Le seul bandit du village de Tristan Bernard

Le seul bandit du village de Tristan Bernard

Vaudeville en un acte, représenté pour la première fois sur la scène du Théâtre des Capucines, le 10 novembre 1898, édité chez Flammarion en 1899.
Distribution : 4 hommes, 2 femmes
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Argument

Un voleur introduit par une domestique doit dérober des documents dans le coffre-fort du Baron, candidat, à la députation parti à Paris. Mais la Baronne attend une visite.

Citation

« Y a rien d’aussi ennuyant que de s’introduire pour voler chez des gens qu’on ne connaît pas… On ne devrait jamais voler que chez des gens qu’on connaît… Il faut voler là où qu’on a coutume de fréquenter, et là où votre présence n’a rien d’extraordinaire. »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53155761b
Guyon fils. Folies-Dramatiques. Coquin de printemps : [photographie, tirage de démonstration] / [Atelier Nadar]. Guyon fils joue Arsène à la création de la pièce. Source : BnF/Gallica
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Frisette d’Eugène Labiche
Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Frisette d’Eugène Labiche

Frisette d’Eugène Labiche et Auguste Lefranc

Vaudeville en un acte, représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 28 avril 1846.
Distribution : 2 hommes, 2 femmes
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L’argument

Pour faire fonctionner sa petite entreprise,  Mme Ménachet, ingénieuse  logeuse, a trouvé moyen de louer la même chambre à deux personnes qui ne se connaissent pas :  Frisette est ouvrière en dentelles et travaille la journée alors que Gaudrion est boulanger et travaille la nuit… Tout fonctionne pour le mieux, jusqu’au jour où l’un et l’autre se retrouvent face à face découvrant ainsi la supercherie… Ils ont été victimes tous les deux d’aventures amoureuses qui se sont mal terminées et ne sont pas prêts à faire confiance à une personne de l’autre sexe.

Un extrait

Madame Ménachet, seule, s’occupant.
A-t-on jamais vu! prétendre que M. Ménachet… Allons donc!… c’te petite-là, avec sa rage de calomnier l’humanité, elle vous rendrait misantrophe ! Ah! maintenant qu’elle est partie, cachons vite ses effets… car l’autre ne peut tarder à venir… C’est drôle, tout de même… deux locataires pour une seule chambre… c’est la faute des circonstances… (En scène). Il y a trois jours, Mlle Frisette, une ancienne connaissance à moi, vient à ma loge : « Avez-vous quelque chose à louer ?

Toujours ! » que je lui réponds… je n’avais rien, mais faut jamais renvoyer la pratique… Alors, je me dis : « Si je la mettais au n° 7 ?… il est occupé par un garçon boulanger qui est à son travail toute la nuit et n’habite que le jour… Elle, elle est occupée toute la journée et n’habite que la nuit… ça pourra s’arranger, en attendant que le n° 10 soye vacant…» Et, en effet, ça s’arrange à merveille!… (Elle retourne à son travail.) Seulement, faut que j’engage Gaudrion, le boulanger, à ne pas fumer tant que ça… Voyons, ne nous embrouillons pas!… nous disons : le tablier, les bonnets, dans ce cabinet… (Elle indique le cabinet de gauche.), celui de mam’zelle Frisette… de l’autre côté (Elle indique le cabinet de droite.), celui de Gaudrion. (Elle met le tablier et les bonnets dans le cabinet de gauche, sans sortir de scène.) Là!… (Elle ferme la porte et met la clef sous un vase placé sur la cheminée de gauche.) Grâce à ce petit déménagement quotidien, aucun d’eux ne se doute… Dieu !… seraient-ils furieux s’ils savaient… ils jetteraient des cris de feu !… Ah çà ! refaisons le lit, et n’oublions pas de changer le traversin de côté… Gaudrion veut avoir la tête par là… et Mlle Frisette par ici… S’ils étaient mariés, ça serait gênant tout de même!

(Elle fait le lit.)

