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Biographie de Jules Renard

24 février 2017
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Biographie de Jules Renard

Jules Renard, de son véritable nom Pierre-Jules Renard, est né le 22 février 1864, à Châlons-du-Maine (Mayenne). Il a une sœur, Amélie et un frère, Maurice de deux ans son aîné. Lorsqu’il a deux ans, la famille retourne dans le pays de son père, à Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. Son père, entrepreneur de travaux publics, est républicain, franc-maçon et anticlérical. Il devient maire de Chitry. Sa mère est une catholique dévote qui ne supporte plus ni son mari, ni le jeune  Jules, un enfant non désiré. Le roman Poil de Carotte est très largement autobiographique et décrit cette enfance difficile, sans amour.

Jules est pensionnaire à Nevers. Il est reçu bachelier ès lettres en 1883 après des études au lycée Charlemagne à Paris. Il prépare le concours de l’École normale supérieure, mais renonce rapidement. Il écrit, lit énormément, fréquente les cafés littéraires et les théâtres. Il rencontre Danièle Davyle pensionnaire de la Comédie-Française qui lui inspirera le personnage de Blanche dans Le Plaisir de rompre. Il fréquente alors assidument le théâtre. Il commence à écrire pour quelques revues. Le 28 avril 1888, il épouse Marie Morneau, âgée de 17 ans qui apporte une belle dot. Le couple s’installe 44 rue du Rocher à Paris.

Jules Renard participe à la fondation du Mercure de France en 1889 : il est à la fois critique théâtral, rédacteur en chef et administrateur. Il publie en 1890, Sourires pincés, recueil de ses textes parus dans le Mercure de France. Jules Renard fréquente Alphonse Allais, Edmond Rostand, Courteline, Huysmans, Marcel Schwob, Alphonse Daudet, les Goncourt, Tristan Bernard, Lucien Guitry et Sarah Bernhardt. Le succès arrive avec L’Écornifleur, publié en 1892, qui raconte l’histoire d’un littérateur parasite. Jules Renard commence à publier des textes dans le Figaro, l’Écho de Paris, Gil Blas. En 1893, il publie Coquecigrues et La lanterne sourde et achève l’écriture de sa première pièce, La Demande, qui sera montée en 1895. En 1894, il entre à la Société des gens de lettres et publie Poil de Carotte, qui obtient immédiatement un grand succès.

À partir de 1895, Jules Renard passe plusieurs mois par an à Chaumot, proche de Chitry-les-Mines.  Entre le 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896,  Jules Renard fait paraître les scènes de La Maîtresse, illustrées par Valloton dans la revue Le Rire. 1896 est marquée par la parution des Histoires naturelles et de La Demande.
Sa pièce Le Plaisir de rompre est créée aux Bouffes-Parisiens en 1997. La même année son père, malade depuis quelque temps et se sachant incurable, se suicide d’un coup de fusil de chasse en plein cœur.
Jules Renard commence la rédaction de son Journal en 1897, qui sera publié de façon posthume, de 1925 à 1927.

En 1898, Jules Renard prend position en faveur du Capitaine Dreyfus. La même année, Jules Renard connaît un nouveau succès au théâtre avec Le Pain de ménage, pièce dans laquelle joue Lucien Guitry. L’année suivante, Jules Renard rédige l’adaptation théâtrale de Poil de Carotte, qui connaît un véritable triomphe au Théâtre-Antoine.

En 1900, Jules Renard reçoit la Légion d’honneur et devient conseiller municipal de Chaumot. Entre 1901 et 1903, il rédige de nombreux articles politiques, anticléricaux et républicains, pour le journal L’Écho de Clamecy. Succédant à son père, il devient maire de Chitry en 1904 ; il restera maire jusqu’à sa mort en 1910. Élu sur une liste républicaine, il s’engage dans la lutte contre l’ignorance.

En 1901, la pièce Le Plaisir de rompre est représentée à la Comédie-Française. Jules Renard travaille à l’adaptation de l’Écornifleur au théâtre : Monsieur Vernet.  La pièce sera représentée  sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903.

