leurs textes sur Internet. Jean-Pierre Martinez, co-fondateur du site Libre Théâtre, propose ainsi dès 2001 tous les textes de ses comédies en téléchargement gratuit sur son site La Comédiathèque.

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Le théâtre au XIXème siècle

13 janvier 2016
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Le théâtre au XIXème siècle

Lorenzaccio

Lorenzaccio. Sarah Bernhardt. Affiche pour le Théâtre de La Renaissance par Mucha. Source : BnF/ Gallica

Le théâtre romantique

Le drame romantique apparaît au début du XIXème siècle, influencé par le théâtre de Shakespeare, redécouvert à cette époque, ainsi que par les romantiques allemands. Il est théorisé par Victor Hugo dans la Préface de Cromwell (1827) qui proclame la liberté totale de l’invention et de la forme théâtrale.

C’est un théâtre le plus souvent historique où se mêlent différents styles, le tragique, le pathétique, mais aussi le comique afin de représenter le monde dans sa totalité, à la fois grotesque et sublime. Cette nouvelle forme de théâtre refuse de se confronter aux obligations et règles d’écriture du théâtre classique comme le maintien des trois unités (lieu, temps, action), le respect de la bienséance ou le principe de la vraisemblance. L’effet dramatique vise à émouvoir le spectateur, en faisant appel à sa sensibilité. L’action se déroule dans de multiples lieux, décors intimes mais également dans la nature.

Le héros romantique incarne les révoltes et le « mal du siècle ». C’est un être déchiré, torturé, en proie aux passions mais souffrant aussi d’aspirations contradictoires comme  Lorenzaccio, dans le drame de Musset, Ruy Blas, le héros de Victor Hugo ou Chatterton le personnage tourmenté de Vigny.


Jean-Jacques Grandville - Les Romains échevelés à la première représentation d'Hernani

Jean-Jacques Grandville – Les Romains échevelés à la première représentation d’Hernani -Wikimedia Commons

 

Les représentations des pièces du théâtre romantique donnent lieu à des confrontations entre les « modernes » et les « classiques ». En 1830, Hernani, de Victor Hugo, déclenche les passions et provoque la « bataille d’Hernani » en raison de son thème, de son style et de sa composition. La pièce, qui ne respecte pas les règles de la dramaturgie classique, est répétée à la Comédie-Française dans des conditions difficiles. Le soir de la première représentation, le 25 février 1830. Les partisans de Victor Hugo, les jeunes artistes romantiques mais aussi Balzac, Nerval, Dumas, Berlioz et Gautier sont là et acclament la pièce, étouffant toute critique. Le lendemain les journaux font des comptes rendus très négatifs de la pièce et s’offusquent de l’intervention bruyante des romantiques.

Ce n’est qu’à la fin du siècle, avec Edmond Rostand que le théâtre romantique renait après une parenthèse de quelques décennies. Il obtient son premier succès en 1894 avec Les Romanesques, pièce en vers présentée à la Comédie-Française, mais le triomphe vient avec Cyrano de Bergerac (1897) puis avec L’Aiglon (1900).

Le théâtre complet de Victor Hugo sur  Libre Théâtre  (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)
Le théâtre complet d’Alfred de Musset sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des pièces et illustrations) 
Le théâtre complet d’Edmond Rostand sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des pièces et illustrations) 
Le théâtre d’Alfred de Vigny sur data.libretheatre.fr


Pixérécourt

[L’homme à trois visages Pixérécourt : costume de Tautin (Abelino) 1801] Source : BnF/ Gallica

Le mélodrame

Parallèlement au romantisme se développe un genre théâtral plus populaire baptisé « mélodrame ». Inspirant la crainte et les larmes, il s’appuie sur un jeu et des effets scéniques spectaculaires. Les mélodrames se déroulent généralement en trois actes. Les intrigues tumultueuses reposent sur le conflit entre un « bon » et un « méchant », le héros triomphant de tous les obstacles. L’action est conçue autour d’une succession de péripéties et de rebondissements spectaculaires (batailles, poursuites à cheval, catastrophes en tout genre). René Guilbert de Pixérécourt est le plus connu des auteurs de mélodrames.

Le théâtre de Pixérécourt sur data.libretheatre.fr.

 


Le vaudeville

Le chapeau de paille d'Italie

Le chapeau de paille d’Italie, comédie d’Eugène Labiche et Marc-Michel : portrait de Paul Grassot : dans le rôle de Nonancourt par Lhéritier 1851/ Source : BnF/ Gallica

Au XIXe, le vaudeville, qui mêlait à l’origine comédie et chansons,  évolue : le terme désigne  désormais une comédie populaire légère, pleine de rebondissements dont les chansons ont disparu. (Le théâtre chanté prend alors le nom d’opérette, popularisée par Jacques Offenbach.)

Le vaudeville se développe sous le Second Empire : la bourgeoisie enrichie devient le plus fidèle public du théâtre où il est bon de se montrer.