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Le clou aux maris d’Eugène Labiche

Le clou aux maris d’Eugène Labiche et Emile Moreau

Comédie-vaudeville, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 1er avril 1858.
Distribution : 3 hommes, 2 femmes
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L’argument

Olympia vient d’épouser le maître-clerc Piquefeu dans le seul but de faire revivre le souvenir de son défunt mari l’avoué Jules Montgicourt dont le portrait trône dans la maison.  C’est alors que Bésuchon arrive car il vient  de découvrir dans l’armoire de sa femme 32 lettres d’amour signées Jules. Il reconnait l’écriture de Montgicourt…

Un extrait

Picquefeu.
Ça y est! me voilà marié! Mon Dieu, mon Dieu, que la vie est drôle!… il y a quinze jours, j’étais maître clerc dans l’ex-étude de feu M. Montgicourt… un avoué… pas drôle… décédé il y a dix mois… Je voulais être seul, je m’étais enfermé dans mon cabinet pour travailler… et je faisais des petits bateaux avec des coquilles de noix… comme c’est mon habitude après mon déjeuner. Tout à coup on frappe… «Entrez!» Entre un monsieur… un parent… très grêlé… qui, le jour suprême, avait prononcé quelques paroles bêtes, mais bien senties! Ce monsieur me déclare, après plusieurs circuits, que j’avais inspiré de l’intérêt à madame Montgicourt, la veuve! Bref! il me propose sa main, et l’étude avec! Je tombai de mon haut… et cependant j’aurais dû m’y attendre… il y a quelque chose en moi qui aimante les veuves… c’est dans l’œil, ça… j’ai l’œil aux veuves! Je n’ai pas besoin de dire que j’acceptai avec empressement… Je voulais aller me jeter aux pieds de la patronne, lorsque ce bonhomme m’arrêta : «Pas de cour! pas de bouquets! c’est la volonté de madame Montgicourt ; elle vous connaît, vous lui convenez, vous la verrez le jour de la célébration!…» Ça me parut drôle… mais le moyen de refuser… une femme charmante ! une étude de premier ordre, un appartement délicieux… parfaitement meublé! (Apercevant le portrait.) Tiens!… voilà le patron!… Bonjour, patron!… vous savez que vous n’allez pas rester là!… c’est ma place! (A lui-même.) Ça me gênerait de l’avoir sur le dos… quand j’embrasserai sa femme… c’est- à-dire ma femme; il aurait l’air de me dire : «Je l’ai embrassée avant toi!…» C’est désagréable! je lui trouverai un petit coin… noir! seulement je garderai son cadre… pour me mettre dedans ! (S’adressant au portrait.) Tu ne tiens pas à ton cadre, n’est-ce pas?… Très bien, il est brave homme!… tu es brave homme!

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Les circonstances atténuantes d’Eugène Labiche

Les circonstances atténuantes d’Eugène Labiche, Mélesville et Auguste Lefranc

Comédie-vaudeville en un acte représentée pour la première fois sur le Théâtre du Palais-Royal le 26 février 1842.
Distribution : 4 hommes, 2 femmes
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L’argument

Mme de Brée, jeune veuve richement dotée, va se marier avec son cousin Chabriac, homme rustre et cupide. Valory, un jeune avocat va mettre en œuvre un stratagème pour faire échouer ce mariage : voler dans le bureau de Mme de Brée les 300 000 francs afin que Chabriac renonce au mariage.  Tout ne se passe pas comme prévu car Chabriac se rend aussi secrètement dans la même pièce…

Un extrait

Chabriac.

C’est très audacieux, ce que j’ai fait là… s’introduire par le jardin!… escalader un entresol… Je pouvais me fracturer !… Heureusement qu’il y a, en bas, un certain pommier qui m’a prêté une main secourable ! Toi, je te ferai arracher dès que je serai marié… Je n’ai pas envie que tu fasses la courte échelle pour d’autres… (Regardant autour de lui.) Tiens ! pas la moindre veilleuse ! Sacrebleu ! j’ai manqué mon effet… Une entrée si romanesque que j’étudie depuis Paris, dans la diligence ! Il y a de quoi se pendre !… C’est vrai!… au moment de m’unir à ma charmante cousine, Mme de Brée (les bans sont publiés et le mariage doit se célébrer demain), il était urgent de lui prouver la vivacité de mon amour… mon empressement… Et un futur qui tombe chez sa belle par la fenêtre!… Il n’y a rien de plus vif!… Les gens froids entrent tout bonnement par la porte… Et puis ça la compromet… ça l’empêche de regarder en arrière… et il n’y a pas de mal… car tant que son procès n’a pas été jugé, je dois convenir que j’ai été un peu vacillant… L’issue en était fort douteuse, et ma foi… Mais aujourd’hui c’est un excellent parti… Depuis qu’elle a gagné !… jolie comme un ange… sans appel… et trois cent mille francs… en dernier ressort !… Sacrebleu !

