Pièce en trois actes

Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo
Mme Dorval dans le rôle de Catarina lors de la création. Source : BnF/Gallica

Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

Drame en prose, divisé en trois journées, représenté pour la première fois au Théâtre-Français le 28 avril 1835. Traitement par Libre Théâtre à partir des Oeuvres complètes de Victor Hugo, disponibles sur Gallica.
Distribution : 9 hommes, 4 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Padoue, 1549. Angelo, le podestat de Padoue, fait régner la terreur sur la ville. Par stratégie, il a épousé  Catarina Bragidini et a pour maîtresse la comédienne Tisbe. Tisbe est amoureuse de Rodolfo, qu’elle fait passer pour son frère. Mais Rodolfo est en réalité amoureux de Catarina, qu’il a rencontré à Venise, avant qu’elle ne disparaisse pour épouser Angelo. Il est à sa recherche. Tisbe, quant à elle, est à la recherche de la femme qui a sauvé la vie de sa mère alors qu’elle était enfant.

Homodei, un espion du Conseil des Dix, va cristalliser l’action : il apprend à Rodolfo que Catarina n’est autre que la femme du podestat, il dénonce à Tisbe l’amour de Rodolfo pour Catarina et fait savoir à Angelo que sa femme aime un autre homme. Angelo décide de tuer sa femme et demande l’aide de Tisbe, qui veut également se venger. Mais lorsque que Tisbe découvre que c’est Catarina qui a sauvé sa mère des années auparavant, elle décide d’aider les deux amants.

Une pièce féministe ?

Extrait de la préface de Victor Hugo :

« Mettre en présence, dans une action toute résultante du coeur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société ; c’est-à-dire, en deux types vivants, toutes les femmes, toute la femme. Montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours. Défendre l’une contre le despotisme, l’autre contre le mépris. Enseigner à quelles épreuves résiste la vertu de l’une, à quelles larmes se lave la souillure de l’autre. Rendre la faute à qui est la faute, c’est-à-dire à l’homme, qui est fort, et au fait social, qui est absurde. »

Extraits

Catarina
Parlons simplement. Tenez, il n’est pas question des Bragadini. Vous êtes infâme ! Ainsi vous venez froidement là, avec le poison dans les mains ! Coupable ? Non, je ne le suis pas. Pas comme vous le croyez, du moins. Mais je ne descendrai pas à me justifier. Et puis, comme vous mentez toujours, vous ne me croiriez pas. Tenez, vraiment, je vous méprise ! Vous m’avez épousée pour mon argent, parce que j’étais riche, parce que ma famille a un droit sur l’eau des citernes de Venise. Vous avez dit : Cela rapporte cent mille ducats par an, prenons cette fille. Et quelle vie ai-je eue avec vous depuis cinq ans ? dites ! Vous ne m’aimez pas. Vous êtes jaloux cependant. Vous me tenez en prison. Vous, vous avez des maîtresses, cela vous est permis. Tout est permis aux hommes. Toujours dur, toujours sombre avec moi. Jamais une bonne parole. Parlant sans cesse de vos pères, des doges qui ont été de votre famille. M’humiliant dans la mienne. Si vous croyez que c’est là ce qui rend une femme heureuse ! Oh ! il faut avoir souffert ce que j’ai souffert pour savoir ce que c’est que le sort des femmes. Eh bien, oui, monsieur, j’ai aimé avant de vous connaître un homme que j’aime encore. Vous me tuez pour cela. Si vous avez ce droit-là, il faut convenir que c’est un horrible temps que le nôtre. Ah ! vous êtes bien heureux, n’est-ce pas ? d’avoir une lettre, un chiffon de papier, un prétexte ! Fort bien. Vous me jugez, vous me condamnez, et vous m’exécutez. Dans l’ombre. En secret. Par le poison. Vous avez la force. — C’est lâche !

….

La Tisbe
Je vais te dire. Écoute-moi seulement un instant. J’ai toujours été bien à plaindre, va. Ce ne sont pas là des mots, c’est un pauvre coeur gonflé qui déborde. On n’a pas beaucoup de pitié de nous autres, on a tort. On ne sait pas tout ce que nous avons souvent de vertu et de courage. Crois-tu que je doive tenir beaucoup à la vie ? Songe donc que je mendiais tout enfant, moi. Et puis, à seize ans, je me suis trouvée sans pain. J’ai été ramassée dans la rue par des grands seigneurs. Je suis tombée d’une fange dans l’autre. La faim ou l’orgie. Je sais bien qu’on vous dit : mourez de faim ! mais j’ai bien souffert, va ! Oh ! oui, toute la pitié est pour les grandes dames nobles. Si elles pleurent, on les console. Si elles font mal, on les excuse. Et puis, elles se plaignent ! Mais nous, tout est trop bon pour nous. On nous accable. Va, pauvre femme ! marche toujours. De quoi te plains-tu ? Tous sont contre toi. Eh bien, est-ce que tu n’es pas faite pour souffrir, fille de joie ? — Rodolfo, dans ma position, est-ce que tu ne sens pas que j’avais besoin d’un cœur qui comprît le mien ? Si je n’ai pas quelqu’un qui m’aime, qu’est-ce que tu veux que je devienne, là, vraiment ? Je ne dis pas cela pour t’attendrir, à quoi bon ? II n’y a plus rien de possible maintenant. Mais je t’aime, moi ! O Rodolfo ! à quel point cette pauvre fille qui te parle t’a aimé, tu ne le sauras qu’après ma mort ! quand je n’y serai plus ! Tiens, voilà six mois que je te connais, n’est-ce pas ? six mois que je fais de ton regard ma vie, de ton sourire ma joie, de ton souffle mon âme ! Eh bien, juge ! depuis six mois je n’ai pas eu un seul instant l’idée, l’idée nécessaire à ma vie, que tu m’aimais. Tu sais que je t’ennuyais toujours de ma jalousie, j’avais mille indices qui me troublaient. Maintenant cela m’est expliqué. Je ne t’en veux pas, ce n’est pas ta faute. Je sais que ta pensée était à cette femme depuis sept ans. Moi, j’étais pour toi une distraction, un passe-temps. C’est tout simple. Je ne t’en veux pas. Mais que veux-tu que je fasse ? Aller devant moi comme cela, vivre sans ton amour, je ne le peux pas. Enfin il faut bien respirer. Moi, c’est par toi que je respire ! Vois, tu ne m’écoutes seulement pas ! Est-ce que cela te fatigue que je te parle ! Ah ! je suis si malheureuse, vraiment, que je crois que quelqu’un qui me verrait aurait pitié de moi !


