After the end de Dennis Kelly mise en scène d’Antonin Chalon

Dennis Kelly sait saisir les angoisses de notre époque : violence, racisme, attentat terroriste, risque d’apocalypse nucléaire… Ces  psychoses servent de toile de fond à un huis-clos angoissant entre un jeune homme asocial, amateur de jeux de rôles et une jeune fille, qu’il a sauvé.  Mais quelle est la réalité, où est la vérité ? La mise en scène d’Antonin Chalon, et notamment le travail sur les lumières, nous plonge au cœur de ce drame, où les jeux de domination s’exercent tour à tour et où la violence psychologique laisse peu à peu la place à la violence physique. Un texte fort servi par deux jeunes comédiens qui donnent humanité et fragilité à ces deux personnages très contemporains.

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Orphelins de Dennis Kelly par La Cohue

Un jeune homme très perturbé débarque un soir chez sa sœur et son beau-frère avec son tee-shirt couvert d’un sang qui n’est pas le sien. C’est le début d’un huis-clos dramatique au cours duquel ces trois personnages vont se déchirer. La sœur tente d’abord de protéger à tout prix son frère, auquel elle est liée à la vie et surtout à la mort par une enfance tragique. Jusqu’à ce que l’effroyable vérité ne finisse par éclater, telle une bombe à retardement. La soeur, enceinte, finira par choisir la vie. Le théâtre anglais est un théâtre réaliste et social. Cette pièce de Dennis Kelly s’inscrit dans cette tradition. Ce qui donne à ce spectacle une puissance extraordinaire, c’est la mise en scène qui, en dynamitant tous les codes du théâtre pour en souligner le caractère conventionnel, parvient finalement à donner à l’action qui se déroule devant nous une réalité extraordinaire. Installés autour de la scène, les spectateurs assistent à un véritable « happening » : on a l’impression troublante qu’il se passe vraiment quelque chose sous nos yeux, là, maintenant. Et que ce n’est pas que du théâtre. Et si c’était ça, l’essence même de l’art dramatique ? Les comédiens sont bouleversants de justesse. On passe du rire aux larmes, mais l’émotion est toujours présente, et elle finit par nous serrer la gorge. Un grand moment de pur théâtre. À ne manquer sous aucun prétexte.

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Fin de service d’Yves Garnier par la Compagnie Cavalcade

Décor délicieusement désuet, lumière tamisée et atmosphère surannée pour ce huis-clos façon « Boulevard du crépuscule », en forme de confrontation entre deux êtres peinant à exister entre un glorieux passé plus ou moins imaginaire, un présent tout aussi fantasmatique, et un avenir très incertain. Les dialogues sont savoureux et les deux comédiens interprètent à la perfection ces personnages en quête d’une existence, par la parole elle-même, entre la triste réalité qui tue le désir et la vanité des passions illusoires. Un beau moment de théâtre.

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Les Ritals d’après le roman de François Cavanna

Les Ritals, c’est d’abord une histoire d’amour, l’amour d’un fils pour son papa, telle que nous la raconte un enfant né d’une mère française et d’un père italien émigré en France. Le Rital, avant guerre, c’est l’Arabe d’aujourd’hui. L’histoire de François Cavanna, c’est celle de beaucoup d’entre nous : Italiens, Portugais, Espagnols, Algériens... mais aussi Bretons ou Auvergnat. Avant-guerre ou après-guerre, ou encore entre deux guerres, l’histoire de l’exil, de l’immigration et de la difficile assimilation reste à peu près la même. Ce spectacle magistralement interprété par Bruno Putzulu à partir de son adaptation du roman de Cavanna, n’a cependant rien de tristement nostalgique. Comme Yves Montand (un Rital comme lui), ce comédien sait tout faire : raconter, jouer, mimer, danser, chanter... Mis en scène par Mario Putzulu (encore une histoire de famille) et accompagné à l’accordéon par Grégory Daltin, Bruno Putzulu captive son public de bout en bout. Il nous fait rire souvent. Il nous émeut aux larmes souvent aussi, tant chacun peut se reconnaître dans cette tranche d’humanité qu’il nous livre avec une totale sincérité et une empathie naturelle. Si ce spectacle ne cache rien des déchirements liés à l’immigration et des misères qui l’accompagnent, on en sort un peu réconciliés avec nous-mêmes, avec les autres et avec notre histoire commune. Oui, ce spectacle fait du bien. Et c’est notre plus gros coup de cœur depuis le début de ce festival. Critique de Jean-Pierre Martinez

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Les Romanesques d’Edmond Rostand mis en scène par Marion Bierry