faut-il que j’aie manqué mon effet ! On me proposait bien à Paris un autre mariage… la fille d’un passementier de la rue aux Fers… deux cent mille francs… qui louche… cent mille francs de moins qu’ici… J’aime cent mille fois mieux ma cousine! Fi!… une louchon… je n’épouserai jamais une louchon… on pourrait croire que j’ai des vues… détournées… Ah çà! je voudrais bien y voir clair. (Il s’approche à tâtons de la toilette et prend le flambeau.) Où diable trouver… (Regardant la cheminée.) Oh! du feu!… que je suis bête !… (Il va à la cheminée cherchant un papier dans ses poches.) Je dois avoir là mon bulletin de diligence… (Montrant un paquet cacheté.) Diable ! pas ça !… la nomination d’un de mes amis aux fonctions de substitut ! Pauvre garçon! sera-t-il heureux quand je lui apprendrai demain, car il ne se doute de rien ; c’est son oncle qui a fait toutes les démarches… (Prenant un papier et allumant.) Ah! voilà! (Il revient à la toilette et trouve une lettre.) Qu’est-ce que c’est que ça! «Bal de la préfecture.» Une lettre d’invitation… Elle danse en pensant à moi… (Il s’assied dans le fauteuil.) Attendons-la… Oh!… une idée! si je me poétisais un peu pour son retour… Je vais passer mon habit marron, et mon gilet glacé… (Il se lève.) Le fait est que je ne suis guère en tenue de roman… Il n’y a que mon chapeau qui soit bon style. (Lisant dans le fond du chapeau.) Ambrois, Chaussée-d’Antin. Je ne connais que cet homme-là pour vous coiffer proprement… Je cours passer mon habit marron… Sacrebleu!… j’ai récupéré mon effet… (Il prend sa valise et le flambeau.) Ah! Faublas! scélérat de Faublas que tu es!…

(Il entre dans le cabinet du fond à gauche.)

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Un homme sanguin d’Eugène Labiche

Un homme sanguin d’Eugène Labiche et Auguste Lefranc

Comédie-vaudeville en un acte, représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Gymnase le 15 août 1847.
Distribution : 4 hommes, 1 femme
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L’argument

Lardillon, un sculpteur va épouser la fille de Chalabert, mais celui-ci, sur la recommandation de son médecin et ami Rançonnet veut lui faire passer une visite médicale. Buchard, le modèle de Lardillon doit aussi passer une visite médicale car son numéro vient d’être tiré à la conscription, alors qu’il vient de demander en mariage Marguerite. Lardillon et Buchard échangent leurs rendez-vous médicaux, mais le subterfuge est découvert…

Un extrait

MARGUERITE.
Ah! c’est bien gentil, ça!… C’est un bel homme tout de même!…
BUCHARD.
Ah! je serais si heureux… quel malheur!
MARGUERITE.
Quoi donc ?
BUCHARD.
Il paraît que je suis tombé à la conscription… que j’ai amené le numéro 9.
MARGUERITE.
Ah! mon Dieu!
BUCHARD.
Naturellement, mon physique m’a fait classer dans les carabiniers… un corps d’élite.
MARGUERITE.
Eh bien! alors…
BUCHARD.
Alors j’ai demandé un sursis pour me faire réformer…
MARGUERITE, le regardant.
Vous ?
BUCHARD.
Oui, j’ai allégué de nombreux motifs d’exemption.
MARGUERITE.
Lesquels ?
BUCHARD.
J’ai longtemps flotté entre une pulmonie et un ramollissement de la moelle épinière… qu’est-ce que
tu aurais choisi ?
MARGUERITE.
Je ne sais pas.
BUCHARD.
J’ai opté pour le ramollissement… j’ai dit que j’étais alité… mais un jour ils me découvriront, et
alors… déjà je suis traqué par les gendarmes… un autre corps d’élite… et je n’ose plus rentrer chez
moi… voilà pourquoi je reste ici.
MARGUERITE.
Impossible! si on vient.
BUCHARD.
Je me cacherai jusqu’à ce qu’il m’arrive un moyen d’exemption, il doit y en avoir… tiens…
Séraphine-Cocotte-Victoire, dont je te parlais tout à l’heure, je l’ai rencontrée… Marguerite.
Hein ?…
BUCHARD.
Il y a un an… Elle avait épousé un médecin que je ne connais pas et qui avait trouvé un moyen de
se soustraire toute sa vie au service militaire… Voilà ce que je cherche. (On entend la voix de
Chalabert dans la coulisse.)
MARGUERITE.
Ah! mon Dieu!… la voix de Monsieur…
BUCHARD.
Vite! escamote-moi! (Indiquant une porte à gauche.) Qu’est-ce que c’est que ça ?
MARGUERITE.
La chambre de Madame.
BUCHARD.
Et ici…
MARGUERITE.
Le cabinet de toilette de M. Chalabert.
BUCHARD.
Tiens! je vais faire ma barbe. (Il entre dans le cabinet à gauche, au premier plan.)