Jules Renard est élu membre de l’académie Goncourt le 31 octobre 1907, au fauteuil de Huysmans grâce à Octave Mirbeau, qui a dû menacer de démissionner pour assurer son succès.

Sa mère, ayant perdu la raison, décède en 1909 en tombant dans le puits de la maison familiale. La même année, la pièce La Bigote est créée à l’Odéon.

Le 22 mai 1910 Renard meurt à Paris. Il est enterré civilement le 24 mai à Chitry-les-Mines.
Il est enterré civilement le 27 mai 1910 à Chitry-les-Mines dans le tombeau en forme de livre ouvert qu’il a fait construire après la mort de son frère en 1900.

Certaines pièces sont crées à la Comédie-française après sa disparition :
1912 : Poil de Carotte
1927 : Le pain de ménage
1933 : Monsieur Vernet.

Lien vers le Théâtre de Jules Renard sur Libre Théâtre

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k273598k/f1.item

Jules Renard par Sacha Guitry. Extrait du Figaro Littéraire du 1août 1925. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8432962q/f17.item

Jules Renard. Nos contemporains chez eux / Dornac. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k442299f/f1.item

Les Hommes du jour / dessins de A. Delannoy ; texte de Flax. 3 avril 1909. Source : BnF/Gallica


Portrait de Jules Renard par Paul Acker

Paul Acker,  Petites confessions (visites et portraits). première série.  Editions A. Fontemoing, 1905 (Paris) . Source : Gallica

