Le cabaret de la crise de Luigi Cerri

Au carrefour de la parodie, du burlesque, du mime et du slam, ce spectacle nous propose une série de sketchs moquant les travers de notre société qui, pour se perpétuer, a besoin de générer sa propre crise. Ces trois jeunes comédiens aux talents multiples et à l’énergie renouvelable nous entraînent dans un show irrésistible où l’humour sert de véhicule à une pensée critique sur notre modèle économique et social. Un spectacle à la fois distrayant et salutaire. À ne pas manquer.

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La dernière bande de Samuel Beckett mise en scène Jacques Osinski avec Denis Lavant

Un homme est assis, seul, à un bureau métallique, sous un plafonnier à la lumière blafarde. Il reste figé là pendant un temps. Un très long temps. Puis il se lève pour chercher dans les tiroirs de sa mémoire les fragments d’une vie enregistrée sur de vieilles bandes magnétiques. Jusqu’à la dernière bande. Celle où il s’enregistrera entre train d’écouter cette même bande. Ce texte de Samuel Beckett nous parle du souvenir. Sommes-nous seulement ce que nous avons été ? La mise en scène de Jacques Osinski, elle, nous parle du temps. Si le temps et donc la vie c’est le mouvement, la mort c’est l’immobilité. « La dernière bande » est un texte très court. Pour en faire un spectacle de près d’une heure et demie, il fallait donc ralentir le temps. Jusqu’à l’arrêter. Pour surseoir à la mort. En avant. En arrière. Pause. Jusqu’à l’arrêt définitif. Le noir final. Stop. Il fallait toute l’autorité d’un Denis Lavant pour faire accepter au public une proposition théâtrale aussi exigeante, même si l’humour absurde de Beckett n’est jamais loin malgré le caractère aride de cette réflexion sur le temps. Cet immense comédien, avec toute la puissance de sa fragilité, ose se présenter seul devant une salle comble pour lui imposer d’entrée son silence. Avant de partager avec le public cette communion silencieuse. Tel un torero dans l’arène, il force le respect en défiant la mort devant nous. Avec nous. Il est à la fois le matador et le taureau. Contre l’agitation et le bavardage qui caractérisent notre époque, ce spectacle nous propose de revenir à l’essence même du théâtre quand il n’est pas un pur divertissement. Et si vous preniez le temps d’aller voir ce spectacle ?

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Et si on ne se mentait plus ? d’Emmanuel Gaury, Mathieu Rannou

Ce spectacle, c’est l’histoire de l’amitié fidèle, mais parfois émaillée de disputes, entre Lucien Guitry, Jules Renard, Tristan Bernard, Alfred Capus et Alphonse Allais. Pour ces cinq personnalités hors normes, le salon où ils se réunissaient régulièrement autour d’un dîner devenait le théâtre de brillantes joutes verbales, mais aussi de débats plutôt vifs qui auraient pu mettre à mal cette belle amitié. Les comédiens parviennent avec brio  à donner corps et âme à ces grands esprits, avec leur verve légendaire, mais aussi leurs menus défauts. Alphonse Allais, l’amateur d’absinthe qui inventa aussi le café instantané. Tristan Bernard, le joueur invétéré également passionné de sports. Alfred Capus, journaliste et dramaturge de talent mais un peu vaniteux, rêvant d’entrer à l’Académie Française. Jules Renard, oscillant comme son théâtre entre ironie et mélancolie. Et enfin Lucien Guitry, le comédien mettant son talent au service de ses amis auteurs. Rien ne manque dans ce spectacle (beaux décors, costumes d’époque, vraies barbes ou moustaches, et surtout bons mots) pour faire revivre devant nous la Belle Époque ! Une comédie très divertissante mais aussi émouvante parfois. À ne pas manquer. Critique de Ruth Martinez

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L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor) de Gregory Carnoli et Hervé Guerrisi

Tu viens d’où ? Question inlassablement répétée, jour après jour, et à laquelle nous ne savons pas quoi répondre. Mes origines, est-ce là où je suis née, est-ce l’endroit où j’habite, est-ce le pays où mes parents ou leurs propres parents sont nés ? Hervé et Grégory, Bruxellois et petits-fils de migrants italiens, tentent de répondre à cette interrogation en faisant appel aussi bien aux témoignages de leurs propres familles qu’aux découvertes scientifiques autour de l’épigénétique. Filiation, identité, migrations, ils s’interrogent et nous interrogent sur notre héritage et notre passé commun. Loin d’un discours moralisateur ou mièvre, ils nous racontent avec pédagogie et humour d’où nous venons. Et finalement nous venions tous du même endroit ? Un spectacle joyeux et qui fait du bien.

