Pièce en trois actes

Le Mariage de Victorine de George Sand
Source : BnF/Gallica

Le Mariage de Victorine de George Sand

Le Mariage de Victorine de George Sand

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 26 novembre 1831.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger sur Libre Théâtre
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L’argument

George Sand imagine une suite à la pièce de Sedaine, Le Philosophe dans le savoir, représentée en 1765. Dans la pièce de Sedaine, le riche négociant Vanderk marie sa fille. Le même jour, son fils Alexis doit se battre en duel contre un officier qui a traité tous les commerçants de fripons. Alexis considère que son père a été insulté. L’atmosphère de fête liée au mariage est donc assombri par la perspective de ce duel.
George Sand choisit Victorine, la fille d’Antoine, l’homme de confiance de M. Vanderke, comme personnage central de sa comédie. On comprenait dans la pièce de Sedaine que Victorine était éprise d’Alexis, en dépit de sa condition sociale. La pièce de George Sand s’ouvre avec l’annonce du mariage de Victorine avec Fulgence, le jeune commis fier et ambitieux de M. Vanderke. Victorine est soucieuse d’obéir à son père,  mais elle sent confusément que ce mariage ne la rendra pas heureuse. Elle a du mal à avouer son amour pour Alexis, qui l’aime aussi, mais dissimule également ses sentiments. Fulgence se rend compte de l’indifférence de Victorine à son égard et des sentiments qu’elle éprouve pour Alexis. Il lui indique qu’une fois mariés, ils quitteront la maison de M. Vanderke. Victorine tente de lutter contre Fulgence et contre son père. Son salut viendra de la perspicacité de M. Vanderke et de sa générosité.

George Sand précise dans sa préface :  « Ce sont des hommes bien trempés, qui luttent contre les fausses idées de leur siècle, tout en conservant avec la même fermeté les idées éternellement bonnes et vraies. On respire l’honneur, le courage et la générosité dans l’atmosphère de M. Vanderke. On sent que rien de grand et de fort ne sera impossible dans cette famille ; et, en présence de ce chaste amour de la petite Victorine pour l’héritier d’un nom et d’une fortune, en présence de cette fierté puritaine du vieux Antoine, qui s’efforce d’étouffer l’amour de sa fille, on ne peut pas douter un instant du résultat que Sedaine a laissé prévoir et que j’ai osé montrer. »

 

Pour en savoir plus

Olivier Bara. « Du théâtre de Nohant aux scènes parisiennes: répétitions, adaptations,réécritures. » Tréteaux et paravents. Le théâtre de société au XIXe siècle, Créaphis, pp.167-181, 2012.<hal-00910241>

Critique enthousiaste de Louis Huart dans L’Argus : revue théâtrale et journal des comédiens du 29/11/1851. Source : BnF/Gallica

Critique acerbe de Francisque Sarcey dans Quarante ans de théâtre : feuilletons dramatiques. [Volume 4] 1900, disponible sur Gallica

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8402646r/f1.item
Le mariage de Victorine, comédie de George Sand : estampe de 1851. Source : BnF/Gallica
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Les Vacances de Pandolphe de George Sand
Les vacances de Pandolphe, comédie de George Sand : estampe / dessin de Maurice Sand. Source : BnF/Gallica

Les Vacances de Pandolphe de George Sand

Les Vacances de Pandolphe de George Sand

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 3 mars 1852.

Distribution : 5 hommes, 3 femmes
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Résumé

Pandolphe, un docteur en droit, vient d’arriver à sa maison de campagne et espère se reposer. Il est accueilli par Marinette, sa fidèle servante et par Pédrolino, son jeune jardinier. Mais son repos est rapidement troublé par l’irruption de Léandre, un marquis, avec qui il est en affaire. Il découvre aussi que Violette, la filleule de Marinette, est également dans la maison. Pédrolino en est éperdument amoureux et veut l’épouser. On apprend que Violette vient d’hériter. Elle demande à Pandophe de l’accompagner dans ses démarches.  Léandre et Pascariel, son ancien valet vont tout faire pour essayer de capter l’héritage avec l’aide d’Isabelle, une aventurière et de Colombine, sa servante.

Une comédie inspirée par la comédie italienne.

« Dans les Vacances de Pandolphe, le personnage principal est un professeur de droit, un bourgeois pur et simple, un misanthrope bienfaisant qui aime paternellement et qui est filialement aimé » Extrait de la Correspondance de George Sand. Source : BnF/Gallica

 

