La Vie parisienne de Jacques Offenbach mise en scène de Nicolas Rigas

Avec cette mise en scène époustouflante de « La vie parisienne », on assiste à un spectacle total, comme il n’est pas souvent donné d’en voir sur une scène de théâtre. Comme nous sommes au théâtre, précisément, et pas à l’opéra, pas de fosse d’orchestre. L’orchestre, en formation réduite (un trio accordéon, violon et flûte), est donc installé directement dans la salle, ce qui créé une incroyable proximité avec le public. D’autant qu’en attendant le « lever de rideau », comme si nous étions au bal, l’orchestre nous gratifie de quelques airs populaires. Et que la fête commence ! Musique, chant, danse, acrobatie, costumes, décors, « effets spéciaux » à l’ancienne... du début à la fin, le spectateur en prend plein les yeux et plein les oreilles, pour son plus grand plaisir. Chacun des dix artistes qui interprètent ce classique de l’opérette est épatant, dans tous les compartiments du jeu. Mais plus encore, on les perçoit tous animés par un véritable esprit de troupe. Une opérette très parisienne, et indémodable, qui n’a rien à envier aux meilleures comédies musicales de Broadway. Un pur moment de bonheur. À voir absolument !

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Le cabaret de la crise de Luigi Cerri

Au carrefour de la parodie, du burlesque, du mime et du slam, ce spectacle nous propose une série de sketchs moquant les travers de notre société qui, pour se perpétuer, a besoin de générer sa propre crise. Ces trois jeunes comédiens aux talents multiples et à l’énergie renouvelable nous entraînent dans un show irrésistible où l’humour sert de véhicule à une pensée critique sur notre modèle économique et social. Un spectacle à la fois distrayant et salutaire. À ne pas manquer.

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La dernière bande de Samuel Beckett mise en scène Jacques Osinski avec Denis Lavant

Un homme est assis, seul, à un bureau métallique, sous un plafonnier à la lumière blafarde. Il reste figé là pendant un temps. Un très long temps. Puis il se lève pour chercher dans les tiroirs de sa mémoire les fragments d’une vie enregistrée sur de vieilles bandes magnétiques. Jusqu’à la dernière bande. Celle où il s’enregistrera entre train d’écouter cette même bande. Ce texte de Samuel Beckett nous parle du souvenir. Sommes-nous seulement ce que nous avons été ? La mise en scène de Jacques Osinski, elle, nous parle du temps. Si le temps et donc la vie c’est le mouvement, la mort c’est l’immobilité. « La dernière bande » est un texte très court. Pour en faire un spectacle de près d’une heure et demie, il fallait donc ralentir le temps. Jusqu’à l’arrêter. Pour surseoir à la mort. En avant. En arrière. Pause. Jusqu’à l’arrêt définitif. Le noir final. Stop. Il fallait toute l’autorité d’un Denis Lavant pour faire accepter au public une proposition théâtrale aussi exigeante, même si l’humour absurde de Beckett n’est jamais loin malgré le caractère aride de cette réflexion sur le temps. Cet immense comédien, avec toute la puissance de sa fragilité, ose se présenter seul devant une salle comble pour lui imposer d’entrée son silence. Avant de partager avec le public cette communion silencieuse. Tel un torero dans l’arène, il force le respect en défiant la mort devant nous. Avec nous. Il est à la fois le matador et le taureau. Contre l’agitation et le bavardage qui caractérisent notre époque, ce spectacle nous propose de revenir à l’essence même du théâtre quand il n’est pas un pur divertissement. Et si vous preniez le temps d’aller voir ce spectacle ?

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Les princesses et la lune par la Compagnie Lyrika Lab

Ne vous fiez pas au titre ! « Les princesses et la lune » n’est pas un énième conte pour les enfants, mais un vrai récital théâtralisé. Construit autour d’une sélection musicale mêlant habilement airs d’opéras et mélodies françaises, connus et moins connus, ce spectacle met bien sûr en scène la quête du prince charmant, et les inévitables épreuves qui l’accompagnent. L’humour est au rendez-vous, mais c’est surtout le talent de ces trois chanteuses lyriques, accompagnées par une pianiste tout aussi remarquable, qui font de cette féérie un des meilleurs spectacles musicaux de cette édition 2019 du OFF. À découvrir absolument, avec ou sans enfant.

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Granma. Les Trombones de la Havane. Rimini Protokoll, Stefan Kaegi
Granma. Les Trombones de la Havane © Christophe Raynaud de Lage