Pour aller plus loin

Illustrations de la création en 1835 au Théâtre-Français

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385
Mlle Mars dans le rôle de la Tisbe, lors de la création. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f2.item
M. Beauvallet dans le rôle d’Angelo, lors de la création. Source :  Bnf/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f3.item
Mme Dorval dans le rôle de Catarina lors de la création. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405470n/f2.item
Estampe extraite des documents d’accompagnement de la création au Théâtre-Français. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405470n/f4.item
« Ah!, c’est une clef ! » Estampe extraite des documents d’accompagnement de la création au Théâtre-Français. Source BnF/Gallica


Illustrations de la reprise d’Angelo en 1905 au Théâtre Sarah Bernhardt

Avec Sarah Bernhardt dans le rôle de la Tisbe (Source : BnF/Gallica)

tisbe2 tisbe1 tisbe6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tisbe3 tisbe5

 

 

 

 

 

 

 


Dossiers pédagogiques

Mise en scène de Christophe Honoré (2009, 2010) : lien vers le dossier pédagogique de l’Inspection académique des Yvelines, lien vers un reportage sur le site de l’INA (reportage et interview d’Emmanuel Devos et de Marcial Di Fonzo Bo lors du Festival d’Avignon 2009).

Mise en scène de Paulo Correia au Théâtre National de Nice en janvier 2014. Dossier Pièce (dé)montée. Lien vers le site

 

Commentaires fermés sur Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo
Les Burgraves de Victor Hugo
Le duc Job, Victor Hugo, les Burgraves. Eau forte par Léopold Flameng. Source : BnF/Gallica

Les Burgraves de Victor Hugo

Les Burgraves de Victor Hugo

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000937t
Première page du manuscrit autographe. Source: BnF/Gallica

Trilogie, drame historique en trois parties et en vers, représentée pour la première fois au Théâtre-Français le 7 mars 1843.
Distribution : 24 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

 


L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000937t
Décor de la première partie dessiné par Hugo. Source : BnF/gallica

Château de Heppenheff, Burg du Rhin.  Il y a 70 ans, les deux fils, l’un naturel et l’autre légitime, de l’empereur d’Allemagne aimaient la même femme, Ginevra. Le fils naturel, Fosco, a surpris son frère Donato avec Ginevra : il a assassiné Donato et a vendu Ginevra comme esclave

Job et son fils Magnus, deux burgraves, sont évincés par Hotto, fils de Magnus. Hotto et ses amis burgraves commettent les pires exactions et terrorisent la région entre deux orgies. Job est encore meurtri par l’enlèvement de son dernier fils, alors qu’il était enfant 20 ans auparavant. Régina, une jeune fille fragile, aimante, se consumant d’un mal inexpliqué, est promise à Hotto, mais elle aime Otbert, noble, vaillant et loyal. Ils sont l’unique compagnie de Job et son unique source de réconfort.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000937t
Décor de la troisième partie dessiné par Hugo. Source : BnF/Gallica

Guanhumara, une vieille esclave mystérieuse, promet à Otbert de sauver Régina à l’aide d’une potion miracle en échange de l’assassinat d’un inconnu qui, dit-elle, le mérite bien. Otbert s’engage à frapper la victime inconnue sur l’ordre de Guanhumara. Mais  un vieillard se présente et est accueilli, contre l’avis des jeunes générations, par Job et Magnus…

 


Illustrations des Burgraves sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000937t
Première représentation au Théâtre-Français en 1843. Extrait de l’Illustration, dessin de C. Lemercier. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8446866j/f1.item
Les Burgraves. Source : Bnf/Gallica

 

 

 

 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400643g/f1.item
Costume de Geffoy, rôle d’Otbert. 1843. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400643g/f2.item
Costumes d’Augustine Brohan (Lupsus) et Fanny Garrique (Gorlois). 1843. Source : BnF/Gallica
Costume de Drouville dans le rôle d'Hatto. 1843. Source : BnF/Gallica
Costume de Drouville dans le rôle d’Hatto. 1843 (création de la pièce). Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7000288x/f1.item
Les Burgraves : esquisse de décor pour la deuxième partie : salle des panoplies / Philastre et Cambon. 1843. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85276129/f33.item
Le duc Job, Victor Hugo, les Burgraves. Eau forte par Léopold Flameng. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8446868c
Les buses graves. parodie. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436364q/f270.item
Paris, Comédie-française, 26 février 1902. Mounet_Sully dans le rôle de Job. Avec Paul Mounet. Source : BnF/Gallica

 


Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur Libre Théâtre :
Le Théâtre de Victor Hugo
Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

Lien vers le manuscrit autographe des Burgraves sur le site Gallica , avec dessins de décors

Claude Millet,  Les Burgraves, ou comment régler le sort d’une sorcière (et de la misère par la même occasion). Communication au Groupe Hugo du 16 octobre 2009. Version pdf

 


Extrait de la préface des Burgraves

Le groupe entier de la civilisation, quel qu’il fût et quel qu’il soit, a toujours été la grande patrie du poète. Pour Eschyle, c’était la Grèce; pour Virgile, c’était le monde romain; pour nous, c’est l’Europe. Partout où est la lumière, l’intelligence se sent chez elle et est chez elle.

Quelles que soient les antipathies momentanées et les jalousies de frontières, toutes les nations policées appartiennent au même centre et sont indissolublement liées entre elles par une secrète, et profonde unité.

La civilisation nous fait à tous les mêmes entrailles, le même esprit, le même but, le même avenir. D’ailleurs, la France, qui prête à la civilisation même sa langue universelle et son initiative souveraine ; la France, lors même que nous nous unissons à l’Europe dans une sorte de grande nationalité, n’en est pas moins notre première patrie, comme Athènes était la première patrie d’Eschyle et de Sophocle. Ils étaient Athéniens comme nous sommes Français, et nous sommes Européens comme ils étaient Grecs.

Oui, la civilisation tout entière est la patrie du poète. Cette patrie n’a d’autre frontière que la ligne sombre et fatale où commence la barbarie. Un jour, espérons-le, le globe entier sera civilisé, tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l’intelligence : avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité.