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Un monsieur qui a brûlé une dame d’Eugène Labiche
Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Un monsieur qui a brûlé une dame d’Eugène Labiche

Un monsieur qui a brûlé une dame d’Eugène Labiche

Comédie-vaudeville en un acte, mêlée de couplets d’Eugène Labiche et Auguste Anicet-Bourgeois, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 29 novembre 1858.
Distribution : 6 hommes
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L’argument

Bourguillon, notaire dans un petit village veut vendre son étude. Son ami, Blancminet, rêve de marier sa fille au nouveau notaire. Malheureusement Mistral, qui vient acheter l’étude, a mis le feu  involontairement à la voiture qui le mène de Paris et découvre qu’il a brûlé la jeune fille qui lui était destinée.

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6180835m
Edition Michel Lévy frères (Paris) , 1862. Source : BNF/ Gallica

Mistral.
Ah ! c’est le conducteur de la patache !… Tu m’apportes l’addition ?

Le Postillonlui remettant un papier.
Voilà, monsieur.

Mistrallisant.
« Pour une patache repeinte à neuf : six cent vingt francs. » (Parlé.) C’est salé ! mais ça n’arrive pas tous les jours ! Nous disons six cent vingt francs ?

Le Postillon.
Ce n’est pas tout, monsieur.

Mistral.
Quoi ?

Le Postillon.
Lisez…

Mistrallisant.
« Plus, pour une dame brûlée… » (S’interrompant.) Comment, une dame ?

Le Postillon.
Qui était dans l’intérieur.

Mistral.
Qu’est-ce que tu me chantes ?

Le Postillon.
Je ne chante pas ! elle est portée sur la feuille… il paraît qu’elle était montée à Reims… et au relais mon camarade m’a recommandé d’en avoir bien soin !…

Mistralavec agitation.
Sapristi ! j’aurais brûlé une dame ! pourquoi ne l’as-tu pas sortie de là ?…

Le Postillon.
J’ai songé d’abord à mes chevaux ; les chevaux, ça passe avant tout !

Mistral.
Vite ! courons… il est peut-être encore temps !…

Le Postillon,froidement.
Ah ! monsieur… c’est inutile… j’ai cherché dans les cendres… et je n’ai retrouvé que son dé. (Le lui donnant.) Le voici !…

Mistral.
Un dé ! voilà tout ce qu’il en reste ! (Au postillon.) Mais cours donc, imbécile !… informe-toi de son nom !… qui elle est ? d’où elle vient ?… Cent francs pour toi !… Va ! va !

Le postillon sort vivement.

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Un ami acharné d’Eugène Labiche
Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

Un ami acharné d’Eugène Labiche

Un ami acharné d’Eugène Labiche et Alphonse Jolly

Comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre des Variétés le 19 janvier 1853.
Distribution: 4 hommes et 1 femme
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L’argument

« Jusqu’à présent, l’épithète d’acharné ne s’était guère accolée qu’à ennemi. Un ami acharné est une de ces transpositions hardies de style, de ces métonymies violentes dont le vaudeville est prodigue. Il est vrai qu’un ami qui s’attache à vous et pénètre avec effraction dans tous les secrets de l’intimité peut être beaucoup plus insupportable qu’un ennemi qu’on ne voit jamais et qui ne peut vous faire du mal que de loin. M. Dumoncel, associé du banquier Lefebvre, est, malgré cette profession bourgeoise et la blancheur peu africaine de son teint, un véritable Othello en frac et en pantalon noirs. II est jaloux comme plusieurs tigres du Bengale de sa femme qu’un sylphe mystérieux parfume chaque jour d’un bouquet de violettes de Parme.  Mme Dumoncel prétend que c’est elle-même qui se fait cette galanterie, explication qui semble peu vraisemblable à son jaloux, à force d’être naturelle, d’autant plus qu’il voit un bouquet tout pareil à la main d’un jeune homme charmant, M. Jules de Lucenay, qui fréquente beaucoup chez M. Lefebvre.  Dans une conversation, Lucenay étale de grands principes de délicatesse à l’endroit de la foi conjugale ;  il prétend qu’il respecterait l’honneur d’un mari dont il aurait touché la main et mangé le pain et le sel. Cette rigidité arabe enchante Dumoncel qui n’a plus d’autre idée que de conquérir l’amitié de Lucenay ; il l’accable de prévenances, de petits soins, il monte la garde à sa place, il lui donne des loges d’Opéra; il dépasse, en dévouement, Pylade, Nisus, Pythias-et même cet ami à trois francs par jour dont Alphonse Karr raconte si plaisamment la drôlatique histoire.