Les réactions des critiques

Article du Ménestrel du 07 mars 1952. Source : BnF/Gallica

« Gymnase.—Ce théâtre devient de plus en plus littéraire. La pièce qu’il vient d’offrir au public sous le titre : Les Vacances de Pandolphe, est une tentative hardie, originale, due à une plume vigoureuse, décidément en mesure d’aborder tous les genres dramatiques. Dans cette oeuvre, qui a le caractère du pastiche, Mme George Sand a voulu marier la fantaisie bouffonne de la comédie italienne avec le style de Molière et la langue du Berri. Les célèbres types de Léandre, Pierrot (Pedrolino), Pascariel, Colombine, Isabelle, etc., se meuvent dans ces trois actes au milieu d’une action comique et intéressante. Certes, cette bizarre fusion ne saurait plaire à tout le monde ; et la crudité de certains termes empruntés aux comédies de Poquelin, ainsi que la folle exagération de quelques scènes, ont dû provoquer une opposition pudibonde dans l’élégante salle du boulevard Bonne Nouvelle, où ce genre est tout-à-fait dépaysé. Mais le rigorisme d’une partie du public n’a pu tenir contre l’originalité de l’ensemble et surtout contre l’admirable verve des interprètes. Ici, nous n’avons que des éloges à donner. Bressan remplit le rôle de Pedrolino d’une façon ravissante. Lafontaine est un amusant capitaine Fracasse de la vieille roche ; son duel avec Pascariel a excité une hilarité générale. Mlle Figeac est une Colombine des plus délurées. Mais deux figures ressortent un peu plus sérieusement dans ce tableau bouffon : celle du docteur Pandolphe, personnage plein de sens et d’une brusque bonhomie, parfaitement joué par Numa ; et, enfin, Violette, dont la physionomie douce et modeste tranche également avec tous ces types extravagants de la comédie italienne. Ce rôle, confié à Mme Rose Chéri, se signale par une grande sobriété de paroles et de toilette, et notre charmante comédienne nous prouve qu’elle n’a besoin ni de phrases pompeuses ni de costumes luxueux pour impressionner le public. Une simple robe de bure, un langage vrai, un accent qui part du coeur, voilà tous les frais de Mme Rose Chéri dans les Vacances de Pandolphe, et avec ce simple contingent elle domine l’oeuvre de Mme George Sand. Ajoutons que la mise en scène est des plus soignées ; il y a tels décors, notamment celui du second acte, qui inspirera de la jalousie à maint théâtre spécialement consacré à cet accessoire. En somme, ce pastiche de Mme George Sand, ainsi servi par Mme Rose Chéri, Bressan, Numa et Lafontaine, mérite d’attirer tout Paris ; et ce sera sa destinée. »
JULES LOVY.

Voir aussi les critiques sévères de :
– Albert Monnier dans Le Journal pour rire du 12 mars 1852 sur Gallica
– Auguste Lireux dans Le Constitutionnel du 10 mars 1852 sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84026779/f1.item
Les vacances de Pandolphe, comédie de George Sand : estampe / dessin de Maurice Sand. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

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Claudie de George Sand
Théâtre de la Porte Saint Martin. Claudie. 3e acte. Claudie, mademoiselle Lia-Félix ; madame Fauveau, madame Genot ; la Grand'Rose, Daubrun ; Rémy, M. Bocage ; Sylvain, M. Fechter ; Fauveau, M. Perrin ; Denis Ronciat, M. Barré : [estampe] / Janet Lange [sig.] 1851. Source : BnF/Gallica

Claudie de George Sand

Claudie de George Sand

Drame en trois actes représenté pour la première fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 11 janvier 1851.
Distribution: 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Claudie fait les moissons avec son grand-père le Père Rémy chez les métayers Fauvreau. Le fils Fauveau, Sylvain tombe amoureux de la jeune fille, travailleuse et réservée. Mais le père Fauveau a d’autres vues pour son fils : la Grand’Rose, la propriétaire de la métairie, une belle femme riche et élégante que convoite également Denis Ronciat. Claudie rencontre par hasard sur Denis Ronciat.  On comprend très vite qu’il est à l’origine de ses malheurs : il a séduit Claudie quand elle avait 15 ans en lui promettant le mariage mais il l’a abandonnée. Un enfant est né de cette liaison. C’est dans la misère que Claudie a élevé son enfant,  décédé à l’âge de trois ans. Denis Ronciat révèle une partie de l’histoire à Rose qui, jalouse de l’intérêt de Sylvain pour Claudie, veut éloigner la jeune fille et son père. Sylvain est désespéré. Dans une très belle scène, le Père Rémy prend la défense de Claudie et ridiculise Denis Ronciat, qui est chassé. Tout le village entoure et soutient Claudie. Sylvain lui demande sa main.

À propos de Claudie

Jules Lemaître dans Impressions de théâtre 1ère série à propos de la reprise de Claudie au Théâtre national de l’Odéon, 16 mai 1887 sur Gallica 

« J’ai constaté avec joie, la semaine dernière, le grand succès de Claudie. Personne, je crois, n’a complètement échappé au charme de cette dramatique idylle. (…)
Oui, tous ces personnages sont vrais. Du moins ils le sont assez à mon gré. L’action est d’une simplicité lumineuse ; elle sort tout entière d’une situation initiale et se développe sans aucune intrusion du hasard : ce qui est une des marques des belles œuvres dramatiques. Et le décor, qui agrandit et embellit les personnages, explique l’action et y contribue. Ce drame est aussi une géorgique ; et géorgique et drame semblent ici inséparables. Le « milieu » est justement celui où le dénouement de la pièce (le mariage d’une fille-mère avec un autre homme que le séducteur) pouvait être accepté le plus aisément : car les paysans, s’ils ont plus de superstitions, ont moins de préjugés sociaux que la bourgeoisie. M. Dumas fils, rien qu’en transportant la même histoire dans une classe supérieure (Denise), s’est créé des difficultés dont lui seul peut-être pouvait triompher.
Dans Claudie, cela va tout seul. C’est en pleine campagne qu’un drame évangélique se trouve encore le mieux à sa place. On a cette impression, que le profond sentiment de justice et de charité, en vertu duquel Ronciat est condamné et Claudie absoute et relevée par le père Rémy, par Sylvain, par la mère Fauveau, par la Grande Rose, et même par le père Fauveau, est, comme la gerbe de blé, un produit du travail de la terre. »