*** Libre Théâtre vous recommande ce spectacle Si les amours tièdes et les mariages de raison peuvent se satisfaire de la compatibilité des humeurs, il n’existe pas de grande passion sans obstacles majeurs. Tel un « rideau de fer », un mur sépare les jardins de deux notables qui apparemment se détestent, Bergamin et Pasquinot. Leur attirance réciproque étant attisée par l’impossibilité de leur union, Percinet et Sylvette, tels Romeo et Juliette, se voient en cachette pour se jurer un amour sans bornes. Rostand, qui sait nous émouvoir aux larmes avec Cyrano, nous livre avec Les Romanesques une pure parodie de la comédie classique et du drame romantique. Cette pièce nous étonne par sa facture très moderne, liée à l’ironie du ton et du propos. À l’inverse des comédies de Molière, ce sont les parents qui manipulent leurs enfants, un peu benêts, afin de parvenir au mariage souhaité. Et à l’inverse du drame romantique, ce sont les avantages de l’amour bourgeois qui sont vantés contre la dangerosité et l’inconfort des passions destructrices. Rostand est, on le sait, un génie de la versification. Sa virtuosité est ici au service du rire. Associant dans un même alexandrin le trivial et le sublime, Rostand cultive les rimes les plus improbables, et donc les plus drôles. Marion Bierry, qui signe la mise en scène, s’est emparée avec malice de cette joyeuse farce, œuvre précoce de Rostand rarement présentée, qui rend un bel hommage au théâtre en se moquant de ses codes.  Un spectacle réjouissant à ne pas manquer, servi par quatre comédiens remarquables, également musiciens et chanteurs.

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Le Dindon de Feydeau par la Compagnie Viva

Chez Feydeau, l’adultère est un sport de combat. On ne se risquera pas à résumer l’intrigue de cette comédie de boulevard menée tambour battant par les comédiens survoltés de la Compagnie Viva. Telle une marche militaire, une comédie de Feydeau ne peut tenir le public en haleine que lorsqu’elle est parfaitement exécutée par des virtuoses. C’est bien le cas avec ce Dindon, qui semble avoir mangé du lion. Loin de l’atmosphère surannée de « Au théâtre ce soir », le spectacle qui nous est offert tient plutôt du show de Broadway. On sort presqu’aussi épuisés que les comédiens de ce vaudeville conduit au rythme d’un match de boxe, et dans lequel même les petites anglaises aiment la castagne. Épuisés, mais ravis. Un spectacle tout public, à voir absolument.

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Deux euros vingt de Marc Fayet

D’où vient l’argent ? Comment circule-t-il ? Où va-t-il ? Et finalement à qui appartient-il ? Cette comédie pas si légère qu’il n’y paraît est conduite comme une « expérience ». Celui qui en tire les ficelles introduit quelques grains de sable en forme de menue monnaie dans la belle mécanique des relations très convenues qui régissent les relations d’amitié, afin de voir si le mécanisme va se gripper, ou même si le moteur va exploser. Une « pièce » menée un peu comme une démonstration un peu cruelle, qui nous parle d’une certaine arithmétique absurde de l’argent et de l’amitié. Au final une comédie de situation bien ficelée, pour les amateurs du genre. 

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L’Amant de Harold Pinter par la Compagnie Oléa

Cette splendide mise en scène de L’Amant souligne la dimension absurde de la pièce de Pinter, et sa filiation avec le théâtre de Ionesco. Les comédiens interprètent à la perfection ces personnages un peu mécaniques, pauvres marionnettes perdues dans un monde de conventions dans lequel ils se débattent pour essayer d’exister en réinventant le désir. On est au cœur de qui fait l’essence même du théâtre en tant que critique sociale. Et c’est un de nos coups de cœur pour ce OFF 2019.

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Issue de secours de Hadrien Berthaut, Benjamin Isel

Le commandant de bord (Benjamin Isel) et son copilote (Hadrien Berthaut) vous embarquent dans un voyage délirant jusqu’au bout de l’absurde. Beaucoup de créativité pour ce duo comique maîtrisant à la perfection toutes les ficelles de l’humour verbal et gestuel. Le spectacle est porté par l’énergie, la complicité et la générosité de deux comédiens extrêmement sympathiques, qui nous offrent un divertissement évitant les facilités et sans aucune vulgarité. On ne s’ennuie pas une seule seconde, et on rit de bout en bout. À voir absolument, seul, en couple ou en famille, pour passer un moment très agréable en compagnie de cet irrésistible tandem d’humoristes.

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Fool for love de Sam Shepard par la Compagnie du Vingt-Trois

En un huis-clos orageux, un homme et une femme n’en finissent plus de se séparer, enchaînés qu’ils sont l’un à l’autre par un amour dont la fin nous dira pourquoi il est impossible. Cette pièce singulière décline l’un des thèmes récurrents de la dramaturgie américaine : la culpabilité fantasmatique empêchant tout amour charnel. Le péché originel qui interdit le bonheur ici-bas. Pour perpétrer l’espèce, les enfants d’Adam et Ève n’ont-ils pas forcément commis l’inceste ? Tout le monde connaît le film de Robert Altman, adapté de cette pièce de Sam Shepard. La version scénique étant moins connue, et la pièce étant donnée en version originale surtitrée en français, ce sont les personnages de ce film mythique qu’on a l’impression de voir surgir sur le plateau, après avoir crevé l’écran. D’autant que ces cowboys et cette cowgirl s’expriment avec un accent du Far West plus vrai que nature. Merci à ces comédiens d’exception, parfaitement francophones par ailleurs, de nous offrir le privilège de découvrir cette œuvre dans sa langue originale, ce qui lui donne une saveur toute particulière. À voir absolument. Critique de Jean-Pierre Martinez

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