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NinaLisa de Thomas Prédour et Isnelle Da Silveira

Nina Simone a marqué plusieurs générations par son talent, son engagement et son courage. Rarement une artiste aura inspiré, après sa mort, tant de créations littéraires, musicales, cinématographiques ou théâtrales. Thomas Prédour et Isnelle Da Silvera ont choisi de raconter la vie de cette chanteuse hors-norme, icône de la lutte pour les droits civiques, à travers sa relation, parfois difficile, avec sa fille Lisa, elle aussi devenue chanteuse. Les chansons se mêlent naturellement au récit, superbement interprétées par Isnelle Da Silvera et Dyna, accompagnées au piano par Charles Loos. Deux voix fabuleuses qui nous racontent, au-delà de leur histoire singulière, celle de l’Amérique de la ségrégation. Un spectacle envoutant.

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Outwitting the Devil par l’Akram Khan Company
Outwitting the Devil © Christophe Raynaud de Lage

Outwitting the Devil par l’Akram Khan Company

Une plongée hors du temps et au cœur de l’Homme dans la Cour d’honneur du Palais des Papes  
Avec Outwitting the devil, la Akram Khan Company nous donne à voir, à entendre et surtout à ressentir, de façon spectaculaire, l’un des grands mythes indo-européens sur l’origine de l’Homme, sa soif de pouvoir et de conquête, son désir et sa violence, sa volonté de domination de l’autre et de domestication de la nature (à commencer par la nature humaine). Point ici cependant d’intellectualisation verbeuse, puisque ce spectacle de danse est quasiment muet, à l’exception de la scansion d’un poème tiré du texte fondateur de la mythologie mésopotamienne : l’épopée de Gilgamesh. Loin de toute exposition rationnelle, donc, ce spectacle s’adresse à nos sens et à notre inconscient. Le cadre exceptionnel de la Cour d’honneur, les lumières irréelles projetées depuis le haut des murailles, le décor d’une beauté abstraite qui contraste avec le caractère historique du lieu... tout concourt à plonger le spectateur dans une ambiance onirique et dans un état d’extase. Sans oublier bien sûr ces six extraordinaires danseurs dont la performance habitée nous apparaît d’autant plus impressionnante qu’elle est basée sur des techniques et des codes qui ne nous sont pas familiers. La musique hypnotique de Vincenzo Lamagna nous saisit. Le spectateur est happé dès le début et participe pleinement comme témoin à une expérience collective autour de cette éternelle interrogation, plus que jamais d’actualité : quelle est la place de l’homme dans le monde ?

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Orphelins de Dennis Kelly par La Cohue

Un jeune homme très perturbé débarque un soir chez sa sœur et son beau-frère avec son tee-shirt couvert d’un sang qui n’est pas le sien. C’est le début d’un huis-clos dramatique au cours duquel ces trois personnages vont se déchirer. La sœur tente d’abord de protéger à tout prix son frère, auquel elle est liée à la vie et surtout à la mort par une enfance tragique. Jusqu’à ce que l’effroyable vérité ne finisse par éclater, telle une bombe à retardement. La soeur, enceinte, finira par choisir la vie. Le théâtre anglais est un théâtre réaliste et social. Cette pièce de Dennis Kelly s’inscrit dans cette tradition. Ce qui donne à ce spectacle une puissance extraordinaire, c’est la mise en scène qui, en dynamitant tous les codes du théâtre pour en souligner le caractère conventionnel, parvient finalement à donner à l’action qui se déroule devant nous une réalité extraordinaire. Installés autour de la scène, les spectateurs assistent à un véritable « happening » : on a l’impression troublante qu’il se passe vraiment quelque chose sous nos yeux, là, maintenant. Et que ce n’est pas que du théâtre. Et si c’était ça, l’essence même de l’art dramatique ? Les comédiens sont bouleversants de justesse. On passe du rire aux larmes, mais l’émotion est toujours présente, et elle finit par nous serrer la gorge. Un grand moment de pur théâtre. À ne manquer sous aucun prétexte.