Un crâne pointu, aux cheveux jaunes et clairs, une tête ronde et grosse, deux oreilles écartées, un front large et haut, des yeux gris au regard aigu et froid ; près de la fenêtre, le veston ouvert sur un gilet de tricot, penché sur une table, M. Jules Renard lisait. Derrière lui, des livres ; à côté de lui, des livres, partout des livres, jaunes, blancs, verts, rouges, reliés, brochés, alignés, entassés, solitaires. Une lumière éblouissante baignait le cabinet de travail, et comme un parfum de silence flottait dans l’air. Un instant, je contemplai, piqués au mur par une épingle, les portraits d’Eugénie Nau et de Gertrude Eliott, dans le rôle de Poil-de-Carotte. M. Jules Renard leva la tête, me serra les doigts, et, du coupe-papier qu’il tenait à la main, désigna un fauteuil.
Il y a cinq ans, j’étais arrivé ainsi, un matin, chez l’auteur des Histoires naturelles. Je ne le connaissais pas, je l’aimais seulement, et, à peine échappé des bancs de l’Université, riche de puériles et littéraires ambitions, je lui avais rendu visite pour le voir, lui parler, et peut-être conquérir sa sympathie. Avec quelle émotion je l’avais écouté ! Maintenant, de nouveau, à la veille de la première représentation de Monsieur Vernet au Théâtre-Antoine, je venais le trouver, le cœur rempli toujours de la même admiration. Rien n’avait changé, ni le décor, ni lui-même : il n’y avait à sa boutonnière qu’un étroit ruban écarlate de plus. Il me sembla que, soudain, j’avais rajeuni, et, d’avoir éprouvé une si originale sensation, des mots reconnaissants montèrent à mes lèvres. Hélas ! ils ne parvinrent pas à s’échapper ! Je m’aperçus soudain que je ne savais presque rien de la vie d’un écrivain que je chérissais, et ce furent d’autres phrases que je prononçai, tout rougissant de mon ignorance. M. Jules Renard les entendit en souriant, il les attendait, il les salua au passage, et sans bouger, lentement, éveillant de lointains souvenirs, il leur répondit :
— Comme tout le monde, j’ai préparé l’École normale, mais j’ai rencontré au lycée Charlemagne, où j’étais, un professeur ridicule et fameux en ce temps-là — on le nommait La Coulonghe. — Ah ! il m’a trop ennuyé, j’ai renoncé à l’École. À cette époque, j’écrivais des vers sans cesse, des vers partout, des vers toujours. Je n’avais pas d’emploi, j’en cherchai un, je subis un examen pour entrer à la Compagnie de l’Est, je fus reçu, mais jamais placé… Voyons, voyons, c’est si loin, tout ça, je ne me rappelle plus très bien… Je présente à La Revue indépendante un article, et Félix Fenéon, qui la dirige, me le refuse sans barguigner. J’en présente encore avec le même succès à La Vogue. Je deviens membre d’un cercle de poètes, les « Zutistes », qu’avait fondé Charles Croze, et là on me sacre grand homme. Déjà ! et je n’avais pas le sou, je donnais des leçons, quelques jours même je fus employé dans une maison où l’on vendait du charbon, mais le patron me congédia en me prédisant d’autres destinées, prédiction qui, en attendant qu’elle se réalisât, me mit sur le pavé. Je récitais aussi des vers dans le sous-sol d’un café de la place Saint-Michel, c’était Goudeau qui présidait… La première fois que je montai sur l’estrade, on me hua… J’avais récité, sans m’en douter, des vers qui, parait-il, étaient inconvenants. Enfin, tout s’arrange, je me marie, je fonde avec Valette Le Mercure de France… Un matin, Marcel Schwob frappe à ma porte, j’étais au lit, je me lève, il me demande un conte pour le supplément de L’Echo de Paris, et je me vois encore, en chemise, fouillant en vain les tiroirs, puis obligé de promettre que j’écrirais une nouvelle tout de suite ; voilà comment j’entrai dans la presse.
Souple et nonchalant, un chat blanc, la queue en l’air, glissa par la porte de la chambre entr’ouverte, avança de quelques pas, leva son nez rose vers mes doigts qui se tendaient pour une caresse, puis, dédaigneux, se détourna et regagna l’asile un instant abandonné. Est-ce une comparaison trop familière ? Il me parut, par une de ces bizarres associations d’idées qui naissent en nous, on ne sait ni pourquoi ni comment, que M. Jules Renard, après avoir ainsi désiré et goûté le charme de la notoriété parisienne, en était revenu à souhaiter les éloges des compagnons de ses premières années. Tout jeune, je n’avais voulu voir en lui que l’homme de lettres, ignorant le peintre amoureux de la nature, que ravissaient les campagnes blondes, les bois verts et les paysans simples. Comment avais-je pu séparer du Parisien ironiste et âpre le Nivernais ému et attendri ? Comme s’il devinait mes pensées, il murmura :
— Je suis né en Mayenne, par hasard, mais je n’ai qu’un pays, Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. C’est là que mon père demeurait, et c’est là qu’il mourut. Ce petit coin de terre contient toute ma vie…