Granma. Les Trombones de la Havane. Rimini Protokoll, Stefan Kaegi

Raconter l’histoire de Cuba depuis la révolution, loin des mythes et clichés, à travers la réalité quotidienne des Cubains, tel est le défi totalement réussi de Stefan Kaegi. Il a choisi quatre jeunes témoins cubains d’origines sociales variées : ce ne sont pas des comédiens qui se présentent devant nous, mais un informaticien, un traducteur, une professeure d’histoire et une musicienne. À travers leurs propres témoignages et ceux de leurs grands-parents (ils portent un regard très critique sur la génération intermédiaire de leurs parents), nous revivons à hauteur d’hommes et de femmes l’histoire politique et sociale de Cuba. Ce n’est donc pas une épopée, encore moins un récit hagiographique. Les témoignages ne sont ni complaisants ni hostiles mais nuancés, critiques et surtout pleins d’humour. Ils nous interpellent aussi en nous mettant souvent, nous spectateurs Français et Européens, en face de nos contradictions. Photos et vidéos historiques mais aussi clichés intimes et témoignages filmés des grands-parents accompagnent ces récits. Chacun des talents de tous ces témoins est habilement exploité : couture, baseball, vidéo et musique aussi, puisque la musicienne a créé une « microbrigade » pour enseigner aux autres le trombone, le temps de la préparation du spectacle. Un enseignement autonome efficace puisque ce sont les quatre témoins eux-mêmes qui ponctuent le récit en exécutant des airs patriotiques cubains.  C’est une génération pleine d’énergie et de passion qui nous offre ce spectacle, désireuse d’ajouter sa contribution à l’histoire de son pays. Elle nous renvoie en miroir notre capacité à prendre en main notre destin et à faire évoluer notre propre société. Un très beau moment de partage.

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L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor) de Gregory Carnoli et Hervé Guerrisi

Tu viens d’où ? Question inlassablement répétée, jour après jour, et à laquelle nous ne savons pas quoi répondre. Mes origines, est-ce là où je suis née, est-ce l’endroit où j’habite, est-ce le pays où mes parents ou leurs propres parents sont nés ? Hervé et Grégory, Bruxellois et petits-fils de migrants italiens, tentent de répondre à cette interrogation en faisant appel aussi bien aux témoignages de leurs propres familles qu’aux découvertes scientifiques autour de l’épigénétique. Filiation, identité, migrations, ils s’interrogent et nous interrogent sur notre héritage et notre passé commun. Loin d’un discours moralisateur ou mièvre, ils nous racontent avec pédagogie et humour d’où nous venons. Et finalement nous venions tous du même endroit ? Un spectacle joyeux et qui fait du bien.

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Outwitting the Devil par l’Akram Khan Company
Outwitting the Devil © Christophe Raynaud de Lage

Outwitting the Devil par l’Akram Khan Company

Une plongée hors du temps et au cœur de l’Homme dans la Cour d’honneur du Palais des Papes  
Avec Outwitting the devil, la Akram Khan Company nous donne à voir, à entendre et surtout à ressentir, de façon spectaculaire, l’un des grands mythes indo-européens sur l’origine de l’Homme, sa soif de pouvoir et de conquête, son désir et sa violence, sa volonté de domination de l’autre et de domestication de la nature (à commencer par la nature humaine). Point ici cependant d’intellectualisation verbeuse, puisque ce spectacle de danse est quasiment muet, à l’exception de la scansion d’un poème tiré du texte fondateur de la mythologie mésopotamienne : l’épopée de Gilgamesh. Loin de toute exposition rationnelle, donc, ce spectacle s’adresse à nos sens et à notre inconscient. Le cadre exceptionnel de la Cour d’honneur, les lumières irréelles projetées depuis le haut des murailles, le décor d’une beauté abstraite qui contraste avec le caractère historique du lieu... tout concourt à plonger le spectateur dans une ambiance onirique et dans un état d’extase. Sans oublier bien sûr ces six extraordinaires danseurs dont la performance habitée nous apparaît d’autant plus impressionnante qu’elle est basée sur des techniques et des codes qui ne nous sont pas familiers. La musique hypnotique de Vincenzo Lamagna nous saisit. Le spectateur est happé dès le début et participe pleinement comme témoin à une expérience collective autour de cette éternelle interrogation, plus que jamais d’actualité : quelle est la place de l’homme dans le monde ?

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Les Ritals d’après le roman de François Cavanna

Les Ritals, c’est d’abord une histoire d’amour, l’amour d’un fils pour son papa, telle que nous la raconte un enfant né d’une mère française et d’un père italien émigré en France. Le Rital, avant guerre, c’est l’Arabe d’aujourd’hui. L’histoire de François Cavanna, c’est celle de beaucoup d’entre nous : Italiens, Portugais, Espagnols, Algériens... mais aussi Bretons ou Auvergnat. Avant-guerre ou après-guerre, ou encore entre deux guerres, l’histoire de l’exil, de l’immigration et de la difficile assimilation reste à peu près la même. Ce spectacle magistralement interprété par Bruno Putzulu à partir de son adaptation du roman de Cavanna, n’a cependant rien de tristement nostalgique. Comme Yves Montand (un Rital comme lui), ce comédien sait tout faire : raconter, jouer, mimer, danser, chanter... Mis en scène par Mario Putzulu (encore une histoire de famille) et accompagné à l’accordéon par Grégory Daltin, Bruno Putzulu captive son public de bout en bout. Il nous fait rire souvent. Il nous émeut aux larmes souvent aussi, tant chacun peut se reconnaître dans cette tranche d’humanité qu’il nous livre avec une totale sincérité et une empathie naturelle. Si ce spectacle ne cache rien des déchirements liés à l’immigration et des misères qui l’accompagnent, on en sort un peu réconciliés avec nous-mêmes, avec les autres et avec notre histoire commune. Oui, ce spectacle fait du bien. Et c’est notre plus gros coup de cœur depuis le début de ce festival. Critique de Jean-Pierre Martinez

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