Avec  Un chapeau de paille d’Italie (1851), Eugène Labiche fait évoluer le genre en imposant un rythme endiablé : quiproquos, jeux de mots et péripéties se multiplient. A travers ses 176 pièces, souvent écrites en collaboration, il porte un regard critique et amusé sur les travers de la petite bourgeoisie.

Georges Feydeau perpétue le vaudeville en développant la mécanique comique : Tailleur pour dames (1886), L’Hôtel du libre échange (1894), La Dame de chez Maxim (1899)… Il renouvelle ensuite le genre par une étude plus approfondie des caractères dans ses comédies de mœurs en un acte, montrant notamment la médiocrité des existences bourgeoises  avec On purge bébé (1910), Mais n’te promène donc pas toute nue ! (1911).

Tout le théâtre de Labiche sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)
Tout le théâtre de Feydeau sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)


Le drame bourgeois

La dame aux camélias

Sarah Bernhardt dans « La dame aux camélias », pièce d’Alexandre Dumas fils 1882. Source : BnF/Gallica

La « pièce d’intrigue » est popularisée dans les années 1830-1840 par Eugène Scribe. Proche du mélodrame, ce genre appelé ensuite « drame bourgeois »  utilise habilement certains ressorts, comme le retournement de situation, le quiproquo et du suspense. Marqué par le réalisme et influencé par un esprit moralisant, il représente les réalités et les questions sociales de l’époque (mariage, adultère, héritage, etc.). Un des grands succès de la période est La Dame aux camélias de Dumas fils, représentée en 1852. Un autre auteur marquant de drames bourgeois est Émile Augier.

Le théâtre d’Eugène Scribe sur data.libretheatre.fr
Le théâtre de Dumas fils sur data.libretheatre.fr.
Le théâtre d’Emile Augier sur data.libretheatre.fr.

 


Le naturalisme et la critique sociale

Poil de Carotte [avec] Miss Suzie Dorlans : [affiche] / Maurice Neumont

Poil de Carotte avec Suzie Dorlans : affiche de Maurice Neumont, 1905. Source : BnF/ Gallica

En France, au milieu du XIXe siècle, l’intérêt pour la psychologie et les problèmes sociaux donne naissance au naturalisme : l’art est investi d’une mission de progrès, qui passe par la description objective du monde réel. Pour Emile Zola, le théâtre et la littérature doivent illustrer les plaies de la société pour mieux les guérir. Il écrit pour le théâtre plusieurs drames, qui font scandale mais ne rencontrent pas le succès : Thérèse RaquinLes Héritiers RabourdinLe Bouton de rose, Renée et Madeleine,

Le théâtre naturaliste trouve son terrain d’expérimentation sur la scène du Théâtre-Libre, ouvert par André Antoine en 1887. Dans ses mises en scène, les comédiens doivent vivre leurs personnages. Il insiste sur l’importance de la gestuelle, libère le jeu d’acteur des conventions et prône un jeu plus naturel. Il veut donner au spectateur l’impression d’assister à une « tranche de vie » en s’appuyant sur des costumes et des décors modernes et réalistes jusque dans les moindres détails. L’obscurité est faite dans la salle tandis que le gaz puis l’électricité permettent de concevoir des éclairages variés. Reprenant la théorie du quatrième mur (Diderot), il donne une grande importance au rôle du metteur en scène, qui passe du statut de technicien à celui de créateur.

Henry Becque  cherche à atteindre une vérité sociale dans les intrigues qu’il met en scène, notamment dans la très cynique pièce Les Corbeaux. Mirbeau propose une tragédie prolétarienne, Les Mauvais bergers, l’éclosion d’une grève ouvrière et son écrasement dans le sang au théâtre de la Renaissance en 1897, avec Sarah Bernhard et Lucien Guitry. On citera également la pièce de Mirbeau le Foyer, terrible histoire d’un foyer charitable recueillant des jeunes filles. Révélé par Antoine, François de Curel pose dans ses pièces des problèmes contemporains : relations entre patrons et ouvriers (Le repas du lion, 1897) ou  l’attitude du savant en face de la science : La nouvelle Idole, 1899). La version théâtrale de Poil de carotte de Jules Renard est montée avec succès par André Antoine en 1900.

Tout le théâtre d’Octave Mirbeau sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)
Tout le théâtre d’Emile Zola sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)
Tout le théâtre de Jules Renard sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations) 
Tout le théâtre d’Henry Becque sur Libre Théâtre (texte intégral, résumé des oeuvres et illustrations)
Le théâtre de François de Curel sur data.libretheatre.fr.

 


Le théâtre symboliste

Pelleas et Mélisande

Sarah Bernhardt dans « Pelleas et Mélisande », de Maurice Maeterlinck, 1905. Source : BnF/ Gallica

Le théâtre symboliste refuse tout réalisme et cherche à exprimer les tréfonds de l’âme humaine et des vérités métaphysiques universelles. La représentation, proche de la cérémonie, est d’abord la représentation de la vision du poète. Cette esthétique rejette tout réalisme : les personnages immobiles, passifs et réceptifs à l’apparition de figures de rêve ou de l’au-delà. Les pièces symbolistes sont principalement représentées au Théâtre de l’Oeuvre.