Ah ! comme les yeux froids de M. Jules Renard s’adoucissaient subitement ! Ils ne regardaient plus ce qui les entourait, ils regardaient par delà les murs, très loin, très loin, la maison à un étage, avec la cour, la cage aux lapins, la barrière fermée sur le chemin, tout ce décor rustique où Poil-de-Carotte vécut son enfance douloureuse et que nous vîmes reproduit avec une si étonnante exactitude sur la scène de M. Antoine… Peut-être, comme au temps jadis, apercevait-il la terrible Mme Lepic, sa mère, penchée à la fenêtre, M. Lepic, son père, poussant la porte pour sortir, le grand frère Félix prêt à le battre. Tout l’émouvant tableau des années lointaines de ce gamin amer et philosophe, qui furent les siennes, se déroulait devant lui.
— Oui, comme tous les enfants, soupira M. Renard, un beau jour j’ai eu envie de me pendre… C’est bien mon enfance que j’ai racontée… Mme Lepic vit encore, Étiennette aussi. Félix est mort.
Un sourire indulgent et charmant flotta sur ses lèvres : aujourd’hui, il n’attachait plus grande importance à ce suicide manqué, c’était un souvenir qui l’amusait, d’autres soucis occupaient son cœur et son esprit.
— Je ne connais que ce petit coin de terre, car je ne voyage jamais. Comme ma mère habite toujours Chitry, j’ai loué une maisonnette à Chaumot, tout près, j’en suis conseiller municipal, et non seulement j’y vais aux vacances, mais aussi souvent dans l’année pour les réunions du conseil. J’écris des articles dans L’Écho de Clamecy, où je traite des questions morales et pédagogiques ; je suis délégué cantonal, je fais des conférences populaires, où je parle de Hugo, de Michelet, de Molière…
Un instant, la voix se tut, puis M. Renard ajouta :
— Eh bien ! je suis vingt fois moins connu chez moi qu’à Paris. Les gens ne peuvent pas admettre qu’un homme qu’ils ont vu enfant ait acquis, loin d’eux, une certaine célébrité. Je n’ai aucune influence comme conseiller. D’ailleurs, j’ai une détestable réputation : je suis « le socialiste et le païen ». Quand je fais une conférence, on écoute très attentivement, puis on s’en retourne avec défiance :
« Qu’est-ce qu’il veut ? pense-t-on. Qu’est-ce qu’il va nous demander ? » Et quand on voit que je ne veux rien, que je ne demande rien, on est alors tout à fait troublé, on est sûr que je médite quelque mauvais coup. Et puis, la Nièvre a ses grands hommes, qui ne la quittent pas, qui vivent toujours à l’ombre de ses bois, au bord de sa rivière… Ceux-là, personne ne les ignore. Vous pouvez citer le nom de Claude Tiller, de Milien, de Courmont et de plusieurs autres Nivernais, chacun a lu leurs proses ou leurs vers. La revue qui paraît à Nevers ne laisse dans l’oubli aucune de ses gloires locales, mais elle ne m’a jamais consacré un article. Tenez ! Poil-de-Carotte avait beaucoup accru ma réputation ; du moins naïvement je l’imaginais. Quand on le joua à Nevers, l’imprésario annonça que l’auteur était un enfant de la contrée et qu’il parlerait lui-même de sa pièce avant la représentation. Eh bien ! il n’y eut pas un chat, ce fut la soirée la plus désastreuse de la tournée.
M. Renard pencha la tête un peu. Il jouait toujours avec son coupe-papier, machinalement, et machinalement aussi les mots quittaient ses lèvres, sans se presser, sans s’ordonner, sans se grouper en un beau paragraphe solide et nerveux, pareils simplement à des gouttes paresseuses qui tombent une à une d’un robinet entr’ouvert. Je crus démêler des regrets, des illusions perdues, des rêves trop pleurés, mais, une fois encore, je me trompais.
— Non, non, ne croyez point que j’en veuille à mes compatriotes. Ils ne savent pas, ils ne pensent pas, ils vivent sans se soucier de rien. Quand je retournai à Chaumot, après ma décoration, je me figurais avec ingénuité que mes collègues du conseil me féliciteraient, et j’avais déjà tout arrangé pour les traiter au restaurant de la petite ville. Ah bien oui ! pas un ne m’en a parlé ; non pas qu’ils fussent jaloux, mais ils étaient impuissants à exprimer leur stupeur devant ce phénomène : un homme jeune décoré ! Ils sont si simples, qu’ils m’échappent. L’an dernier, je fis nommer Philippe, mon jardinier, adjoint au maire : quatre jours après, sa femme l’ignorait encore, il ne lui avait rien dit. Pourquoi s’intéresseraient-ils à moi, alors qu’ils s’intéressent si peu à eux-mêmes ? Et, d’ailleurs, c’est ce qui me passionne, cette lutte continuelle et silencieuse avec ces natures frustes et primitives ; je leur devrai encore, je le sens, tout ce que j’écrirai.
— Alors, la pièce qu’on va jouer, Monsieur Vernet…
Je n’eus pas le temps d’achever. D’un geste vif, M. Renard m’interrompait :
— Non, celle-là ne doit rien aux Nivernais. J’imagine, dans un milieu bourgeois, un poète ; l’entrée de ce poète dans ce milieu et son départ, voilà toute ma pièce. On a dit que c’était le sujet de mon roman : L’Écornifleur, porté sur le théâtre ; c’est une erreur.
Des minutes s’écoulèrent, le silence régna, puis douze coups retentirent. Si bien que je fusse dans mon fauteuil, tout près d’un maître cher, je ne pouvais trop retarder l’heure de son déjeuner. Je me levai, M. Renard aussi, je marchai sur la queue du chat qui revenait et s’enfuit, et je trébuchai quelques pas. Paternel, M. Renard ouvrit la porte :
— On me reprochait, dit-il, de ne pouvoir écrire une pièce en cinq actes. Voilà maintenant que j’ai écrit trois pièces d’un acte, et une autre de deux. N’est-ce pas la même chose ?…