 

Commentaires fermés sur Les Burgraves de Victor Hugo
Lucrèce Borgia de Victor Hugo
Costume de Mlle Georges dans le rôle de Lucrèce Borgia. Source: Bnf/Gallica

Lucrèce Borgia de Victor Hugo

 

Lucrèce Borgia de Victor Hugo

Drame en trois actes et en prose, représenté pour la première fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 2 février 1833.
Distribution : 14 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

 

L’argument

Acte I – Affront sur affront
Première partie.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84059244/f1.item
Dernière scène de la première partie de l’acte I. 1870. Source : BnF/Gallica

À Venise, le jeune capitaine Gennaro et ses amis discutent sur la terrasse d’un palais vénitien. Gennaro s’endort alors que ses amis racontent l’histoire de l’assassinat de Jean Borgia par son frère César, alors que tous deux étaient amoureux de leur sœur Lucrèce. Celle-ci a eu de Jean un enfant qui a disparu. Le groupe de jeunes gens va partir en ambassade à Ferrare, la ville dont le mari de Lucrèce est le duc.

Gubetta, au service de Lucrèce, est ami avec les jeunes gens, sous une autre identité. Lucrèce arrive et admire Gennaro, toujours endormi. L’instinct maternel la transformée : elle veut devenir bonne et ordonne la grâce de grands personnages arrêtés par les Borgia. Gubetta, ignorant l’identité réelle de Gennaro, pense qu’elle est amoureuse du jeune homme : Lucrèce éveille le jeune homme en l’embrassant, elle s’enfuit, il la suit. Gennaro raconte à Lucrèce, dont il ignore l’identité,  la quête de sa mère qu’il idéalise. Il affirme sa haine pour Lucrèce Borgia. Les amis de Gennaro lui révèlent l’identité de son interlocutrice  et insultent Lucrèce.

Deuxième partie. Une place de Ferrare avec le palais des Borgia et la maison de Gennaro.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84382640/f1.item
Lucrèce Borgia : estampe par Célestin Nanteui. 1833. Source : Bnf/Gallica

Lucrèce médite avec Gubetta une vengeance contre les amis de Gennaro, qu’elle va faire inviter à une fête. Gubetta ne comprend pas l’attitude de Lucrèce envers Gennaro. Gennaro et ses amis parlent des Borgia, se trouvant devant le palais de Lucrèce. Ils sont invités le soir chez la princesse Negroni, sauf Gennaro. On le moque sur les sentiments de Lucrèce à son égard :  il réaffirme sa haine envers elle, en ôtant, avec son poignard,  le B de l’inscription Borgia du palais, qui devient « orgia ».

 

 

 

 

Acte II – Le couple
Première partie.
Une salle du palais ducal de Ferrare.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8402585h/f1.item
Gennaro boit le poison versé par Lucrèce. Estampe 1881. Source : BNF/Gallica

Le duc demande à son homme de main, Rustighello, d’attendre caché et d’apporter au signal soit un flacon de poison, soit son épée nue. Lucrèce s’emporte contre son mari, lui reprochant de ne rien faire pour punir l’affront de l’inscription mutilée. Apprenant que le coupable est arrêté, elle lui fait promettre de ne pas le laisser sortir vivant. Le duc fait entrer Gennaro.Lucrèce bouleversée essaie de l’innocenter mais Gennaro refuse. Lucrèce entreprend de faire changer le duc d’avis mais  il l’accuse de protéger le coupable parce qu’il est son amant. Il lui demande de choisir la façon dont il sera tué. Elle choisit le poison. Le duc feint de gracier Gennaro mais Lucrèce devra lui verser elle-même le poison. Restée seule avec Gennaro, elle lui révèle qu’il est empoisonné et veut lui donner un contre- poison. Il l’accuse d’avoir de mauvais desseins contre lui et d’avoir fait du mal à sa mère. Il accepte le contrepoison qu’il emporte et part en la maudissant.

Deuxième partie.
La place de Ferrare.

Le duc et Rustighello sont en embuscade pour tuer Gennaro mais Maffio convainc Gennaro de les accompagner chez la princesse Negroni. Gennaro lui raconte la tentative d’empoisonnement mais Maffio pense que tout est une manœuvre de Lucrèce pour se faire aimer de Gennaro. Ils partent ensemble pour le souper. Le duc les laisse partir.

Acte III – Ivres morts

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405923q/f6.item
Composition de Raffet. 1833. Source : BnF/Gallica

Dans une salle du palais Negroni, se déroule une grande fête avec Gennaro et ses amis. Mais soudain un chant lugubre se mêle à  une chanson à boire. Une porte du fond s’ouvre et laisse passer une procession de moines. Désarmés, ils sont pris au piège.  Lucrèce entre et leur annonce qu’elle les a empoisonnés pour se venger. Elle découvre Gennaro parmi les convives alors qu’elle le croyait loin de Ferrare.
 
Il n’y a pas assez de contrepoison pour tous. Gennaro décide de tuer Lucrèce avec un couteau pris sur la table avant de mourir comme ses amis. Lucrèce essaie de lui faire comprendre qu’il commettra un matricide. Il ne comprend pas et la tue. En mourant, elle lui révèle qu’elle est sa mère.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438263k/f1.item
Lucrèce-Borgia. Gennavo ! tu m’as tuée !… je suis ta mère… : galerie de l’entre’acte : [estampe] / A.B. [sig.] . 1833. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84382677/f1.item
Tu m’as tué [sic] ! Je suis ta mère. Edition Outhenin Chalandre (Besançon), 1833. Source : BnF/Gallica


Pour aller plus loin

Création de la pièce au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1833

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000012/f3.item
Costume de Mlle Georges dans le rôle de Lucrèce Borgia. Source: Bnf/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405923q/f1.item
Costume de Mlle Juliette dans le rôle de la Princesse Negroni. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405923q/f2.item
Costume de Chilly dans le rôle de Jeppo Liveretto. Porte Saint-Martin. Source : BNF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000012/f4.item
Costume de Lokroi dans le rôle de Don Alphonse d’Este. Source : BnF/ Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000012/f6.item
Costume de Provost dans le rôle de Gubetta. Source : BNF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000012/f2.item
Costume de Frédéric Lemaître dans le rôle de Gennaro. Source : BnF/Gallica

Autres mises en scène au cours du XIXème siècle

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10520451p/f1.item
Maquette du costume de Don Alphonse par Marcel Mültzer et Théophile Thomas. Source : Bnf/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436362w/f62.item
Mlle Georges dans le rôle de Lucrèce Borgia. 1837. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84382625/f1.item
Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Lucrèce Borgia : estampe de Carlo Gripp / Charles
Tronsens. 1870. Source : BnF/Gallica