Voir aussi la critique de Clément Caraguel dans l‘Argus du 24 janvier 1851 : « La hardiesse de l’idée, la réalité et la logique des caractères, la hauteur soutenue de la pensée et la force de l’exécution font de cette pièce une des œuvres les plus vivantes de Georges Sand. L’effet produit a été immense. Nous avons entendu crier au paradoxe; avouez cependant qu’il est bien rare qu’un paradoxe s’empare à ce point de la foule et produise ces frémissements d’une émotion irrésistible. »

Illustrations sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437034v
Théâtre de la Porte Saint Martin. Claudie. 3e acte. Claudie, mademoiselle Lia-Félix ; madame Fauveau, madame Genot ; la Grand’Rose, Daubrun ; Rémy, M. Bocage ; Sylvain, M. Fechter ; Fauveau, M. Perrin ; Denis Ronciat, M. Barré. Dessin de Janet Lange.1851. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437033f
Le théâtre illustré. Claudie, représentée au théâtre de Cluny : dessin de M. Adrien Marie et Gillot sc. 1879. Source : BnF/Gallica
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François le Champi de George Sand
Deshayes, rôle de Jean Bonnin, dans François le Champi, Théâtre de l'Odéon en 1849, par A. Lacauchie. Source : BnF/Gallica

François le Champi de George Sand

François le Champi de George Sand

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Théâtre de l’Odéon le 25 novembre 1849.
Distribution : 2 hommes, 5 femmes
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L’argument

François, l’enfant trouvé dans les champs, revient dans la maison de Madeleine, la meunière qui l’a élevé. Il a été chassé quelques années auparavant par le mari de Madeleine, qui a dilapidé ses biens au profit d’une paysanne sans scrupule, Sévère. Mariette, la belle-sœur de Madeleine est courtisée par le neveu de Sévère. Elle tombe amoureuse de François, qui se rend peu à peu compte qu’il est amoureux, lui, de Madeleine. 

Premières représentations en 1849

« L’apparition de François le Champi fit une grande sensation dans le monde dramatique. La presse fut unanime à louer les immenses qualités de l’ouvrage de G. Sand ; le public l’applaudit avec enthousiasme, et c’était justice. — Cette œuvre remarquable fut mise en scène avec beaucoup de soin et d’intelligence. L’honneur en revient à M. Bocage, qui en avait distribué les rôles et suivi les répétitions. Tous les acteurs firent leur devoir, excitèrent l’admiration des spectateurs, et surent mériter les sympathies des journalistes. M. Deshayes surtout, qui jouait un rôle tout à fait en dehors de son emploi, fut si étonnamment et si naïvement Berrichon, que chacun se disait : Il est là dans son pays ! — C’est que M. Bocage, qui a le jugement « plus droit qu’une faucille, » avait su découvrir un excellent comique dans la personne d’un de ses jeunes premiers. — Le Champi eut cent trente-deux représentations , cent trente-deux fois la salle fut comble. »

Le Daguerréotype théâtral : journal littéraire illustré, paraissant 2 fois par mois, reproduisant les principaux types, costumes et tableaux des pièces à succès. Source : Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10541401k
Deshayes, rôle de Jean Bonnin, dans François le Champi, Théâtre de l’Odéon en 1849, par A. Lacauchie. Source : BnF/Gallica

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437675v
François le Champi Acte I Scène XI Jeannie, Mlle Célestine Marie, Mme Lefebvre Madeleine, Mme Ballauri Catherine, Mme Buycet François le champi, Mr Bondois : estampe de C. Augier, 1850. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84376768
Théâtre de l’Odéon. François-le-Champi, 1er acte. François, M. Clarence ; Madeline, madame Laurent ; Mariette, madame Deshayes ; Catherine, madame Birou : estampe par Janet Lange. 23-11-1849. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84055507
François le Champi, comédie de George Sand : illustration de presse du 22/09/1888 (Comédie-Française). source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84376731
Théâtre national de la Comédie Française. « François le Champi », comédie de George Sand : [estampe] / Dessin de M. Paul Destez ; gravure de Michelet. 1888. Source : BnF/Gallica
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Maître Favilla de George Sand
Maître Favilla ou le pique-assiette sans le savoir : estampe de Pochet, 1855. Source : BnF/Gallica

Maître Favilla de George Sand

Maître Favilla de George Sand

Drame en trois actes et en prose, représenté pour la première fois le 15 septembre 1855 au Théâtre de l’Odéon.
Distribution : 5 hommes, 2 femmes
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L’argument

Le bourgeois Keller hérite du chateau de Muhldorf, qui appartenait à son oncle, mort sans testament. Il s’y rend avec son fils et découvre Maître Favilla, un musicien rêveur et un peu fou, un ami du défunt qui s’est installé avec sa famille dans le chateau et qui est persuadé d’être l’héritier. La famille de Favilla demande à Keller de le ménager le temps qu’il recouvre ses esprits. Le fils de Keller tombe amoureux de la fille de Favilla…