À propos de Jules Renard : 

Blog amoureux de Jules Renard
Blog Pour Jules Renard
Emission Concordance des Temps, France Culture, 27/02/2016 

 

 

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Biographie de Henry Becque

9 février 2017
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Biographie de Henry Becque

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53123929d/f1.item

Becque. Tirage de démonstration de l’ Atelier Nadar. Source : BnF/Gallica

Henry Becque est né le 18 avril 1837 à Paris dans une famille modeste. Son oncle Michel Lubize, dramaturge, dirige le Théâtre du Vaudeville à partir de 1844. A la fin de ses études au lycée Bonaparte (devenu lycée Condorcet), le père d’Henry Becque lui trouve un emploi dans un bureau du Chemin de fer du Nord. Il quitte rapidement ce poste et travaille dans différentes administrations. Il va beaucoup au théâtre grâce à son oncle et fréquente les gens de lettres. Il rencontre le comte Potocki dont il devient le secrétaire. Grâce aux relations du comte, Henry Becque rédige le livret d’un opéra Sardanapale.

Il écrit ensuite L’Enfant Prodigue, un vaudeville, accueilli fraîchement. En 1870, il fait jouer Michel Pauper en payant la salle et les comédiens. La guerre met un terme au projet. En novembre 1871, il fait représenter au Théâtre du Vaudeville une comédie de caractère L’Enlèvement. C’est un nouvel échec. Henry Becque est obligé de chercher un nouvel emploi et travaille à la Bourse. En parallèle, il participe activement aux réunions de la Sociétés des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, et rédige des chroniques et des critiques dramatiques à partir de 1876 dans le journal Le Peuple.

Il écrit à cette période Les Corbeaux. Il tente de les faire représenter sans succès. Entre-temps, il écrit la Navette et Les Honnêtes Femmes. La pièce Les Corbeaux est représentée cinq ans après à la Comédie-Française le 14 septembre 1882. Becque traverse ensuite une période difficile avec le décès de ses deux parents. Il a des problèmes d’argent et est contraint de déménager dans une modeste chambre d’hôtel dans laquelle il termine La Parisienne. La pièce est représentée au Théâtre de la Renaissance le 7 février 1885 et rencontre un certain succès : Henry Becque est enfin reconnu comme un dramaturge majeur. Becque écrit à partir de 1886 dans La Revue illustrée et donne des conférences. Il est décoré le 28 décembre 1886 de la Légion d’honneur. Le 11 novembre 1890, la pièce La Parisienne est représentée à la Comédie-Française mais reçoit un accueil désastreux. Sarcey écrit un article assassin qui alimentera une longue polémique avec Becque.

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/estampes/henry-becque

Henry Becque par Rodin. Gravure à la pointe sèche. 1885. Source : Musée Rodin

En 1893, Becque est invité par l’écrivain italien Sabatino Lopez à faire une tournée de conférences et de représentations en Italie. L’année suivante, il intervient en Belgique mais également au Théâtre de l’Odéon. En 1895, il publie les Souvenirs d’un auteur dramatique (disponible sur Gallica). Il publie en 1897 quatre courtes pièces : L’Exécution, Le Départ, Veuve ! et Le Domino à quatre. Il commence une nouvelle pièce Les Polichinelles qu’il ne terminera pas. André Antoine, le fondateur du Théâtre-Libre, et Octave Mirbeau rendent régulièrement visite à Henry Becque pendant cette période.

Il décède le 12 mai 1899 dans une extrême pauvreté, qui ne permet pas de payer ses obsèques. La SACD lance une souscription pour assurer à Henry Becque une concession à perpétuité au cimetière du Père-Lachaise.

Sources  : 
Eric Allen Dawson, Henry Becque, sa vie et son théâtre, 1923 sur archive.org
André Antoine, Mes souvenirs du Théâtre-Libre, 1921 sur archive.org
Articles sur les 100 ans de la naissance de Becque dans Le Journal du 17/04/137, sur Gallica

 

Lien vers l’article de Libre Théâtre sur Le Théâtre de Henry Becque.