Ressources pédagogiques

Pièce (dé)montée : Mise en scène de Lucie Berelowitsch n° 156 – décembre 2012.
La pièce en images – Dossier de la Comédie-Française autour de la mise en scène de Denis Podalydès  et Programme illustré de la pièce
Lucrèce Borgia et la figure du monstre : Séquence proposée par M. Sylvain Leroy , professeur agrégé au lycée Victor Hugo de Marseille, pour ses élèves de 1ère

 


Critiques de la pièce lors de sa création

Critique assez sévère d’Arthur Heulhard dans la Revue l’Art du 7 janvier 1881 : consulter l’excellent site consacré à l’écrivain et journaliste http://www.arthurheulhard.altervista.org/  (lien direct vers la critique http://www.arthurheulhard.altervista.org/L_ART.pdf  page 32)


Ressources vidéo

Reportage sur la mise en scène de Lucrèce Borgia de Victor Hugo par la Comédie-Française, en 1994. Extraits de la pièce et interviews de Christine Fersen, interprète du rôle titre, et de deux autres acteurs de la distribution, Jean Dautremay et Eric Ruf. Sur le site de l’INA.

France ROCHE évoque « Lucrèce Borgia » de Victor HUGO monté par Antoine VITEZ dans la cour d’honneur du Palais des Papes en 1985. Sur le site de l’INA

Interview de Guillaume Gallienne dans la mise en scène de Denis Podalydès à la Comédie-Française en  2014 sur CultureBox

 

Pour en savoir plus sur Libre Théâtre :
Le Théâtre de Victor Hugo
Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

 

Commentaires fermés sur Lucrèce Borgia de Victor Hugo
Les Fâcheux de Molière
Les fâcheux, acte II, scène II / Cel. Nanteuil [sig.] 1840. Source : BnF/Gallica

Les Fâcheux de Molière

Les Fâcheux de Molière

Comédie en trois actes et en vers, faite pour les divertissements du Roi au mois d’août 1661 et représentée pour la première fois en public à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal le 4 novembre de la même année 1661 par la Troupe de Monsieur, Frère Unique du Roi.
Distribution : 5 hommes, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

À Avignon dans le OFF, mise en scène de Jérémie Milsztein à l’Essaion-Avignon, lien vers le spectacle

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53117583r/f1.item
Le poëte importun, d’après les Fâcheux, comédie de Molière : [estampe] / peint par Newton ; litho. par Barathier 1828. Source : BnF/Gallica
Éraste est un gentilhomme amoureux d’Orphise. Malheureusement le tuteur de la jeune fille, Damis, projette un mariage avec un autre prétendant. Eraste doit se rendre à un rendez-vous amoureux avec Orphise, mais une dizaine de fâcheux ne cessent de les importuner l’un et l’autre. Damis, ayant entendu qu’Éraste projette de venir dans la maison d’Orphise veut l’assassiner. Mais Damis  est attaqué par les valets d’Éraste. Le jeune homme le défend vaillamment et obtient ainsi, après cet acte de courage, la main d’Orphise.

 

 

 

 

 


Pour aller plus loin

Mise en scène Jean-Denis Monory en 2014, dossier pédagogique sur le site du théâtre Montansier
Notice sur le site Tout Molière
La représentation des comédies-ballets de Molière à la Comédie-Française « avec tous leurs ornements » : site de la Comédie-Française

 

Les Facheux dans les collections de la BnF

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438793f/f1.item
Les fâcheux, acte II, scène II / Cel. Nanteuil [sig.] 1840. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528775g/f490.item
Constant Coquelin dit aîné Les Fâcheux, comédie de Molière. Paris, Comédie-Française, 4 septembre 1868. Rôle de Dorante. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10501796f/f5.item
Article du 6/11/1937 : représentation à la Comédie-Française. Source : BnF/Gallica
Commentaires fermés sur Les Fâcheux de Molière
On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset
Julia Bartet dans "On ne badine pas avec l'amour", de Alfred de Musset / dessin de Yves Marevéry . Comédie-Française 1906. Source : BnF/Gallica

On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset

On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset

Comédie en trois actes, publiée en 1834 dans la Revue des deux Mondes et représentée le 18 novembre 1861 à la Comédie-Française.
Distribution : 4 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049893n
Julia Bartet et Charles Le Bargy dans « On ne badine pas avec l’amour ». Dessin de Yves Marevéry. Source : BnF/Gallica

Le Baron se réjouit du retour de sa nièce, une jeune fille de 18 ans qui sort du couvent, et de son fils de 21 ans, Perdican, qui vient de réussir son doctorat. Il veut les marier.  Perdican et Camille  se retrouvent après dix ans de séparation. Ils s’aiment depuis toujours, mais Camille, qui a subi l’influence des sœurs du couvent toutes victimes d’amours malheureuses, n’a pas confiance dans les hommes et veut  vouer sa vie à Dieu, bien qu’elle aime Perdican.

Elle écrit une lettre à Louise, une religieuse, où elle explique qu’elle a tout fait pour se faire détester de Perdican, et où elle affirme que ce dernier est au désespoir à cause de son refus de mariage. Perdican tombe sur cette lettre. Touché dans son amour-propre, il décide de la détromper en séduisant Rosette, une jeune paysanne, sœur de lait de Camille, espérant ainsi rendre sa cousine jalouse, lui donnant rendez-vous afin qu’elle assiste à la scène.

Mais Camille apprend que Perdican a lu sa lettre. Par vengeance, elle affirme à Rosette que Perdican se moque d’elle. Rosette s’aperçoit de la méprise et perd connaissance. Camille et Perdican s’avouent finalement leur amour dans la dernière scène, mais Rosette, qui les observait en cachette, ne supporte pas cette désillusion et meurt d’émotion : « Elle est morte. Adieu, Perdican. », conclut Camille

Un extrait

Perdican
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Pour en savoir plus

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049902v
Julia Bartet dans « On ne badine pas avec l’amour », Dessin de Yves Marevéry. Comédie-Française 1906. Source : BnF/Gallica

Extrait du dossier de presse de la Comédie-Française lors de la mise en scène d’ Yves Beaunesne en 2011 :
« la pièce est créée le 18 novembre 1861 avec Delaunay dans le rôle de Perdican et Mlle Favart pour interpréter Camille. Delaunay, illustre jeune premier, avait créé Fortunio du Chandelier qu’il joua de sa création en 1848 jusqu’en 1874. Interprète idéal des héros de Musset, il créa également Celio des Caprices de Marianne, puis Fantasio. La poésie et le lyrisme de la pièce surprirent le public mais finirent par emporter son adhésion comme le note Delaunay dans ses Souvenirs : « Le succès ne vint pas tout de suite à Badine. Les chœurs à l’antique du premier acte, certaines originalités et un style jugé trop poétique pour une comédie en prose trouvèrent des détracteurs. Thierry tint bon et, peu à peu, la satisfaction du public monta en même temps que les recettes. » Delaunay interpréta Perdican jusqu’en 1886, il était alors agé de 60 ans ! Il céda ensuite sa place à Le Bargy qui accompagna Julia Bartet, inoubliable Camille à en croire les critiques de l’époque. » (Agathe Sanjuan, conservateur-archiviste de la Comédie-Française)

Sur le site de l’INA


Reportage sur On ne badine pas avec l’amour de Musset, avec Emmanuel Béart, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent aux Amandiers de Nanterre, en 1993. Extraits de la pièce et interview de l’actrice dans le rôle de Camille.