Le décor ne fait qu’évoquer un lieu, le langage est précieux et recherché, le jeu des acteurs  est stylisé. Maeterlinck, avec notamment Pelléas et Mélisande (1892) crée un univers imaginaire et angoissant. Le théâtre symbolique marque une rupture avec certaines conventions théâtrales.

 

 


Les nouvelles formes de comédies

La fin du XIXème siècle voit l’émergence de nouvelles formes de comédies.

Cabotine

Germain, Girier et Paul Ardot dans « Cabotine » de Tristan Bernard / dessin de Yves Marevéry, 1907. Source : BnF/Gallica

Georges Courteline dénonce avec un sens aigu de l’observation, les tracasseries administratives, la justice (Un client sérieux, 1897, le gendarme est sans pitié, 1899), l’armée (Les Gaietés de l’escadron, 1895).

En 1896, Alfred Jarry fait représenter Ubu roi au Théâtre de l’œuvre qui fait aussitôt scandale. Parodie du théâtre historique shakespearien ou romantique,  cette  satire féroce de toutes les formes d’autorité subvertit tous les principes du théâtre classique.

Alphonse Allais écrit et fait représenter quelques comédies, vaudevilles, revues, féeries et proverbes de 1896 à 1904.

Avec Les Affaires sont les Affaires (1903), Octave Mirbeau revient à la comédie classique de mœurs et de caractères. Il fait aussi jouer en 1904 six petites pièces en un acte, recueillies sous le titre de Farces et moralités (Vieux Ménage ,L’Epidémie, Les AmantsLe Portefeuille ,ScrupulesInterview).

Tristan Bernard écrit une centaine de comédies, peintures indulgentes et amusées de personnages frivoles (Les pieds nickelés, 1895, le Fardeau de la liberté, 1897, L’anglais tel qu’on le parle, 1899). (Les oeuvres de Tristan Bernard entreront dans le domaine public en 2018)

Tout le théâtre de Georges Courteline sur Libre Théâtre
Tout le théâtre d’Octave Mirbeau sur Libre Théâtre 
Le théâtre d’Alfred Jarry sur data.libretheatre.fr
Le théâtre d’Alphone Allais sur data.libretheatre.fr

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Le théâtre au XVIIIème siècle

12 janvier 2016
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Le théâtre au XVIIIème siècle

[La Comédie française] : [dessin] / [A. Meunier]

[La Comédie française] : [dessin] / [A. Meunier] Source : BnF/Gallica

 

Le renouvellement de la tragédie

Le début du XVIIIème siècle marque le déclin de la tragédie classique. Prosper Jolyot de Crébillon (dit Crébillon père, 1674-1762) développe le « tragique de situation » : de nombreuses scènes d’horreur sont représentées sur la scène, rompant ainsi avec les principes de bienséance ; des intrigues comportant de nombreux coups de théâtre annoncent le mélodrame du XIXème siècle. (oeuvres de Crébillon sur data.libretheatre.fr)

Voltaire dessiné le jour de son couronnement à la Représentation d'Irene, par Le Vachez. Source : BnF/Gallica

Voltaire dessiné le jour de son couronnement à la Représentation d’Irene, par Le Vachez. Source : BnF/Gallica

Des renouvellements plus profonds apparaissent avec les tragédies de Voltaire (1694-1778) qui introduit des sujets modernes en gardant la structure classique et l’alexandrin. 30 pièces de Voltaire entrent au répertoire de la Comédie-Française et sont très souvent représentées au cours du XVIIIème siècle. Sémiramis (1748) et L’Orphelin de la Chine (1755) révolutionnent l’illusion théâtrale avec la suppression définitive des banquettes occupées par les gentilshommes sur scène. Voltaire, assisté de son principal interprète, Lekain, définit scrupuleusement les effets théâtraux et scéniques : les décors et les costumes correspondent désormais au cadre historique des pièces. Après 1789,  trois pièces, Nanine, Brutus et Mahomet,  sont fréquemment jouées faisant respectivement écho à la moralisation des mœurs, au républicanisme et au refus du fanatisme religieux. (oeuvres de Voltaire sur data.libretheatre.fr)


Le renouvellement de la comédie

Comédie (Microc, Salam, hippocrata) Acte 3ème Scène dernière Théâtre Français : Scènes théâtrales 1825 : [estampe] / Félix [sig.]