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84383509
Maître Favilla ou le pique-assiette sans le savoir : estampe de Pochet, 1855. Source : BnF/Gallica

 

 

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La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

Poème dramatique en deux parties et un prologue, écrite en 1911. Publié de façon posthume en 1921 et créé en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Distribution : 5 hommes, 5 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Don Juan est emmené par la statue du Commandeur aux Enfers mais négocie avec le Diable. Celui-ci lui accorde un sursis de dix ans. Dix ans après, le Diable revient chercher Don Juan sous les traits d’un marionnettiste. Don Juan défend l’œuvre de sa vie, mais dans une cruelle joute oratoire, le Diable va montrer à Don Juan l’échec de son existence. Don Juan croit avoir «possédé» et «connu» 1003 femmes, les ombres des femmes viennent lui prouver le contraire. Toutes arrivent masquées et lui disent quelques mots : si le séducteur en peut appeler une seule par son prénom, il sera libre. Il échoue. Don Juan affirme ensuite qu’il les a fait pleurer : si une larme est sincère et que Don Juan s’en souvient, il sera sauvé. Il échoue une nouvelle fois. Don Juan affirme ensuite avoir « fait l’aumône » mais « le pauvre » vient lui jeter l’or de l’aumône à la figure, avec mépris. Don Juan à bout d’arguments est envoyé dans la boîte à marionnettes, car il n’est même pas digne des feux de l’Enfer.

La création

Cette pièce posthume a été éditée en 1921. L’éditeur Fasquelle  précise en avant-propos : « Les deux parties de cette pièce étaient entièrement écrites avant la guerre. Le prologue, reconstitué sur des brouillons fragmentaires très raturés, ne peut être considéré que comme une ébauche. On a dû pour l’intelligence du drame, compléter les indications de scène du texte original. Celles de ces indications qui ne sont pas de la main de l’auteur ont été mises entre deux crochets. »
La création de cette pièce a eu lieu en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f41.item
Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f40.item
Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica

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Les Romanesques d’Edmond Rostand
Les romanesques : une maquette de costume par Marcel Mültze. Source : BnF/Gallica

Les Romanesques d’Edmond Rostand

Les Romanesques d’Edmond Rostand

Comédie en trois actes et en vers représentée pour la première fois sur la scène de la Comédie-Française le 21 mai 1894.
Distribution : 5 hommes et 1 femme.
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L’argument

Un mur sépare les jardins de deux hommes qui se détestent, Bergamin et Pasquinot.  Mais Percinet et Sylvette, leurs enfants s’aiment, tels Romeo et Juliette, et se retrouvent chaque jour près du mur en cachette. En réalité, la haine entre les deux pères est un subterfuge pour que les jeunes gens, à l’esprit trop « romanesque », tombent amoureux et se marient permettant la réunion des deux propriétés. Les deux pères imaginent un faux enlèvement pour rendre possible la réconciliation entre eux. Tout se passe comme prévu, mais quand ils avouent aux deux jeunes gens leur machination, le mariage est alors compromis…

La création

Les Romanesques sont joués le 21 mai 1894 à la Comédie-Française avec deux autres pièces Le Bandeau de Marsolleau et Le Voile de Rodenbach.

La critique est très favorable. Extraits :
« Les Romanesques sont la première œuvre dramatique d’un poète évidemment bien doué. C’est une comédie d’imitation et cependant originale, grâce à une adresse remarquable, qui perce à travers les souvenirs classiques et romantiques à la fois de Regnard et de Musset. Et tandis que la langue est très montée de ton, pittoresque et picaresque, le thème est simple et bon enfant. La chose se passe dans le pays du bleu, en un temps indéterminé, car on y parle de Watteau, dont les amoureux portent le costume préféré on y trouve aussi un spadassin à allures du seizième siècle. » Le Figaro, 22/05/1894 (sur Gallica)

« Je ne vous dis pas que l’idée de cette comédie soit neuve de tout point ; mais l’exécution en a paru supérieure. C’est très brillant, tout pétillant d’esprit et, par endroit, tout éclatant d’une gaieté large et aisée. On vous prie de ne point confondre cela avec la petite chose jolie, mais grêle, qu’est le traditionnel bijou odéonien. Il y a, déjà, dans Les Romanesques, de la maîtrise. L’alliance y est naturelle et heureuse du comique et du lyrisme.
Autant que j’en puis juger à la simple audition, la versification est remarquable de souplesse et d’adresse, avec tout plein de consonances imprévues et amusantes et de jeux de rythme drôlement expressifs, mais sans vaines mièvreries livresques. Cela fait songer, on l’a dit, à Regnard, à Musset (A quoi rêvent les jeunes filles) et à Théodore de Banville ; mais cela fait surtout songer, au bout du compte, que l’auteur est un habile homme qui s’inspire avec indépendance des maîtres du rire et de la rime et qui sait nous donner à la fois, — chose devenue rare chez nous, où la beauté semble la sœur de plus en plus inséparable de la tristesse, — une impression de franche gaieté et de grâce plastique. » Jules Lemaître dans Impressions de théâtre. 8e série (Source BnF/Gallica)

Voir aussi Gil Blas, du 23 mai 1894, sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105204380/f1.item
Les romanesques : une maquette de costume par Marcel Mültze. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405567h
Photo de presse de la création à la Comédie-Française, le 21-05-1894. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’humour en vers

                                  Alors, restons-en là !
Et, jusques à demain refermant notre livre,
Laissons, puisqu’il vous plaît, le doux Roméo vivre.
Il ferme le livre et regarde tout autour de lui.
Quel adorable endroit, fait exprès, semble-t-il,
Pour s’y venir bercer aux beaux vers du grand Will !