Lucenay, que cette furie amicale dont i. ne comprend pas le motif ennuie au delà de toute expression envoie Dumoncel à tous les diables- et lui fait mille rebuffades capables de rebuter tout autre qu’un ami acharné. Mais Dumoncel n’a qu’une idée : celle que Lucenay lui donne la main et mange sa soupe. Jusque-là il ne sera pas tranquille.– Lucenay, cependant, ne pense guère à Mme Dumoncel : il fait les doux yeux à la jolie Lucie, fille de Lefebvre, qu’il veut épouser. Grâce à la bêtise de Dumoncel, qui a mêlé une lettre de lorette à d’ autres papiers, Lucenay se voit sur le point d’être mis à la porte. La lettre, signée Mlle Caboche, est adressée à Jules. Dumoncel s’appelle Jules comme Lucenay, et endosse le poulet. A ce moment, un air de piano se fait entendre,- c’est Mme Dumoncel qui parcourt le clavier de ses doigts agiles. Ce thème connu rappelle à Lucenay de tendres souvenirs ; il a eu jadis pour Mmme Dumoncel des sympathies partagées, et il peut en toute conscience donner la main à Dumoncel. Ce qui est fait n’est plus à faire. Lucie, rassurée, sourit gracieusement à Lucenay, et tout finit pour le mieux dans le meilleur des vaudevilles.  » Extrait de La Presse du 1er février 1853. Source : Bnf/Gallica

Un extrait

Dumoncel
Vois-tu… c’est la musique qui est cause de tout… sans elle, je serais encore garçon !
Lefèvre
Comment ça ?
Dumoncel
C’est plus fort que moi… quand j’entends de la musique, je tombe en extase… c’est comme un courant magnétique qui me prend depuis la racine des cheveux… enfin, je suis organisé !… j’ai le malheur d’être organisé !… Avant mon mariage, je passais tous mes dimanches à te jouer du flageolet… te rappelles-tu ?
Lefèvrevivement.
Oh! oui!
(Il se lève, son journal à la main.)
Dumoncel
Même que tu me disais toujours : Dumoncel, pourquoi ne vas-tu pas à la campagne ?… Mais va donc à la campagne !…
Lefèvre
Ça m’aurait fait plaisir.
Dumoncel
J’aurais dû t’écouter… (Tristement.) mais je suis allé au Conservatoire !… ce jour-là, il y avait un concours, pour piano… je tombai au milieu d’un essaim de jeunes demoiselles… quand je dis demoiselles… toujours sans garantie du gouvernement !… j’en entendis une, deux, trois… médiocres. Enfin, Eugénie parut ! ma femme !… Ah! mon am i!… quel talent ! quelle vigueur ! et quel morceau!
AIR : Un homme pour faire un tableau.
Je fus ébloui, fasciné !
Que veux-tu? maintenant encore
Je sens tout mon être entraîné,
Quand j’entends cet air que j’adore!
La Sirène ainsi me charma,
Et sur moi sachant son empire,
Choisit toujours ce morceau-là
Quand elle veut un cachemire !
(Parlé.) Je n’ai pas besoin de te dire qu’elle emporta le prix d’emblée !… Dans mon enthousiasme, je me fis présenter chez sa mère… une femme âgée… qui plus tard s’est trouvée être sa tante…
Oui, nous lui faisons quarante francs par mois… et des politesses au jour de l’an… des oranges… une voie de bois… des bêtises… bref ! je fus reçu dans la maison… on m’invita à dîner, on me pria d’apporter mon flageolet… je l’apportai!… et à force de faire des croches et des doubles croches… un beau jour, je me trouvai accroché.
Lefèvre
Marié !
Dumoncel
Accroché!… marié!… c’est ce que je voulais dire.
Lefèvre
Tu n’as pas le sens commun! Mme Dumoncel est une femme remplie d’attachement à ses devoirs…
Dumoncel
Tu vois bien… Tu me dis encore ça d’un air narquois.

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Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche
Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche

Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche

Vaudeville en un acte, représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de la Montansier (Palais-Royal), le 4 mars 1848.
Distribution : 3 hommes
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L’argument

Il est deux heures du matin… Dardard fait irruption chez Pontbichet, un marchand de gants, pour lui demander la main de sa fille, qu’il a aperçue le soir même au spectacle. Mais la jeune fille est déjà promise à Colardeau.  Dardard essaie de convaincre Pontbichet en lui achetant quarante mille paires de gants…. lorsqu’ il se rend compte que ce n’est pas de la fille de Pontbichet dont il est amoureux mais de la  soeur de Colardeau.