Lien vers le théâtre de Musset sur Libre Théâtre 

Lien vers la Biographie d’Alfred de Musset sur Libre Théâtre

Commentaires fermés sur On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset
Un mari qui lance sa femme d’Eugène Labiche
Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

Un mari qui lance sa femme d’Eugène Labiche

Un mari qui lance sa femme d’Eugène Labiche et Raimond Deslandes

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au théâtre du Gymnase à Paris le 23 avril 1864.
Distribution : 7 hommes, 9 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Les Lepinois marient leur fille Thérèse à Olivier de Millancey. Sa jeune sœur Laure a des vues sur son cousin Robert, un artiste mais ses parents préfèrent le baron de Mongicourt. Chacun donne à Thérèse quelques conseils avant la nuit de noces. Le mariage passé, Olivier lance sa femme dans le monde lors d’un bal, qui dégénère : Thérèse est extrêmement belle et tous les hommes se pressent autour d’elle, Olivier embrasse Madame de Tremble,  quant à Laure, elle se met à jouer au bacarat…

Un extrait

LAURE.
À nous deux maintenant… maman est partie, nous pouvons causer librement… car, moi aussi, j’ai
mes petits conseils à te donner.
THÉRÈSE.
Toi ?
LAURE.
Oui, j’ai beaucoup réfléchi sur le mariage… c’est un événement qui peut m’arriver d’un moment à
l’autre.
THÉRÈSE.
Dans quelques années…
LAURE.
J’ai dix-sept ans et demi… (Mystérieusement.) et je crois qu’un de ces jours notre cousin Robert
demandera ma main.
THÉRÈSE.
Robert! qui peut te faire penser ?…
LAURE.
Oh ! mille petits signes particuliers… à moi connus.
THÉRÈSE.
Mais espères-tu que mon père voudra l’accorder à un peintre… à un artiste?
LAURE.
Pourquoi pas ? Robert est un excellent garçon… très rangé… et qui a du talent… Il a gagné vingt
mille deux cent sept francs l’année dernière… c’est gentil, de trouver cela sur sa palette !… Enfin, si
nous nous arrangeons… si je l’épouse, j’ai mon programme tout prêt… et je vais te le donner.
THÉRÈSE,
riant.
Voyons ton programme…
LAURE.
C’est surtout dans les commencements qu’il faut mettre son mari au pas et lui faire prendre de
bonnes habitudes… aussi, dès demain matin, je te conseille de mettre ton chapeau et de sortir…
THÉRÈSE.
Pour quoi faire?
LAURE.
Pour établir ton droit… Si ton mari te demande où tu vas, tu lui répondras fièrement :
« Je vais voir ma bonne petite sœur… nous avons à causer!…» De son côté, quand il sortira… il
devra te rendre compte de ce qu’il aura fait, des personnes qu’il aura vues…
THÉRÈSE.
Ça, c’est juste!…
LAURE.
Oh! j’ai étudié la question, va !… Ah! une recommandation capitale !… N’abonne jamais ton mari à
un journal du soir !
THÉRÈSE.
Où est le danger ?
LAURE.
Vois papa… son journal arrive à sept heures… il le lit après dîner… le sang lui monte à la tête… il
s’endort… et la soirée est perdue !
THÉRÈSE.
Oh ! mais tu es très forte !
LAURE.
Autre détail très important!… donne l’ordre à ta cuisinière de lui servir, pendant quelques jours, son
potage froid et sa salade dans des assiettes chaudes…
THÉRÈSE.
Ah! par exemple!… et pourquoi?
LAURE.
Tiens! pour essayer son caractère!… Tu verras tout de suite s’il est aimable ou grognon… et alors, si
toutes ces épreuves-là réussissent, s’il est bien gentil, bien sage, s’il te laisse venir voir souvent ta
bonne petite sœur… tu auras bien soin de lui, tu lui feras faire des petits plats sucrés, et tu le
mettras dans du coton… Voilà comment je compte me gouverner avec mon cousin Robert… s’il
demande ma main.

Commentaires fermés sur Un mari qui lance sa femme d’Eugène Labiche
Madame est trop belle  d’Eugène Labiche
Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

Madame est trop belle d’Eugène Labiche

Madame est trop belle  d’Eugène Labiche et Alfred Duru

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois à Paris au théâtre du Gymnase le 30 mars 1874.
Distribution : 10 hommes, 4 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Deux familles, les Montgiscar et les Chambrelan, organisent la rencontre de deux jeunes gens, Jules et Jeanne, au Louvre afin qu’ils se connaissent et puissent décider si le mariage leur convient. La chose est rapidement décidée, mais Madame est trop belle et le premier bal tourne au cauchemar pour le mari.