Folies amoureuses de Regnard.  Scènes théâtrales 1825 : [estampe] / Félix [sig.] Source : Bnf/Gallica

Jean-François Regnard, dans la lignée de Molière,  écrit des arlequinades, des comédies de caractères  (Le Joueur, Le Distrait) et des comédies d’intrigues (Le Légataire universel), dont la fantaisie et la verve sont saluées. Ses comédies sont très souvent représentées au début du XVIIIème siècle sur la scène de la Comédie-Française. (oeuvres de Regnard sur data.libretheatre.fr)

Lesage (1668-1747) marque la comédie de mœurs avec Turcaret (1709), une dénonciation des milieux financiers. Après sa brouille avec les Comédiens Français, il se tourne vers le théâtre de la Foire, qui rencontre un immense succès populaire à cette époque, et écrit, en collaboration avec d’autres auteurs, plus d’une centaine de pièces. (oeuvres de Lesage sur data.libretheatre.fr)

Les fausses confidences, de Marivaux : costume de Dazincourt (Dubois). 1793/ Source : BnF/ Gallica

Les fausses confidences : costume de Dazincourt (Dubois). 1793/ Source : BnF/ Gallica

La Régence de Philippe d’Orléans permet le retour, dès 1716, des Comédiens Italiens chassés par Louis XIV  en 1697.  Les spectacles sont d’abord joués en italien puis rapidement des auteurs écrivent en français pour mettre en scène les personnages issus de la commedia dell’arte comme Arlequin, Colombine ou Pantalon. Marivaux, notamment, écrit pour la troupe  Arlequin poli par l’amour qui connaît un grand succès en 1720. 18 comédies (sur 27) seront destinées à la Comédie Italienne. Marivaux fait évoluer le genre de la comédie : il explore le sentiment amoureux, en développant l’art de la conversation galante, devenue marivaudage (La Double Inconstance, les Fausses Confidences, le Jeu de l’amour et du hasard…) mais aussi les problèmes de société, autour des relations entre maître et valet, de la liberté et l’égalité  (l’Île des esclaves), la situation des femmes (La Nouvelle Colonie).(Oeuvres de Marivaux sur data.libretheatre.fr)

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[Le mariage de Figaro : costume de Thénard (Figaro) / dessiné par Joly] Source : BnF/Gallica

Les comédies de Beaumarchais (1732-1799) renouvellent le genre : tout en élaborant des intrigues joyeuses avec de multiples rebondissements,  Beaumarchais  développe une satire sociale et politique à travers le personnage de Figaro, un valet débrouillard qui conteste le pouvoir de son maître, avec le Barbier de Séville (1775) et le Mariage de Figaro (1784).  Cette pièce, représentée après plusieurs années de censure fut un vrai triomphe. Dénonçant les privilèges archaïques de l’aristocratie, elle est considérée  comme l’un des signes avant-coureurs de la Révolution française.
Les oeuvres de Beaumarchais sur data.libretheatre.fr


Apparition d’un nouveau genre : le drame bourgeois

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Oeuvres complètes de Beaumarchais (1876) dessin de Émile Bayard Source : BnF/ Gallica

Diderot évoque pour la première fois le « drame bourgeois », qu’il nomme « genre sérieux », entre comédie et tragédie, dans les Entretiens sur le Fils naturel. Le principe de l’unité de temps et de lieu est abandonné, ainsi que le principe de vraisemblance du théâtre classique.

Ces pièces se veulent moralisatrices et exaltent les vertus de l’amitié, de la solidarité et de l’altruisme. Le spectateur doit être ému par les situations pathétiques auxquelles sont confrontées des familles bourgeoises.  Une autre caractéristique du drame bourgeois est le développement de la pantomime qui permet d’exprimer passions et sentiments au travers des gestes et des attitudes des acteurs. Les drames bourgeois les plus célèbres sont : le Fils naturel (Diderot, 1757), le Père de famille (Diderot, 1758), le Philosophe sans le savoir (Sedaine, 1765), la Brouette du vinaigrier (Mercier, 1775) ou encore la Mère coupable (Beaumarchais, 1792).

Les oeuvres de Diderot sur data.libretheatre.fr
les oeuvres de Sedaine sur data.libretheatre.fr
les oeuvres de Mercier sur data.libretheatre.fr


Evolution du vaudeville et apparition de l’opéra-comique

[Crispin rival de son maître, de Alain-René Lesage : costume de Cartigny (la Branche) 1811. Source : Bnf/Gallica

Crispin rival de son maître, de Lesage : costume de Cartigny (la Branche) 1811. Source : Bnf/Gallica

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, la comédie « à vaudevilles » se développe : les scènes sont entrecoupée de ballets et de couplets chantés sur un air connu dont les paroles sont modifiées. Des personnages, inspirés de la comédie italienne, sont mêlés à des situations cocasses à rebondissement, avec souvent des allusions à l’actualité. Voir les oeuvres de Lesage sur data.libretheatre.fr

L’Opéra-Comique, fondé en 1714, est issu  d’une des troupes de la foire Saint-Germain : un décret autorise la troupe à avoir son propre théâtre avec une contrainte : intercaler des dialogues parlés dans les œuvres chantées.  Les débuts de l’Opéra-Comique sont difficiles et connaissent plusieurs périodes de fermeture. En 1743, Jean Monnet prend la direction de l’Opéra-Comique. Avec notamment Charles-Simon Favart, le genre évolue : le texte est désormais associé à une musique originale c’est la naissance du véritable opéra-comique. Voir les oeuvres de Favart sur data.libretheatre.fr

La Comédie Italienne : [dessin] / [Jean Baptiste Lallemand]

La Comédie Italienne : [dessin] / [Jean Baptiste Lallemand]

Mais la simple comédie à vaudevilles subsiste, en donnant une part plus importante au dialogue parlé au détriment de la partie musicale, réduite à quelques couplets.