L’extrait

Pontbichet.
Ah çà ! monsieur, vous faites de l’esprit… moi, j’ai envie de dormir.
Dardard.
Recouchez-vous.
Pontbichet.
Quand vous serez parti.
Dardard.
Moi ! partir sans l’avoir vue, sans avoir revu Cornélie ?…
Pontbichet.
C’est ça, je vais la faire habiller pour vous.
Dardard.
Ah ! je ne demande pas ça !
Pontbichet.
C’est heureux.
Dardard.
Qu’elle vienne comme elle est… ce n’est pas sa robe que j’aime… ce n’est pas sa robe que j’épouse…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard.
Ah ! vous ne me connaissez pas ; je suis de Bordeaux, monsieur !… j’ai la tête chaude !…
Pontbichet.
Qu’est-ce que ça me fait ?
Dardard.
Et, à Bordeaux, quand on aime, quand on distingue une jeune fille au spectacle, on ne s’informe ni de son rang, ni de son nom, ni de son sexe…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, s’animant.
On la suit. Si elle monte dans un fiacre, on galope, on traverse les ponts, on rejoint le sapin, on grimpe derrière…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, de même.
On reçoit un coup de fouet, v’lan ! ça ne fait rien… on tombe, on se relève, on arrive chez le père…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, continuant.
Un gros qui dort ; on lui dit : « Réveillez-vous, habillez-vous, mariez-nous !  »
Pontbichet.
Est-ce que vous êtes tous comme ça à Bordeaux ?
Dardard.
Tous !
Pontbichet.
Eh bien, à Paris, c’est différent ; quand on nous réveille… nous prenons un bâton, bien rond, que nous cassons, sans façon, sur le Gascon.
Dardard.
Tiens, nous jouons au corbillon ! qu’y met-on ?
Pontbichet.
Terminons…
Dardard.
Ah !… le mot est bon.
Pontbichet.
Vous désirez voir ma fille ?
Dardard.
Oui.
Pontbichet.
Eh bien, vous ne la verrez pas…
Dardard.
Très bien !
Pontbichet.
Vous demandez à l’épouser ?
Dardard.
Oui.
Pontbichet.
Eh bien, vous ne l’épouserez pas.
Dardard.
Très bien !
Pontbichet.
Maintenant, mon petit ami, je vais vous mettre à la porte.
Dardard.
Non.
Pontbichet.
Savez-vous que je suis plus gros que vous… et par conséquent plus…
Dardard.
Gras ?
Pontbichet.
Non, plus fort.
Dardard.
En entrant, j’ai fermé votre porte à double tour, et j’ai mis la clef dans ma poche… la voici !
Pontbichet.
Eh bien ?
Dardard.
Pour rester, il ne tiendrait qu’à moi de la lancer par la fenêtre !
Pontbichet.
Oui, mais je vous ferais prendre le même chemin.
Dardard.
Non.
Pontbichet.
Pourquoi ?
Dardard.
Parce que, casser un Gascon, c’est très cher, c’est un grand luxe !… Ça se paye double.
Pontbichet, à part.
Il a raison.
Dardard.
Tenez, je suis bon diable, je sors de bonne volonté !… mais pour revenir… Dites donc, je vais toujours acheter la corbeille !
Pontbichet.
La corbeille ?
Dardard.
Oh ! soyez donc tranquille ! je ferai bien les choses.
Pontbichet.
C’est trop fort !…
Dardard.
Au revoir… beau-père !

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Le Papa du prix d’honneur d’Eugène Labiche
Caricature d'Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

Le Papa du prix d’honneur d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c
Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

Le Papa du prix d’honneur d’Eugène Labiche et Théodore Barrière

Comédie-vaudeville en quatre actes, représentée pour la 1re fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 6 février 1868.
Distribution : 10 Hommes et 5 femmes
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L’argument

Achille est un jeune homme brillant, qui fait la fierté de ses parents, les Gabaille, car il a reçu le prix d’honneur en latin. Il entretient une relation avec une jeune femme mariée Hermance dont il a un peu de mal à se défaire. Ses parents ont le projet de le marier à la jeune Cécile, fille de Dubichet, mais celui-ci exige que le jeune homme ait un emploi. Le père Gabaille va tout mettre en oeuvre pour lui obtenir cet emploi, mais Hermance est jalouse et va contrecarrer ces plans.