Un extrait

Montgiscar.
Voyons… je suis très pressé… je suis dans les affaires, causons de notre entrevue. Chamberlan va venir avec sa fille… elle ne sait rien… Toi, de ton côté, tu es censé ne rien savoir, moi non plus… nous nous rencontrerons par hasard… je te présenterai comme un de mes correspondants de Roubaix… non, de Bordeaux, c’est plus gai.
Clercy.
Comme vous voudrez.
Montgiscar.
Maintenant, quelques renseignements sur la famille dans laquelle tu vas entrer.
Clercy.
Ah! permettez… pas si vite!
Montgiscar.
Le père, M. Chamberlan, est un brave homme ; pas instruit, pas spirituel… mais qui a gagné une grosse fortune à fabriquer des poignées de sabre, dans la ville de Saumur.
Clercy.
Des poignées de sabre ?
Montgiscar.
Oui, les uns fabriquent la lame, les autres, la poignée… on fait ce qu’on peut… Quant à la demoiselle…
Clercy.
Est-elle jolie?
Montgiscar.
Jolie, ce n’est pas assez… C’est une beauté exceptionnelle… une de ces beautés qui font faire : Ah !
Clercy.
Diable ! mon oncle, vous allez m’effrayer… J’ai peur maintenant de la trouver trop belle.
Montgiscar.
Allons donc ! est-ce que la mariée est jamais trop belle ! Tu ne connais pas les avantages qu’il y a à épouser une jolie femme… je ne parle pas du tête-à-tête qui a pourtant son mérite… D’abord, quand on possède une jolie femme, on ne court pas après celle des autres… généralement.
Clercy.
Ce n’est pas toujours une raison.
Montgiscar.
Aussi ai-je dit : généralement… Ensuite une jolie femme… honnête, bien entendu, c’est une puissance, c’est une force pour un mari. S’il a du goût pour le monde, tous les salons s’ouvrent devant lui ; s’il est ambitieux, les protections, les influences, les recommandations viennent à sa rencontre ; s’il aime la table, ça s’est vu, les invitations pleuvent sur son estomac… enfin sa femme est un talisman ; comme dans les féeries, il n’a que la peine de la montrer et de souhaiter.
Clercy.
Oui, mais il y a le revers de la médaille, le danger…
Montgiscar.
Quel danger?
Clercy.
Dame ! une jolie femme est plus attaquée qu’une autre…
Montgiscar.
Si elle est plus attaquée, elle est plus habituée à se défendre…
Clercy.
Quand elle a de l’esprit, mais mademoiselle Chamberlan a-t-elle de l’esprit ? Voilà la question.
Montgiscar.
Mon ami, on ne sait jamais si une jolie fille a de l’esprit… La beauté est un manteau tellement éblouissant qu’on n’en peut distinguer l’étoffe… Une niaiserie qui tombe d’une jolie bouche devient tout de suite une perle… Ainsi, je connais une femme, adorablement belle ; à tout ce qu’on lui dit, elle répond : « C’est splendide ! c’est splendide ! » Ce n’est pas grand-chose, eh bien ! c’est délicieux !
Clercy.
Diable ! vous n’êtes pas rassurant.
Montgiscar.
Mais au contraire, tout ce que je souhaite à mon fils Ernest, c’est de trouver une femme pareille à celle que je te propose.
Clercy.
Eh bien ! mais, mon oncle, il n’y a encore rien de fait ; je ne connais pas mademoiselle Chambrelan. Ainsi, ne vous gênez pas.
Montgiscar.
Non… je te remercie, mon ami… mais elle n’est pas assez riche pour ton cousin.
Clercy.
Ah !
Montgiscar.
Moi, je donne cinq cent mille francs, elle n’en a que deux cent mille… Je rêve pour Ernest la fille de la maison Burnett, Baring et Cie… crédit de premier ordre.
Clercy.
Elle est jolie ?
Montgiscar.
Jolie… Elle a une beauté personnelle qui n’est pas celle de tout le monde… Ernest est à Vienne, il revient dans un mois, et en attendant, je couve l’affaire.

Commentaires fermés sur Madame est trop belle d’Eugène Labiche
Un pied dans le crime d’Eugène Labiche
portrait de Lhéritier (Gaudiband) / par Lhéritier, 1866. Source : BnF/ Gallica

Un pied dans le crime d’Eugène Labiche

Un pied dans le crime d’Eugène Labiche et Adolphe Choler

Comédie-vaudeville en trois actes, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 21 août 1866.
Distribution : 6 hommes, 5 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Gaudiband et Blancafort sont des voisins ennemis. Ils se sont déclarés la guerre pour des questions de noisetiers aux feuillages envahissants, de chats dont les miaulements sont insupportables, de statues antiques trop dénudées, de pigeons barbares…

Un ami de Gaudiband, Gatinais essaie de régler ce conflit et pour se débarrasser du chat miauleur, il tire discrètement sur l’animal …mais blesse un homme.  Edgar, filleul de Gaudiband, jeune avocat promis à la fille de Gatinais, décide de mener l’enquête pour confondre le coupable de cette tentative de meurtre.

Au deuxième acte, Gatinais, rentré à Paris, apprend qu’il est nommé juré, ce dont il se montre particulièrement fier. Mais les ennuis ne font que commencer : Poteu, le valet de Gaudiband, a vu Gatinais tirer sur Geindard et en profite pour négocier contre son silence une place de cocher que Gatinais n’a pas les moyens de lui offrir. De plus, Edgard lui affirme avoir découvert une pièce à conviction qui devrait permettre de confondre le coupable…

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400876j
portrait de Lhéritier (Gaudiband) par Lhéritier, 1866. Source : BnF/ Gallica

Edgard, vivement, venant du fond.
Bonjour, Poteu. Où est mon parrain ?
Poteu.
Monsieur ?… Il trempe.
Edgard.
J’apporte du nouveau. Tu ne sais pas ce qu’on vient de me remettre chez le concierge ?
Poteu.
Non.
Edgard.
Un papier timbré, un acte extra-judiciaire pour parrain.
Poteu.
Ah ! je sais de qui… c’est du voisin, M. de Blancafort !
Edgard.
Ah ! il croit nous faire peur ; nous allons voir.
Poteu.
Qu’est-ce qu’il nous veut encore, ce vieux noble ?
Edgard.
Enfin ! voilà la guerre déclarée ; il va pleuvoir des sommations, des significations, des assignations…
Poteu.
Mais, pourquoi ?
Edgard.
Mon ami, entre voisins, à la campagne, ça finit toujours par là.
Poteu.
Ils étaient si amis autrefois ! ils avaient fait ouvrir une porte de communication dans le mur qui sépare les deux jardins… les domestiques en profitaient…

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008754
Portrait de Geoffroy (Gatinais) / par Lhéritier, 1866. Source : BnF/ Gallica

Edgard.
Maintenant elle est murée.
Poteu.
Ils échangeaient des primeurs… des melons… et les domestiques en profitaient.
Edgard.
Maintenant ils échangent par-dessus le mur des trognons de chou et des assiettes cassées. Il paraît qu’ils ont des griefs.
Poteu.
Des bêtises ! M. de Blancafort se plaint du chat de M. Gaudiband, qui vagabonde la nuit et se livre à une musique surexcitante… Il nous a priés de le tenir à l’attache.
Edgard.
À quoi parrain a répondu une lettre très sèche… « Monsieur, commencez par museler vos pigeons, qui viennent s’ébattre dans mon potager et picorer mes petits pois… »
Poteu.
Les Blancafort se plaignent encore des statues de Monsieur.
Edgard.
Ce sont des reproductions de l’antique.
Poteu.
Le jardin en est plein… Madame de Blancafort dit que ça lui fait l’effet comme si qu’elle aurait sous ses fenêtres une école de natation.
Edgard.
Chacun cultive son jardin comme il l’entend ! Il convient bien à M. de Blancafort de se plaindre, lui qui a un noisetier qui déborde sur le mur mitoyen d’une façon scandaleuse !
Poteu.
C’est le mot.
Edgard.
Nous lui dirons deux mots, à son noisetier…
Poteu.
Et à ses noisettes.