Percinet est surpris près du mur par son père

Bergamin.
Ta ! ta ! ta ! Voudrais-tu, blanc-bec, me faire accroire
Que tu viens ici pour les beaux yeux du mur ?
Percinet.
Voire,
Pour les beaux yeux du mur !…
Tourné vers le mur.
qui sont de bien beaux yeux
Frais sourires d’azur, doux étonnements bleus,
Fleurs profondes, clairs yeux, vous êtes nos délices,
Et si jamais des pleurs emperlent vos calices,
D’un seul baiser nous les volatiliserons !…
Bergamin.
Mais le mur n’a pas d’yeux !
Percinet.
Il a les liserons.

Au deuxième acte, Bergamin et Pasquinot se souviennent du bon temps où ils se cachaient de leurs enfants pour parler ensemble.

Bergamin.
Il fallait dépister Percinet ou Sylvette
Chaque fois qu’on venait tailler une bavette !
Pasquinot.
On risquait, chaque fois qu’on grimpait sur le mur,
La casse d’une côte, ou le bris d’un fémur.
Bergamin.
Nos conversations monoquotidiennes
Ne se pouvaient qu’au prix de ruses indiennes !
Pasquinot.
Il fallait se glisser sous les buissons épais…
C’était très amusant !
Bergamin.
Quelquefois, je rampais…
Et, le soir, aux genoux, ma culotte était verte !
Pasquinot.
L’un de l’autre il fallait, sans fin, jurer la perte.


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Publication aux Editions La Comédiathèque

Un mur sépare les jardins de deux hommes qui se détestent, Bergamin et Pasquinot. Mais Percinet et Sylvette, leurs enfants s’aiment, tels Romeo et Juliette, et se retrouvent chaque jour près du mur en cachette. En réalité, la haine entre les deux pères est un subterfuge pour que les jeunes gens, à l’esprit trop « romanesque », tombent amoureux et se marient permettant la réunion des deux propriétés. Les deux pères imaginent un faux enlèvement pour rendre possible la réconciliation entre eux. Tout se passe comme prévu, mais quand ils avouent aux deux jeunes gens leur machination, le mariage est alors compromis…
Une comédie charmante et pleine d’humour.

ISBN : 978-23-77050-92-5
Mai 2017
79 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Disponible dans votre librairie et sur les sites :

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La Samaritaine d’Edmond Rostand
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BnF/Gallica

La Samaritaine d’Edmond Rostand

La Samaritaine d’Edmond Rostand

Évangile en trois tableaux et en vers, représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre de la Renaissance le 14 avril 1897.
Distribution : 21 hommes, 13 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90163348/f1.item
Affiche de Mucha pour le Théâtre de La Renaissance avec Sarah Bernhardt. Source : BnF/Gallica

Premier tableau : le puits de Jacob
Les apôtres quittent Jésus pour se rendre à Sichem, afin d’acheter des vivres. Le Christ reste assis sur la margelle du puits de Jacob. Photine vient puiser de l’eau, son amphore sur l’épaule. Jésus lui demande à boire. Elle refuse parce qu’il est juif. S’engage un long dialogue tiré des Evangiles.

Deuxième tableau : la Porte de Sichem
Pierre et les disciples tentent d’acheter des vivres mais ils sont raillés par les marchands. Les apôtres s’éloignent sous les huées. Ariel est inquiet de ne pas voir revenir Photine. Elle arrive transformée et s’exprime en citation. Elle convainc petit à petit la foule.

Troisième tableau : Salvator Mundi
Jésus est sur la margelle du puits. Les apôtres s’étonnent de la discussion avec Photine. On entend alors la foule des Samaritains qui approche menée par Photine.

La création

 C’est après le succès des Romanesques à la Comédie-Française que Sarah Bernhardt a demandé à Edmond Rostand de lui écrire une pièce. Cette pièce religieuse s’est jouée le Mercredi Saint, 14 avril 1897.

Sur YouTube est disponible à l’écoute l’enregistrement d’un extrait de la pièce dit par Sarah Bernhardt de 1903.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f34.item
Tableau lors de la création avec Sarah Bernhardt. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f20.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f1.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BNF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97739489/f28.item
Monsieur Brémont (Jésus). Extrait de L’Art du Théâtre, 09/1903. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

Numéro de L’illustré théâtral du 24 avril 1897. Source : BnF/Gallica
 

Très belle édition illustrée par Georges Rochegrosse, sur archive.org (Edition 1910 Paris : P. Lafitte)


Max d’Ollone a proposé une adaptation lyrique du texte d’Edmond Rostand, créée à l’Opéra de Paris en juin 1937 avec Germaine Hoerner dans le rôle de Photine. Documents sur cette création sur Gallica