Un extrait

Hermance, s’asseyant au bureau, deuxième plan droite.
Je vous ai tout sacrifié, moi… ma réputation, mon repos, mon honneur… (Prenant sur le bureau un couteau catalan.) Oh ! si vous me trompiez!…
(Elle se lève sans changer de place.)
Achille, vivement.
Ne jouez pas avec ça !… c’est un couteau catalan…
Hermance, venant en scène.
Achille, je ne sais pas faire de phrases, moi, mais je vous le plongerais dans le cœur !
Achille.
Voilà une idée !
Hermance.
Et je me frapperais après… car jamais… jamais, entendez-vous ! je ne consentirais à aller m’asseoir sur les bancs de la cour d’assises… à m’exposer aux regards de cette foule avide, à subir les commentaires des journaux… jamais ! jamais!
(Elle passe au premier plan gauche en passant devant la table.)
Achille, à part.
Ah ! mais, elle n’est pas drôle ! (Haut.) Voulez-vous mettre vos petites pantoufles!
Hermance, assise à gauche du guéridon, colère.
Mais non ! Notre liaison, voyez-vous, est une de ces liaisons qui ne finissent qu’avec la vie!…
Achille, froidement et assis sur le fauteuil près du bureau.
Sans doute. (À part.) Elle va trop loin.
Hermance.
En me confiant à vous, j’ai rompu avec le monde… aucun lien ne me rattache à personne… Tu en doutes ?
Achille.
Je n’ai pas dit cela !
Hermance.
Si vous en doutez… (Se levant.) Eh bien ! je vais vous donner une preuve… Achille, voulez-vous que je quitte mon mari ?
Achille.
Ah ! non, par exemple !
Hermance.
Nous fuirons… nous irons loin, où vous voudrez, j’emporterai mes diamants… vous vendrez votre argenterie, celle de votre père.
Achille.
Ah ! permettez…
Hermance.
Vous hésitez ?
(Elle se dirige vers la cheminée au fond à droite.)
Achille.
Dame ! (À part.) Je veux bien faire une petite connaissance… mais je ne tiens pas à collaborer dans une grande machine pour le boulevard. (Haut.) Quitter votre mari !… mais avez-vous songé au monde… ce monde impitoyable…
Hermance, passant à gauche.
Je le brave !
Achille.
Et vos enfants ?
Hermance.
Je n’en ai pas !
Achille.
Ah ! c’est fâcheux… Mais votre mari !… ce brave et honnête homme… qui n’a pas craint de vous donner son nom…
Hermance.
Mon mari ! mais vous ne le connaissez pas !… Il est vieux, laid, sans esprit, il prend du tabac, il se sert de mouchoirs à carreaux… Et il va au bal de la Préfecture avec des souliers de castor !
Achille.
Cela n’empêche pas les qualités du cœur…

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Le Dossier de Rosafol d’Eugène Labiche
Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Le Dossier de Rosafol d’Eugène Labiche

Le dossier de Rosafol

Comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche et Alfred Delacour, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 20 mars 1869.
Distribution : 3 hommes, 2 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Edmond Godivais de Rosafol se prétend veuf de sa première épouse auprès de sa deuxième, Aglaure, alors qu’il a divorcé, en Suisse, quatorze ans auparavant d’Antonina. Il accueille chez lui son ami Laridel, un avocat suisse et d’une franchise… suisse. Il découvre que la femme de chambre engagée par sa femme n’est autre qu’Antonina…

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400800d/f1.item
portrait de Pellerin (Laridel) par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica

Laridel.
Tu aimais sans doute madame de Rosafol… C’est un mariage d’inclination ?
Rosafol.
C’est-à-dire… tu ne l’as donc pas regardée ?… Quand j’ai quitté Genève… après avoir liquidé ma maison de commerce… il me restait fort peu de chose… le séjour de Paris ne tarda pas à m’achever… Bref ! j’étais sans ressources… Madame de Rosafol voulut bien s’éprendre de moi… Elle avait quarante mille livres de rente.
Laridel.
Ah ! diable !
Rosafol.
Sa fortune était un obstacle… j’en conviens… mais je l’ai franchi !… Tu m’en veux, hein ?
Laridel,  après réflexion.
Moi ? Nullement, tu as su braver un préjugé social… La philosophie t’en remercie.
Rosafol.
Ah ! ça me fait plaisir, ce que tu me dis là !… parce que, au fond, je me reprochais… mais du moment que la philosophie…
Laridel.
Alors te voilà riche ?…
Rosafol.
C’est-à-dire que je suis logé, nourri, habillé…
Laridel.
Et tes quarante mille livres de rente ?