En 1792, la proclamation de la liberté du théâtre permet l’éclosion de scènes spécialement consacrées au genre : ce fut d’abord le théâtre du Vaudeville qui contribua au transfert de sens du terme vaudeville, désormais appliqué à la pièce elle-même.


Beaumarchais et la société des auteurs dramatiques

Le 3 juillet 1777, lors d’un repas auquel il convie une trentaine d’auteurs, Beaumarchais propose la fondation de la première société des auteurs dramatiques. Après le succès du Barbier de Séville, Beaumarchais souhaite défendre le droit des auteurs face au monopole des Comédiens français et redéfinir les conditions de rétribution des auteurs. Le combat qu’il mène aboutit à la reconnaissance légale du droit d’auteur par l’Assemblée Constituante le 13 janvier 1791.

C’est la première loi édictée dans le monde pour protéger les auteurs et leurs droits. Le droit de représentation sera reconnu par les décrets de janvier 1791, le droit de reproduction en 1793. La loi Le Chapelier confère aux auteurs un monopole d’exploitation sur la reproduction et la représentation de leurs œuvres : les auteurs ont désormais le droit de vivre du fruit de leur travail.


Le Théâtre de la Révolution

Estampe. Source : Bibliothèque nationale de France, département Arts du spectacle, 4-ICO THE-971

Charles IX – Estampe. Source : BnF/ Gallica

La Loi relative aux spectacles du 13 janvier 1791 permet à chacun d’ouvrir une salle de spectacle sur simple déclaration et les ouvrages dont les auteurs sont morts depuis 5 ans au moins peuvent être représentés librement.  Les salles se multiplient pendant cette période. 1637 pièces sont imprimées.

Le théâtre devient un lieu d’enjeux politiques où se passe les affrontements politiques et idéologiques. Le théâtre devient un lieu de célébration des héros républicains et de commémorations des exploits républicains.

La Comédie-Française devient en 1789 le théâtre de la Nation et perd ses privilèges notamment  le monopole exclusif des œuvres du répertoire classique.  La tragédie Charles IX ou la Saint-Barthelemy  de Chénier, censurée en 1788, est représentée en novembre 1789 : le jeune et ambitieux Talma est propulsé sur le devant de la scène théâtrale et politique.

Sous la Terreur, la censure est rétablie en août 1793.  Après Thermidor, les pièces « patriotiques » sont remplacées par des opéras-comiques ou des satires sociales.

Le coup d’Etat de Napoléon Bonaparte le 18 Brumaire (1799) va entraîner un rétablissement officiel  de la censure. Le gouvernement concède à la société des Comédiens-Français le Théâtre Français de la République, rue de Richelieu. Napoléon se fait le protecteur de la Comédie-Française. Le nombre de théâtre est réduit : 8 salles à Paris en 1807.

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Le théâtre au XVIIème siècle

4 janvier 2016
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Le théâtre au XVIIème siècle

Le XVIIème siècle est le grand siècle français du théâtre.

La Tragédie

Reprenant les théories de la Poétique d’Aristote, très commentée pendant la Renaissance, et à la formulation de la règle des trois unités, la tragédie classique respecte la règle des trois unités. Cette règle a pour but de ne pas éparpiller l’attention du spectateur pour qu’il se concentre sur l’intrigue pour mieux le toucher et l’édifier :

  • Unité d’action : la pièce ne met en scène qu’une seule action principale. Il peut y avoir des intrigues secondaires mais ces dernières doivent trouver leur résolution au plus tard en même temps que l’action principale.
  • Unité de temps : toute l’action représentée est censée avoir lieu dans un seul jour.
  • Unité de lieu : toute l’action représentée se déroule dans un seul endroit.
Théâtre du Marais. Scène du Cid, de Corneille : [estampe] / Ad. M. [sig.] Source BnF

Théâtre du Marais. Scène du Cid, de Corneille : [estampe] / Ad. M. [sig.] Source BnF

La tragédie classique française est inspirée des tragédies antiques grecques. Elle met en scène que de très hauts personnages, appartenant à l’histoire ou aux mythes de l’Antiquité.

Les faits doivent paraître vraisemblables aux spectateurs : il faut qu’ils aient l’illusion d’assister au déroulement d’une histoire réelle. La tragédie doit aussi respecter la vraisemblance et la bienséance.

La tragédie doit également respecter la bienséance. Le comportement des personnages doit être conforme à leur âge et à leur condition sociale. Rien ne doit choquer la sensibilité ou les principes moraux du spectateur : violence et intimité physique sont exclues de la scène.