Pour aller plus loin :

Dossier Pièce (dé)montée Mise en scène Jean-Louis Benoit n° 109 – septembre 2010, sur le site du CRDP

Krakovitch, O. (1990). Labiche et la censure ou un vaudeville de plus ! Revue Historique,284(2 (576)), 341-357. http://www.jstor.org/stable/40955240

Commentaires fermés sur Un pied dans le crime d’Eugène Labiche
Si jamais je te pince d’Eugène Labiche
Si jamais je te pince : dessin de scène / par Lhéritier. 1856. Source : BnF/ Gallica

Si jamais je te pince d’Eugène Labiche

Si jamais je te pince !… d’Eugène Labiche et Marc-Michel

Comédie en trois actes mêlée de chant, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 9 mai 1856.
Distribution : 10 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Faribol, un musicien volage,  avoue ses frasques  dans son sommeil et révèle l’adresse de son prochain rendez-vous. Sa femme, Alexandra, décide de « pincer » son mari et se rend à la fameuse adresse. Elle le menace : œil pour œil, dent pour dent, si il la trompe, elle en fera de même.

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64011877/f1.item
Si jamais je te pince : dessin de scène / par Lhéritier. 1856. Source : BnF/ Gallica

Alexandra, sérieusement.
Monsieur Faribol…
Faribol, un peu intimidé.
Alexandra ?
Alexandra.
Causons un peu, s’il vous plaît !
Faribol.
Volontiers. (À part.) Pourvu que Pichenette ne revienne pas !
Alexandra.
Qu’est-ce que je vous ai dit le jour de notre mariage ?
Faribol.
Dame !… tu m’as dit : « Finissez, monsieur !  »
Alexandra.
Je ne ris pas ! Je vous ai fait asseoir, et j’ai pris la parole en ces termes : « Monsieur, nous sommes unis… nous venons de nous jurer mutuellement fidélité entre les mains d’un gros homme… pas beau… »
Faribol.
M. le maire…
Alexandra, continuant.
« C’est très bien… mais je n’entends pas que ce serment soit une balançoire !… »
Faribol.
« Ni moi non plus !  » t’ai-je répondu avec la passion… qui convenait à la circonstance !…
Alexandra.
Je suis née à Bastia… dans l’île de Corse…
Faribol.
Le sang y est superbe…
Alexandra.
C’est possible… mais les femmes y ont des idées très carrées sur les droits et les devoirs respectifs des époux…
Faribol, à part.
Pourvu que Pichenette ne revienne pas !
Alexandra, continuant.
Il y a des hommes qui considèrent leurs femmes comme de petites machines à raccommoder les chaussettes !…
Faribol, jouant l’indignation.
Oh !… les monstres !
Alexandra.
Ils les prennent, les quittent, les trompent…
Faribol.
Que veux-tu !… ce sont des natures volcaniques… portées à la faridondaine !
Alexandra.
Eh bien, et nous ?… Volcaniques !… est-ce que vous croyez que nous sommes bâties en mastic ou en carton-pâte ? Je demande les mêmes droits pour la femme… le droit de la faridondaine !
Faribol, riant.
Ah ! ah ! ce serait du joli !
Alexandra.
Et pourquoi pas ?
Faribol.
Parce que les conséquences… les conséquences ne sont pas les mêmes…
Alexandra, impétueusement.
Je ne donne pas dans cette rengaine !… Le mariage est une voiture… une charrette, si vous voulez !… C’est à vous de réfléchir avant de vous y atteler… mais, quand on y est… on y est !… et, si l’un des deux quitte le brancard, je soutiens que l’autre serait bien bête de ne pas dételer et de ne pas jeter son bonnet par-dessus les moulins ! voilà ma théorie !
Faribol.
Elle est corse… c’est une théorie corse !
Alexandra.
Oeil pour œil ! dent pour dent ! coup de canif pour coup de canif !… est-ce convenu ?…
Faribol.
Sans doute !… sans doute !…
Alexandra, lui tendant la main.
Alors, touche là !…
Faribol.
Mais c’est que…
Alexandra.
Tu hésites ?… Prends garde… je vais croire que tu me trompes.
Faribol.
Moi, par exemple !… Tiens ? je tope !… je tope… des deux mains ! (Il lui tape dans la main ; à part.) Pourvu que Pichenette ne revienne pas !…
Alexandra.
Foi d’honnête femme, je ne commencerai pas !…
Faribol.
Je l’espère bien !…
Alexandra.
Mais… si jamais je te pince !… tu peux être sûr de ton affaire !…

Cette pièce a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1920 par Prince.


Publication aux Editions La Comédiathèque

Faribol, un musicien volage, avoue ses frasques dans son sommeil et révèle l’adresse de son prochain rendez-vous. Sa femme Alexandra, une Corse au caractère volcanique, décide de « pincer » son mari et se rend à la fameuse adresse. Elle le menace. Oeil pour œil, dent pour dent, coup de canif pour coup de canif : s’il la trompe, elle en fera de même.
Un vaudeville musical d’Eugène Labiche et Marc-Michel dans lequel la femme mène la danse.