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008027
portrait de Pellerin (Laridel) par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica

Rosafol.
Ils sont à ma femme… et comme nous sommes mariés séparés de biens… elle me donne deux cents francs par mois pour mes dépenses de poche…
Laridel.
C’est peu.
Rosafol.
Elle m’a diminué… Autrefois j’avais cinq cents francs…
Laridel.
Et pourquoi ?
Rosafol.
Elle s’est fourré en tête des idées de jalousie… et elle se figure en me coupant les vivres… mais j’ai trouvé un truc… ce portrait. (Il indique celui de gauche.) Je l’ai acheté d’occasion aux commissaires-priseurs.
Laridel.
Qui est-ce ?
Rosafol.
Je ne sais pas… quelque cascadeuse dans la débine… J’ai dit à Aglaure que c’était celui de ma première femme.
Laridel,  prenant son sac de nuit.
Un mensonge !… Adieu ! (Il passe en remontant au fond.)
Rosafol,  le retenant.
Attends donc !… ce n’est pas un crime… une petite supercherie tout au plus… Quand Aglaure devient aigre, acariâtre, tyrannique… je m’agenouille devant cette demoiselle… et j’adresse au numéro 1 des regrets qui attendrissent le numéro 2 ; mon Dieu ! ce n’est peut-être pas très… Tu m’en veux, hein?

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400806w
portrait de Pellerin (Laridel) / par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica

Laridel,  après avoir réfléchi.
Nullement… Devant l’oppression, la ruse est un devoir !
(Il dépose son sac sur la table de gauche.)
Rosafol, à part.
Est-il carré !
Laridel.
Mais qu’est-elle devenue, ta première femme ?
Rosafol.
Je n’en sais rien… Depuis quatorze ans… depuis le jour de notre divorce… car on divorce encore en Suisse… je n’en ai plus entendu parler… elle doit être morte.
Laridel.
Ah ! c’est là une de mes plus belles causes !
Rosafol.
Oui, tu l’as joliment traitée devant le tribunal !… Tout Genève était là.
Laridel.
Je l’ai appelée drôlesse !
Rosafol.
Ce n’est pas trop ! Ah ! elle m’en a fait voir de toutes les couleurs, celle-là !
Laridel.
Oh ! Oui !

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008042
portrait de Pellerin (Laridel) / par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica

Rosafol.
Je ne crois pas qu’il y ait dans les vingt-deux cantons un mari qui en ait porté plus que moi ! Je ne dis pas ça pour me vanter !
Laridel.
Sans compter les choses que tu ne connais pas.
Rosafol.
Naturellement.
Laridel.
Aussi, le lampiste, ton voisin.
Rosafol.
Ah ! je le connais ! il est au dossier !…
Laridel.
Et le chapelier !
Rosafol.
Il est au dossier…
Laridel.
Et l’horloger ?
Rosafol, cherchant à se rappeler.
L’horloger ?… Ah ! non ! il n’est pas au dossier, celui-là ! Comment ! ce petit brun qui venait toutes les semaines remonter mes pendules !… je le croyais mon ami !… (Avec amertume.) Ah ! ça me fait de la peine !
Laridel.
C’est ta faute aussi ! Pourquoi vas-tu épouser ta demoiselle de boutique ?
Rosafol.
Je te prie de croire que si j’avais pu faire autrement… je l’aimais… elle ne voulait pas m’écouter… elle me jurait que j’étais son premier amour… je l’ai cru… à tort !… et ma foi !…

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400805g
portrait de Pellerin (Laridel) / par Lhéritier, 1869. Source : BNF/Gallica

Laridel.
Tu as donné dans le panneau… comme un enfant.
Rosafol.
Oui !… mais je me suis joliment vengé… le jour de notre rupture.
Laridel.
Comment?
Rosafol.
J’avais déjà des soupçons… je furetais dans tous les coins… sans savoir pourquoi… J’ouvre un de ses cartons à chapeau et je trouve… une paire de bottes… avec des éperons !… Elle me soutient que c’est à son usage personnel… ma foi!… la patience m’échappe… et je lui allonge une paire de gifles !… Battre une femme ! vous êtes un lâche !… Taisez-vous… non !… si !… J’allais recommencer… lorsqu’elle prit la porte et disparut !… et je n’en ai plus entendu parler…
Laridel.
Elle est partie avec une espèce de drôle qui faisait à Genève la contrebande des ressorts de montre.
Rosafol.
Bien ! encore un qui n’est pas au dossier !… Ah çà ! tout ceci est entre nous… ne dis pas à ma femme que je suis divorcé… elle me croit veuf…
Laridel,remontant vivement; il prend son sac de nuit.
Encore un mensonge !

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400801t
portrait de Pellerin (Laridel) / par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400803n
portrait de Pellerin (Laridel) / par Lhéritier, 1869. Source : BnF/Gallica
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