Le dénouement est souvent tragique. La tragédie classique prétend remplir une fonction morale, conforme ainsi au principe de catharsis définie par Aristote. En s’identifiant à des personnages dont les passions coupables sont punies par le destin, le spectateur de la tragédie se voit délivré, « purgé » des sentiments inavouables qu’il peut éprouver secrètement.

Les principaux auteurs de tragédies au XVIIème siècle  sur Libre Théâtre :

Jean Racine (1639-1699)

Pierre Corneille (1606-1684)

Jean de Rotrou (1609-1650)

Georges de Scudéry (1601-1667)

Thomas Corneille (1625-1709)

mais aussi :

François Hédelin Aubignac (abbé d’, 1604-1676)

Balthasar Baro (1600?-1650)

Catherine Bernard (1662-1712)

François Le Métel de Boisrobert (1592-1662)

Claude Boyer (1618-1698)

Jean Galbert de Campistron (1656-1713)

Nicolas Chrétien (15..-16..)

Prosper Jolyot de Crébillon (1674-1762)

Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655)

Antoinette Des Houlières (1638-1694)

Jean Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676)

Pierre Du Ryer (1605-1658)

François de Fénelon (1651-1715)

Alexandre Hardy (1570?-1632?)

Gautier de Coste La Calprenède (sieur de, 1609?-1663)

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Pierre Mainfray (1580-1630)

Nicolas Soret (15..-16..)

Tristan L’Hermite (1601-1655)

Théophile de Viau (1590-1626)

 

La Comédie

La comédie cherche à divertir le spectateur, à le faire rire. Contrairement à la tragédie, dans la comédie, les personnages sont de condition moyenne ou modeste et le dénouement est heureux.

Le malade imaginaire

Le malade imaginaire : [estampe] . Bnf

Molière (1622-1673) est le plus illustre représentant du genre. Après s’être inspiré de la farce et de la Commedia dell’arte dans ses premières pièces, Molière développe différents genres de comédie  : comédies de mœurs,  comédie de caractère,  comédie-ballet qui inclut des ballets. Jean-François Regnard (1655-1709), l’autre grand auteur de comédies écrit tout d’abord des farces pour le Théâtre-Italien, puis des comédies d’intrigues,  jouées au Théâtre-Français. Dancourt (1661-1725) est également un auteur prolifique de comédies, dans des genres différents : intermèdes, parodies d’opéras, divertissements de cour, fantaisies mythologiques, des comédies en cinq actes et surtout de courtes pièces en prose, les « dancourades », écrites en langage parlé.

Les autres auteurs de comédies du XVIIème siècle

Baron (1653-1729)

Isaac de Benserade (1613-1691)

Charles de Beys (1610-1659)

Edme Boursault (1638-1701)

Brosse (auteur dramatique, 15..?-1651)

David-Augustin de Brueys (1640-1723)

Pierre Corneille (1606-1684)

Thomas Corneille (1625-1709)

Jean Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676)

Desmarres (16??-1716?)

Jean Donneau de Vizé (1638-1710)

Pierre Du Ryer (1605-1658)

Guyon Guérin de Bouscal (16..-1657)

Jean de La Fontaine (1621-1695)

Lambert (auteur dramatique, 16..-16..)

Noël Lebreton Hauteroche (sieur de, 1617-1707)

Jean Mairet (1604-1686)

Montfleury (1639-1685)

Charles Perrault (1628-1703)

Paul Scarron (1610-1660)

 

Les lieux de représentation à Paris au XVIIème siècle

Le Théâtre de la foire se développe au début du XVIIème siècle  à Paris à l’occasion des foires annuelles de Saint-Germain et de Saint-Laurent et, plus tard, de Saint-Ovide. Tabarin est le plus célèbre des comédiens du théâtre de la foire du début du XVIIème. Habillé d’un manteau s’attachant à la hauteur des manches (un « tabar ») et d’un pantalon de toile blanche, toujours coiffé d’un grand feutre, il improvisait des monologues, interpellait les passants, dialoguait avec la foule ou encore avec un comparse (Mondor, son maître qui était en réalité son frère). Ses harangues lui donnaient également l’occasion de vendre des baumes et remèdes. Les tabarinades étaient souvent de style pamphlétaire et incisif.

En province, les comédiens allaient de ville en ville jouer sur des scènes improvisées ou dans certains Jeux de Paume. Les deux plus célèbres troupes ambulantes furent celle de Floridor (rentrée en 1638 au Théâtre du Marais) et celle de Molière.

Au milieu du XVIIème siècle, quatre troupes de théâtre rivales coexistent à Paris, associées à 3 salles de spectacle : celle du Marais, celle de l’Hôtel de Bourgogne et celle du Palais-Royal, dirigée par Molière .

Hôtel de Bourgogne

Intérieur d'un théâtre / Wille fils ; Bibliothèque nationale de France.

Intérieur d’un théâtre / Wille fils ; Bibliothèque nationale de France.