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Madeleine de Émile Zola
Annonce de la pièce dans le Figaro du 2 mai 1889. Source : BnF/Gallica

Madeleine de Émile Zola

Madeleine de Émile Zola

Drame en trois actes, écrit en 1865, non joué à cette époque, mais représenté pour la première fois sur la scène du Théâtre-Libre, le 2 mai 1889. Cette pièce inspira le roman Madeleine Férat, paru en 1868.
Distribution : 3 hommes et 4 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Madeleine attend le retour de Francis son mari, avec Mme Hubert, sa belle-mère, et la servante Véronique. La servante est en train de lire à haute voix le passage biblique de « la femme pécheresse ». Francis arrive et annonce qu’il est revenu avec son ami d’enfance,  Jacques, que l’on croyait mort. En entendant cette nouvelle, Madeleine s’évanouit puis révèle à son mari qu’elle a été la maîtresse de Jacques avant de le connaître.  Elle insiste pour fuir de la maison immédiatement avec lui.

Les époux se réfugient dans une auberge de campagne : ils se retrouvent dans la chambre qui a abrité les amours de Madeleine et Jacques. Jacques a aussi choisi cette auberge et se retrouve face à Madeleine qui lui apprend qu’elle est mariée. Madeleine et Francis rencontrent aussi une ancienne amie de Madeleine, Laurence, devenue une mendiante.  Madeleine comprend qu’elle ne peut échapper à son passer et le couple décide de revenir chez lui.

C’est Véronique, la servante qui accueille Madeleine et lui affirme qu’elle ne sera pas pardonnée. Madeleine décide de se suicider.

Pour en savoir plus :

Lien vers le Théâtre de Zola sur Libre Théâtre
Lien vers la Biographie de Zola sur Libre Théâtre
Lien vers le théâtre de Zola et le naturalisme sur Libre Théâtre

“L’annonce” et “l’amorce” chez Zola: Madeleine, du théâtre au roman,  Midori NAKAMURA, Kyoto City University of Arts, texte de l’article en ligne

Annonce de la première représentation de la pièce dans Le Figaro du 2 mai 1889.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k280747h
Source : BnF/Gallica
Commentaires fermés sur Madeleine de Émile Zola
Le Bouton de Rose de Emile Zola
Portrait de Geoffroy (Gatinais) / par Lhéritier, 1866. Source : BnF/ Gallica

Le Bouton de Rose de Emile Zola

Le Bouton de Rose de Emile Zola

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Théâtre du Palais Royal le 6 mai 1878.
Distribution : 8 hommes, 3 femmes
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L’argument

Ribalier et Brochard sont propriétaires de l’hôtel restaurant le Grand-Cerf à Tours. Brochard vient de se marier mais une inquiétude sur la livraison de chapons l’oblige à quitter sa jeune femme, Valentine, avant la nuit de noces. Il la confie à son ami Ribalier, un célibataire libertin qui se retrouve très embarrassé. Valentine souhaite leur donner une leçon : « Ah ! ils se mettent deux contre moi, ils me gardent, comme si je ne pouvais pas me garder moi-même. Je me vengerai… » Valentine, fille d’un militaire, élevée par une tante qui tient une pension d’officiers, s’entend avec des officiers qui l’ont connue enfant et qu’elle retrouve, pour faire croire à son gardien que tout un régiment l’a courtisée. Ribalier, stupéfait d’abord, se fâche ensuite, puis finit, sous le coup de quelques verres de Champagne, par vouloir prendre sa part. Mais c’est une cliente de l’hôtel, madame Chamorin, amante de Ribalier, qui prend la place de Valentine, la nuit, dans une chambre noire ; Chamorin, le mari trompé qui tâche de surprendre sa femme en flagrant délit, vient pour pincer sa femme, et  Ribalier fuit, en croyant reconnaître Brochard. 

L’accueil de la pièce

La pièce reçut un accueil désastreux. Emile Zola s’explique dans une préface parue  lors de l’édition de ses œuvres complètes (la préface figure dans le texte intégral proposé par Libre Théâtre). Extraits : 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008754
Le comédien Geoffroy qui a créé le rôle de Ribalier, ici dans Un pied dans le crime, comédie d’Eugène Labiche et Adolphe Choler. Portrait de Geoffroy par Lhéritier. Source : BnF/Gallica

« Sera-t-il permis à un auteur dramatique sifflé, hué, conspué, de parler tranquillement de son aventure, en brave homme, sans rancune ni tristesse ? (…)

J’entends à présent que le procès-verbal de la soirée du 6 mai accompagne la pièce et dure autant qu’elle dans mes oeuvres. Plus tard, il y aura appel. Les procès littéraires sont toujours susceptibles de cassation.

Comme je suis très curieux des grands mouvements qui se produisent dans les foules, j’ai éprouvé, le lendemain de l’aventure, l’impérieux besoin d’analyser le public de la première représentation.

Avant tout, ce public a eu une déconvenue. Il s’attendait certainement à autre chose. Il voulait un manifeste littéraire, un exemple de comédie naturaliste appuyant la campagne que je faisais depuis deux ans dans le Bien Public. J’aurais donné une pièce à la Comédie-Française, qu’il ne se serait pas montré plus exigeant. Il oubliait qu’il était au Palais-Royal, que le choix fait par moi de cette scène indiquait de ma part un simple amusement d’esprit. Enfin, il demandait à l’auteur des Rougon-Macquart une comédie extraordinaire et tout à fait, hors ligne. Cela était certainement très flatteur, mais bien dangereux.