ISBN 978-237705-073-4
Janvier 2017
72 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 9,90 €

Disponible chez votre libraire ou sur les sites :

Commentaires fermés sur Si jamais je te pince d’Eugène Labiche
Les Petites Mains d’Eugène Labiche
Caricature d'Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

Les Petites Mains d’Eugène Labiche

Les Petites Mains d’Eugène Labiche et Edouard Martin

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 28 novembre 1859.
Distribution : 8 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur  data.libretheatre.fr

L’argument

Vatinelle est très amoureux de sa femme Amélie. Il coule des jours heureux lorsque son beau-père, Courtin, arrive et lui reproche de ne pas travailler. Pour couronner le tout, un de ses amis d’enfance Chavarot, a utilisé son nom pour entretenir une danseuse et n’a pas payé une facture qui arrive chez Vatinelle…

Un extrait

Vatinelle.
Que voulez-vous ! moi, j’ai horreur des entreprises, des spéculations… je n’estime la Bourse qu’au point de vue de l’art… comme monument… dorique et corinthien… panaché.
Courtin.
Soit ! tout le monde n’a pas l’intelligence des affaires… mais alors, quand on n’est pas doué, quand on n’a pas d’idées… eh bien, on demande une place !
Vatinelle.
Une place ? à qui ?
Courtin.
Parbleu ! au gouvernement !
Vatinelle.
Ah ! je vous attendais là, beau-père ! Ah çà ! est-ce que vous prenez le gouvernement pour un bureau de placement ?
Courtin.
Non ! mais avec vos relations… rien n’est plus facile !… Mais moi !… moi qui vous parle, quand je serai vieux, fatigué, usé, quand je ne pourrai plus faire d’affaires…
Vatinelle.
Enfin, quand vous ne serez plus bon à rien…
Courtin.
Oui… eh bien, je demanderai quelque chose… pour me reposer… j’entrerai dans l’administration.
Vatinelle.
Comme on entre aux Invalides ! Avouez, beau-père, que c’est une étrange manie que celle de notre époque !… et j’en enragerais… si je ne préférais en rire !
Courtin.
Quoi donc ?
Vatinelle.
Aujourd’hui, chaque Français vacciné croit avoir droit à une place… Encore un peu, on priera le gouvernement de distribuer des numéros d’ordre à messieurs les nouveaux-nés. Toi, petit, tu seras dans la diplomatie… tu as la vue basse… Celui-ci sera marqué pour la marine. Cet autre pour les finances, côté des contributions directes. Tout le monde aura son bureau, sa petite table, son encrier et sa plume derrière l’oreille… Joli petit peuple !… tout cela grouillera, griffonnera… et émergera ! Qui veut des places ?… prenez vos billets ! Et à ces administrateurs, que manquera-t-il ?… une seule chose… des administrés !… mais on en fera venir de l’étranger… en payant le port !
Courtin.
Vous faites de l’esprit.
Vatinelle.
Beau-père, on fait ce qu’on peut… Mais ce qui est certain, c’est que je ne demanderai jamais de place… même quand je serai vieux.
Courtin.
Et pourquoi ?
Vatinelle.
Pour deux motifs : le premier, c’est que n’ayant pas fait d’études spéciales, je remplirais fort mal ma place.
Courtin.
Mauvaise raison ! Après ?
Vatinelle.
Le second, c’est que, la remplissant fort mal, j’occuperais la position d’un autre qui la remplirait peut-être fort bien… je ferais tort au gouvernement d’une part… et de l’autre je volerais à un employé laborieux et capable des appointements dont je n’ai pas besoin… Vous voyez que tout le monde y perdrait..
Courtin.
Dites tout de suite que vous ne voulez rien faire !
Vatinelle.
J’ai sur le travail une petite théorie à moi…
Courtin.
Pourrait-on la connaître, sans indiscrétion ?
Vatinelle, s’asseyant.
Volontiers… beau-père ! Pourquoi travaille-t-on dans ce monde ?…. pour gagner de la fortune, apparemment…
Courtin.
Parbleu ! c’est bien malin !
Vatinelle.
Pourquoi veut-on gagner de la fortune ?… pour en jouir et se reposer.
Courtin.
Se reposer !… c’est-à-dire…
Vatinelle.
Oui, je sais qu’il y a de par le monde des loups maigres et voraces qui ne se reposent jamais… des joueurs avides et infatigables qui, après avoir ramassé tout l’or répandu sur le tapis, veulent encore gagner la table et les flambeaux ! Moi, je ne suis pas de ceux-là, j’ai la fortune, vous me l’avez donnée… Bien plus, j’ai le bonheur. Je suis content de mon sort, je ne demande rien. Pourquoi voulez-vous que je travaille ? Pour faire aux pauvres une concurrence inégale ? Ou pour me ruiner ?… ce qui serait encore plus bête !
Courtin.
Mais cependant…
Vatinelle.
Ah ! cela s’est vu, beau-père ! il ne faut pas trop vouloir gagner les flambeaux ! Tenez, vous allez crier au paradoxe ! mais je trouve, moi, que, dans une société bien entendue, l’apport du riche… c’est le luxe, l’amour des belles choses, l’oisiveté magnifique et intelligente !
Courtin, révolté, se levant.
L’oisiveté ! mais c’est horrible ! c’est révoltant ! c’est le renversement de l’édifice social !… c’est… c’est stupide !!! Est-ce que la nature n’a pas donné deux mains à chaque homme ?… c’est pour travailler.
Vatinelle.
Pardon… il y a des nuances, beau-père… elle a donné aux uns de grosses mains…
Courtin.
Est-ce pour moi que vous dites cela ?
Vatinelle.
Oh ! beau-père ! (Regardant les mains de Courtin.) Tiens ! c’est vrai !… elles sont vigoureuses, vos mains !… Quel bel argument !… Mais tout le monde n’est pas aussi généreusement partagé… Aux autres elle en a donné de petites.
Courtin.
Eh bien, après ?
Vatinelle.
C’est une révélation de la Providence qui dit à celui-ci : « Toi, tu seras maçon… ou casseur de pierres… Toi, tu seras artiste, penseur… flâneur… ou rentier !  »
Courtin, exaspéré.
Des petites mains ! des petites mains !…. Tenez, voulez-vous que je vous dise mon opinion sur votre théorie ?
Vatinelle.
La défense est libre !
Courtin.
Vous n’êtes qu’un fainéant !
Vatinelle.
Il y a eu des rois fainéants !… Petites mains !
Courtin, avec colère.
Vous m’ennuyez avec vos petites mains ! Ce que je vois de plus clair dans tout ceci, c’est que vous vous êtes fourré dans la dot de ma fille comme un rat dans un fromage.
Vatinelle, sérieusement.
Monsieur Courtin… je crois avoir fait preuve d’un bon caractère… mais il est des expressions qu’un homme de cœur ne peut entendre deux fois… je vous prie de ne pas l’oublier, monsieur Courtin !
Courtin.
Ah ! ça m’est bien égal !

Commentaires fermés sur Les Petites Mains d’Eugène Labiche