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Les Ritals d’après le roman de François Cavanna

Les Ritals, c’est d’abord une histoire d’amour, l’amour d’un fils pour son papa, telle que nous la raconte un enfant né d’une mère française et d’un père italien émigré en France. Le Rital, avant guerre, c’est l’Arabe d’aujourd’hui. L’histoire de François Cavanna, c’est celle de beaucoup d’entre nous : Italiens, Portugais, Espagnols, Algériens... mais aussi Bretons ou Auvergnat. Avant-guerre ou après-guerre, ou encore entre deux guerres, l’histoire de l’exil, de l’immigration et de la difficile assimilation reste à peu près la même. Ce spectacle magistralement interprété par Bruno Putzulu à partir de son adaptation du roman de Cavanna, n’a cependant rien de tristement nostalgique. Comme Yves Montand (un Rital comme lui), ce comédien sait tout faire : raconter, jouer, mimer, danser, chanter... Mis en scène par Mario Putzulu (encore une histoire de famille) et accompagné à l’accordéon par Grégory Daltin, Bruno Putzulu captive son public de bout en bout. Il nous fait rire souvent. Il nous émeut aux larmes souvent aussi, tant chacun peut se reconnaître dans cette tranche d’humanité qu’il nous livre avec une totale sincérité et une empathie naturelle. Si ce spectacle ne cache rien des déchirements liés à l’immigration et des misères qui l’accompagnent, on en sort un peu réconciliés avec nous-mêmes, avec les autres et avec notre histoire commune. Oui, ce spectacle fait du bien. Et c’est notre plus gros coup de cœur depuis le début de ce festival. Critique de Jean-Pierre Martinez

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L’Amant de Harold Pinter par la Compagnie Oléa

Cette splendide mise en scène de L’Amant souligne la dimension absurde de la pièce de Pinter, et sa filiation avec le théâtre de Ionesco. Les comédiens interprètent à la perfection ces personnages un peu mécaniques, pauvres marionnettes perdues dans un monde de conventions dans lequel ils se débattent pour essayer d’exister en réinventant le désir. On est au cœur de qui fait l’essence même du théâtre en tant que critique sociale. Et c’est un de nos coups de cœur pour ce OFF 2019.

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Music-hall de Jean-Luc Lagarce par la Compagnie Arène Théâtre

Une artiste de music-hall, accompagnée de ses deux acolytes, nous raconte sa lente et cruelle déchéance : des glorieuses tournées internationales de sa jeunesse aux quelques engagements dans les campagnes les plus sordides de France, devant un public de plus en plus hostile, sans aucune garantie de rémunération. La vérité sans fard apparaît cruelle et pathétique.  Le metteur en scène Eric Sanjou, qui est aussi un des « boys »,  choisit d’ancrer la pièce dans l’univers poétique et politique du New Burlesque, et construit sous nos yeux cet imaginaire grâce au maquillage, aux costumes et aux lumières. Les trois comédiens, Céline Pique, Christophe Champlain et Eric Sanjou sont touchants de fragilité, jamais ridicules. Le texte de Jean-Luc Lagarce, poétique et parfois absurde, est un très bel hommage aux comédiens et dès la première scène, on songe au fantastique miroir que représente ce spectacle, dans l’univers foisonnant du OFF Avignon : un spectacle que l’on apprécie dans des conditions confortables à l’Espace Alya mais qui évoque les conditions précaires dans lesquelles jouent de très nombreux comédiens à Avignon et qui malgré tout, jour après jour, jouent avec l’énergie du désespoir, pour que le spectacle continue. Music-Hall est un spectacle complet, à ne pas manquer.

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