D’autre part, je me suis rendu compte de l’étonnement des spectateurs, à la saveur particulière du Bouton de rose. La gaieté n’est pas la même à toutes les époques. Aujourd’hui, il y a au théâtre une gaieté de mots, un entortillement d’esprit, une sorte de fleur parisienne poussée sur le trottoir des boulevards. C’est un esprit fouetté en neige, relevé d’une pointe de musc, un vrai déjeuner de soleil qui plaît dans sa nouveauté et qui, cinq ans plus lard, devient inintelligible. Dès lors, on comprend la grossièreté d’un homme tout franc, arrivant avec un style direct, appelant les choses par leur nom, cherchant le rire dans les situations et dans les types.

Puis, le sens de nos anciens contes français est perdu, à ce que je vois. La verdeur en est trouvée répugnante. Ces mirifiques histoires d’hôtellerie, où l’on se trompe de chambres et de femmes, paraissent, d’une ordure sans excuse. La pointe de fantaisie qu’elles tolèrent : le départ d’un mari le soir de ses noces pour le marché du Mans, les ruses hardies et salées d’une ingénue, semble monstrueuse, indigne d’un esprit distingué. Ma Valentine, par exemple, a stupéfié, et l’on m’a dit que j’aurais dû expliquer cette innocente, comme si les fines commères, les petites filles rieuses où la femme perce avec ses diableries, avaient besoin d’une étiquette dans le dos pour être comprises. On m’aurait encore pardonné si j’avais eu de l’esprit, si j’avais fait des « mots ». Hélas ! je n’ai point cet esprit-là, je suis allé carrément mon chemin. Cette franchise des situations et du style a révolté. Ma vérité a été sifflée, et l’on a hué ma fantaisie.

Donc le public était dans l’attente de quelque chose de prodigieux. Je ne prononcerai pas le gros mot de cabale, parce que je ne crois pas à une entente préalable entre douze cents spectateurs. On m’a pourtant conté une histoire curieuse, un dîner qui aurait eu lieu avant le lever du rideau, et où l’on aurait juré au dessert de siffler ma pièce. Je ne veux voir là qu’une anecdote. Mais s’il n’y a pas eu cabale dans le sens précis du mol, il faut admettre qu’une bonne moitié de la salle faisait des voeux ardents pour que le Bouton de rose tombât. On était venu là comme on va dans la baraque d’un dompteur, avec la sourde envie de me voir dévorer.

Je me suis fait, paraît-il, beaucoup d’ennemis, avec mes feuilletons du Bien Public, où la sincérité est ma seule force. On ne juge point impunément les pièces des autres pendant deux ans, en toute justice, disant hautement ce qu’on pense des grands et des petits. Le jour où soi-même on soumet une œuvre aux confrères et au public, on s’expose à des représailles. Le mot n’est pas de moi, il a été prononcé dans les couloirs et je l’ai déjà retrouvé dans quelques articles. Je comprends parfaitement que les vaudevillistes vexés et les dramaturges exaspérés se soient dit : « Enfin, nous allons le juger à l’œuvre, ce terrible homme ! » Et le public devait même partager cette attente. Je ne récrimine pas, je constate que ma position d’auteur dramatique était certainement plus délicate que celle d’un autre. Un jeune monsieur, à l’orchestre, montrait une clef à ses voisins, disant : «Il faut que le Bouton de rose soif un chef-d’oeuvre, ou sinon… » Cela est typique.

Ce n’est pas tout, le romancier lui-même était en cause. Les succès se paient. Je devais expier, le 6 mai, les quarante-deux éditions de l’Assommoir et les vingt éditions de Une page d’amour. Un romancier faire du théâtre, un romancier dont les oeuvres se vendent à de tels nombres ! Cela menaçait de devenir l’abomination de la désolation. J’allais prendre toute la place, j’étais vraiment encombrant. II s’agissait de mettre ordre à cela. Pour peu que l’oeuvre prêtât le flanc, on la bousculerait et on se régalerait de voir l’heureux-romancier se casser les reins comme auteur dramatique.

Voilà donc de quels éléments la salle était composée : des amis qui exigeaient beaucoup de moi, qui n’admettaient pas que je pusse écrire une oeuvre ordinaire ; des ennemis pleins de rancune, désireux dé se venger du critique et de rabattre le triomphe du romancier ; enfin un public dont le goût n’est pas au théâtre tel que je l’entends. Les uns me reprochaient d’aller contre mes théories sur la vérité, les autres de manquer de fantaisie. C’était une confusion incroyable. Et la note comique était donnée par ces étranges justiciers qui, pour m’enseigner la douceur, commençaient par m’étrangler. Il est par terre, tombons sur lui. Cela le rendra moins sévère pour les autres. À l’avenir, lorsqu’il trouvera une pièce mauvaise, il n’osera plus le dire aussi carrément. Nous voulons qu’il mente, écrasons-le !