En 1548, la société des Confrères de la Passion construit dans l’Hôtel de Bourgogne une salle de spectacle pour présenter des mystères. Après un arrêt du Parlement leur défendant de jouer des pièces religieuses, les Confrères obtiennent le monopole des représentations théâtrales profanes sur Paris, et louent leur théâtre aux troupes itinérantes. L’Hôtel de Bourgogne est alors la seule salle de théâtre permanente. En 1598, les « Comédiens ordinaires du Roy » créés par Valleran Le Conte occupent la salle, qu’ils partagent à partir de 1600 avec les Gelosi, première troupe italienne en résidence.

Hôtel du Marais

Pour concurrencer l’Hôtel de Bourgogne, l’acteur Montdory décide de monter son propre théâtre à Paris et s’installe en 1634 dans le quartier très à la mode du Marais, rue Vieille-du-Temple. Dans les années 1660, elle se spécialise dans les pièces à machines, mais reste moins fréquentée que l’Hôtel de Bourgogne et le Palais-Royal de Molière. De nombreux acteurs l’Hôtel de Bourgogne et du Palais Royal viennent du théâtre du Marais.

Théâtre du Palais-Royal

Palais_royal_jpg

Représentation théâtrale au Palais Royal avec Louis XIII, Anne d’Autriche et Richelieu par Jean de Saint-Igny

Afin de casser le monopole de l’Hôtel de Bourgogne, le cardinal de Richelieu fait élever en 1637 un théâtre sur l’aile est du bâtiment du Palais-Royal (à l’emplacement de l’actuelle Comédie-Française). L’inauguration a lieu en 1641. Le Théâtre-Italien et la troupe de Molière se partagent la scène entre 1662 et 1673. À la mort de Molière, Lully récupère les lieux pour y fonder l’Académie royale de musique.

Hôtel de Guénégaud

Après la mort de Molière en 1673, les comédiens du Marais rejoignent sur ordre royal la troupe des comédiens de Molière, et cette nouvelle troupe s’installe à l’Hôtel Guénégaud, rue Mazarine. Le 18 août 1680, Louis XIV signe  à Charleville  l’acte fondateur de la Comédie Française qui réunit au théâtre Guénégaud, les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne à ceux qui s’y produisaient déjà.

Le 21 octobre 1680, une lettre de cachet, signée à Versailles, consacre la fondation d’une troupe unique, composée de vingt-sept comédiens et comédiennes choisis par le roi pour leur excellence, dans le but de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ». La troupe unique jouit du monopole des représentations en français à Paris et dans les faubourgs.
Chassés de l’Hôtel Guénégaud quelques années plus tard par les Clercs du Collège des Nations – actuelle Académie Française – les Comédiens Français investissent, dès 1689,  leur nouvelle salle, située rue des Fossés Saint-Germain, aujourd’hui,  rue de l’Ancienne Comédie, à la hauteur du N° 14, face au Café Procope qui rassemblait alors les célébrités littéraires.

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Le théâtre au XVIème siècle

3 janvier 2016
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Le théâtre au XVIème siècle

[Farce des Grecs] : estampe de Jean de Gourmont

[Farce des Grecs] : estampe de Jean de Gourmont. Source : Gallica/BnF

La Renaissance voit naître la volonté des souverains de mieux contrôler les divertissements populaires subversifs, notamment les sotties qui ridiculisaient régulièrement les membres de la famille royale et de l’Église, avec parfois un contenu politique particulièrement partisan. Parallèlement, l’Église promulgue l’interdiction des mystères en 1548.   Plusieurs représentations royales installent la tragédie comme divertissement de cour. La comédie ne connaît pas le même honneur, et après quelques représentations royales tantôt glorieuses tantôt calamiteuses des spectacles d’Etienne Jodelle notamment, tous les types de comédies furent interdits par édit du Parlement de 1588 à 1594. Cette période vit cependant refleurir l’art du mime comique et la farce continua d’exister sous des formes plus ou moins clandestines.

La Tragédie

La tragédie occupe la part essentielle de ce théâtre qui montrent le malheur des grands et leur retournement de fortune.

C ‘est un théâtre de la parole où le personnage agit peu et se lamente. Les sujets sont puisés dans la Bible mais aussi les mythes grecs.

Théodore de Bèze avec Abraham sacrifiant  écrit la première tragédie française qui ne soit pas une adaptation et une traduction d’une œuvre antique.

Etienne Jodelle avec Cléopâtre captive écrit la première vraie tragédie française à l’antique, qui exercera une forte influence sur le développement ultérieur du genre en mettant en place une dramaturgie qui perdurera longtemps. On citera aussi Didon se sacrifiant.

Robert Garnier est l’un des plus illustres représentants de ce genre : il fut le plus joué, ses œuvres ont été maintes fois réimprimées et connurent un grand succès en librairie : Antigone ou la Piété,  Bradamante
CornélieHippolyteLa TroadeLes JuivesMarc Antoine, Porcie

 

La Comédie

La comédie quant à elle, qui voulut rompre avec la tradition médiévale, ne s’imposa pas, on n’en compte guère plus d’une vingtaine. Elle résulte également de l’imitation des pièces de l’antiquité et essentiellement du comique latin Térence, un des auteurs les plus lus du XVIe. Elle emprunta également à la Commedia erudita, comédie italienne florissante dans la première partie du XVIe elle-même issue de la comédie antique de Plaute et de Térence, représentée en Europe et à la cour de France.

Tout comme la tragédie, la comédie se veut reflet, miroir de la société. Elle raconte les amours contrariés de jeunes filles et gens transposées dans la France de la Renaissance, avec parfois des références à l’actualité telles les guerres de l’époque : les lieux sont parfois familiers du public, certaines pièces se déroulent à Paris, et le cadre permet à l’occasion de peindre le milieu bourgeois à travers l’intrigue.

La pièce la plus célèbre est L’Eugène, une comédie humaniste d’Étienne Jodelle, représentée pour la première fois en 1553, à l’Hôtel de Reims, en même temps que Cléopâtre captive. C’est la première comédie à l’antique en langue française, même si certains de ses éléments sont encore proches de la farce : elle constitua un moment fort dans l’histoire de la Pléiade. Elle fut représentée le 9 février 1553, d’abord devant le roi Henri II à l’Hôtel de Reims, puis au collège de Boncourt.  La représentation fut un succès, et fut suivie par une festivité à l’antique à Arcueil réunissant tous les participants et amis, connue sous le nom de Pompe du bouc.

 

 

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Le théâtre au Moyen-Âge

3 janvier 2016
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Le théâtre au Moyen-Âge

 Jean Fouquet, les Heures d'Étienne Chevalier, Représentation du Mystère de sainte Apolline.

Jean Fouquet, les Heures d’Étienne Chevalier, Représentation du Mystère de sainte Apolline.

Plusieurs genres théâtraux se sont développés au cours du Moyen-Âge.

 

Le drame liturgique

Le drame liturgique apparaît dans les églises vers l’an mille. Ce sont d’abord des interpolations dans la liturgie, faites de courtes questions, en latin, suivies de courtes réponses, également en latin, puis on y intercale de courtes pièces dont les sujets sont empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament ou à la vie des saints. Ces courtes scènes se déroulent dans le chœur ou la nef de l’église. Les acteurs sont des prêtres ou des clercs, peu costumés. Les textes en latin sont progressivement entrecoupés de passages en langue populaire.

Évoluant peu à peu, le drame liturgique se joue, au milieu du XIIe siècle, sur le parvis de l’église. Le Jeu d’Adam, composé entre 1150 et 1170 par un auteur anonyme, est le premier exemple de texte dramatique écrit en français : environ la moitié de la représentation est occupée par des chants liturgiques en latin mais l’intégralité des dialogues est en français.  De très nombreuses didascalies, en latin, donnent des indications très détaillées qui concernent aussi bien l’espace scénique que la gestuelle, les déplacements, le ton de voix, le débit des personnages ou leurs vêtements. Chacune des parties se déroule au sein d’un décor différent.

Le Jeu et le Jeu profane

Au XIIIe siècle apparaît le Jeu, sorte de drame liturgique beaucoup plus long (on passe de 100 à 1000 vers). Le Jeu se caractérise par l’introduction dans le thème religieux  d’anecdotes ou de légendes populaires.  Le Jeu de saint Nicolas de Jean Bodel,  écrite autour des années 1200 est la première pièce non liturgique en français, plus proche d’une épopée que du récit religieux. (lien le texte)

Adam de la Halle sera un des premiers à écrire des jeux profanes avec le Jeu de la Feuillée (1276) et le Jeu de Robin et Marion : les actions vont être exprimées par des chanson et des danses.

 

Le Miracle

Joué sur le parvis de l’église, le Miracle, qui raconte la vie d’un saint ou une légende historique où l’élément divin apparaît dans le dénouement, une intervention de la Vierge ou d’un Saint.  On citera  Les Miracles de Notre Dame de Gauthier de Coincy,  moine bénédictin et trouvère français (1177-1236) et Le Miracle de Théophile de Rutebeuf (1230-1285)  – Lien vers le texte.

 

Le Mystère

Apparu au XVe siècle, le mystère se joue sur le parvis, mais aussi sur la place publique. Il se composait d’une succession de tableaux animés et dialogués écrits pour un public très large, mettant en œuvre des histoires et des légendes dont l’imagination et la croyance populaire s’étaient nourries.

Le Mystère se joue devant la ville entière, pendant plusieurs jours, aux grandes fêtes religieuses comme Noël, Pâques et la Pentecôte. Il met en scène deux cents personnages, parfois cinq cents, et une centaine d’acteurs est nécessaire pour le jouer, sans compter les figurants. Les décors y prennent une place de plus en plus importante.

La Farce

La farce apparaît au XIIIème siècle : c’est une pièce comique qui présente des situations et des personnages ridicules où règnent tromperie, équivoques, ruses, mystifications. La langue est très familière voire grossière. La Farce de Maître Pathelin  a fait l’objet de nombreuses éditions dès la fin du XVème siècle (lien vers le texte).

 

 

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