Mais je n’ai point encore parlé des spectateurs patriotiques. Il paraît que j’ai voulu ridiculiser l’uniforme de l’armée française sur la scène du Palais-Royal. Les sifflets ont commencé, lorsque les officiers ont paru, au second acte. Voilà une indignation qui part d’un bon sentiment. Elle m’a stupéfié. Des messieurs, à l’orchestre, qui avaient très bien dîné, m’a-t-on dit, ont cru devoir prendre particulièrement la défense de l’armée. Eh ! bon Dieu ! qui songeait à attaquer l’armée? Je la respecte fort, ce qui ne m’empêchera pourtant pas de l’étudier en toute vérité dans un de mes prochains romans.

En somme, on a écouté le premier acte, on a sifflé le second ; et on s’est refusé absolument à entendre le troisième. Le tapage était tel, que les malheureux critiques, ne pouvant saisir les noms des personnages au milieu du bruit et ne comprenant plus rien à l’intrigue, ont fait les comptes rendus les plus fantaisistes du monde. Les uns ont loué le talent de M. Lhéritier qui ne jouait pas dans le Bouton de rose, les autres ont confondu Chamorin avec Ribalier ; aucun n’a raconté fidèlement la pièce. Je suis certain que pas un des spectateurs ne connaît le dénouement exact. Excellentes conditions pour juger une œuvre.

Remarquez que le troisième acte était jugé le meilleur. Au théâtre, on comptait beaucoup sur cet acte. Mais la salle en était arrivée à une exaspération comique. Brochard entre furieux et crie à une servante : « Grande cruche ! » Toute la salle entend : « Grande grue ! » Et l’on siffle. Que faire à cela? Il y a des moments où la foule entend ce qui fouette sa passion. Dès lors, toutes les intentions de la comédie se faussaient ; ce qui aurait dû faire rire faisait sursauter les gens les moins prévenus. Les quelques mots d’argot dit par Valentine, si innocents et d’intention si drôle, je persiste à le croire, ont éclaté comme des bombes. La salle menaçait de crouler.

Je suis aujourd’hui, je le répète, sans rancune ni tristesse. Pourtant, j’ai eu, le lendemain, un sentiment de colère bien légitime. Je croyais que, le deuxième jour, la pièce n’irait pas au delà du second acte. Le public payant me semblait devoir achever le désastre. J’allai tard au théâtre, et en montant je questionnai un artiste : « Eh bien ? ils se fâchent, là-haut ? » L’artiste me répondit en souriant : « Mais non, monsieur, tous les mots portent, la salle est superbe et rit à se tordre. » Et c’était vrai; pas une protestation, un effet énorme. Je suis resté pendant tout un acte, écoutant ces rires, étouffant, sentant des larmes monter à mes yeux. Je songeais à la salle de la veille, je me demandais pourquoi une si inconcevable brutalité, puisque le vrai public ne se fâchait plus. Les faits sont là.

Voici les chiffres des quatre premières recettes faite par le Bouton de rose ; la première, 2 300 fr. ; la seconde, 2 500 fr. ; la troisième 1 100 fr. ; la quatrième, 800 fr. Qu’on étudie ces chiffres. La recette la plus élevée est celle de la seconde représentation. La presse n’avait pas encore parlé, le public venait et riait de confiance. Mais, dès le troisième jour, la critique commence son œuvre d’étranglement. Une bordée d’articles furibonds atteint la pièce en plein cœur. Le public dès lors hésite et s’écarte d’une œuvre que pas une voix ne défend et que les plus tolérants jettent au ruisseau. Les rares spectateurs qui osent se risquer paraissent bien s’amuser franchement ; les effets grandissent à chaque représentation ; les artistes, délivrés d’inquiétude, jouent avec un ensemble merveilleux. N’importe, l’étranglement est sûr, le public de la première a commencé l’assassinat et la critique portera le dernier coup. Il me reste à remercier les artistes, qui se sont montrés si vaillants au milieu de la tempête du 6 mai. Mademoiselle Lemercier, dans ce rôle si mal pris de Valentine, a été adorable de grâce et de finesse. Madame Faivre et mademoiselle Raymonde ont lutté, elles aussi, de talent et de courage. Quant à M. Geoffroy, il portait toute la pièce sur ses larges épaules, avec l’aisance et la bonhomie d’un grand artiste ; et je lui suis particulièrement reconnaissant de la fermeté qu’il a mise à lancer mon nom, au milieu des fureurs de la salle. M. Pellerin, M. Hyacinthe, M. Luguet, M. Bourgeotte, tous ont gagné la partie, lorsque je la perdais ; je me sens plein de gratitude pour eux. Et merci enfin aux directeurs du PalaisRoyal qui ont cru au Bouton de rose avec une foi plus ardente que la mienne.

Un dernier mot. Le directeur d’une de nos grandes scènes subventionnées parcourait les couloirs en disant d’un air rayonnant : « Eh bien ! fera-t-il encore de la critique dramatique ? » Certainement, monsieur, j’en ferai encore. Je vous gêne donc bien ? L’article où j’ai condamné l’usage que vous faites de votre subvention pèse donc bien lourd sur votre cœur ? En quoi un échec, qui m’est tout personnel, modifie-t-il les idées que je défends ? Je suis par terre, mais l’art est debout. Ce n’est pas parce qu’un soldat est blessé que la bataille est perdue. Au travail, et recommençons !

12 mai 1878.

 

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