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Biographie d’Alfred de Musset à travers ses pièces de théâtre

21 janvier 2017
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Biographie d’Alfred de Musset à travers ses pièces de théâtre

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69132564/f1.item

Portrait de Paul et Alfred de Musset peint par Dufaut en 1815. Photographie de presse/ [Agence Rol]. Source: BnF/Gallica

Né le 11 décembre 1810 à Paris, Alfred de Musset grandit dans une famille littéraire : son grand-père maternel était poète, son père était l’éditeur scientifique de Rousseau, et son parrain, écrivain. Il est proche de son frère Paul-Edmé, de six ans son aîné, et de sa jeune sœur Charlotte-Amélie-Hermine. Il poursuit une scolarité brillante au collège Henri IV. Grâce à son ami Paul Foucher, le beau-frère de Victor Hugo, Musset est introduit au Cénacle, auprès des romantiques et dans le cercle littéraire de Charles Nodier à la Bibliothèque de l’Arsenal.  Il exprime alors sa vocation littéraire : «je voudrais être Schiller ou Shakespeare». Jeune homme très séduisant, il devient un dandy et fréquente les nuits parisiennes. À 19 ans, il publie un recueil de poésies les Contes d’Espagne et d’Italie, qui rencontre un vif succès.

En décembre 1830, sa première pièce La Nuit vénitienne est mise en scène à l’Odéon. C’est un échec cuisant. À la mort de son père, emporté par l’épidémie de choléra de 1832, l’écriture devient pour Alfred de Musset un moyen de gagner sa vie.  Il choisit de publier des pièces de « théâtre à lire », indépendamment de toute volonté de représentation, lui permettant ainsi de s’affranchir des conventions de la scène. Elles sont d’abord publiées dans la Revue des deux Mondes et sont ensuite regroupées sous le titre : Un spectacle dans un fauteuil. La première livraison de décembre 1832 comporte un drame romantique noir, La Coupe et les Lèvres, une comédie tendre et sentimentale, À quoi rêvent les jeunes filles et un conte oriental Namouna.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10508895s/f1

Les Soirées du Louvre. Musset par le dessinateur E. Giraud. Source : BnF/Gallica

 Il intègre en 1833 la Revue des deux mondes de Buloz où il rencontre George Sand. Une passion violente nait. En 1833, il publie André del Sarto et Les Caprices de Marianne, puis Lorenzaccio (la pièce ne sera représentée qu’en 1896). En 1834, il édite On ne badine pas avec l’amour, Fantasio, et une nouvelle version de Lorenzaccio. En 1835, il écrit pour le théâtre Barberine et Le Chandelier ; en 1836, Il ne faut jurer de rien.

Dans les deux années qui suivent, il écrit des nouvelles et une nouvelle pièce, Un Caprice, qui rencontre un vif succès en 1847 à la Comédie-Française. Cela  l’incite à écrire de nouveau pour le théâtre :  Louison (1849), Carmosine (1850), Bettine (1851). 

 Alors que sa santé est déjà sérieusement dégradée par la dépression et l’alcool, il reçoit la Légion d’honneur en 1845, est élu à l’Académie française en 1852, puis nommé bibliothécaire du ministère de l’Instruction publique le 18 mars 1853. Il meurt à Paris le 2 mai 1857, à l’âge de 46 ans.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8540231n

Caricature, tête de profil par Nadar. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10524909g/f1

Lithographie par Gavarni. 1854. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10538534n

Musset par Nadar. 1854. Source : BnF/Gallica

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Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre

6 octobre 2016
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Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre

La jeunesse

Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802. La première mention d’une expérience théâtrale se trouve relatée dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Source Gallica)
Le jeune Hugo et son frère se promènent dans le Jardin du Luxembourg et assistent à la parade des marionnettes, Bobino et Jocrisse :

« Il n’y eut de nouveau dans leur printemps et dans leur été que Bobino. Ils s’éprirent de sa parade ; des volées furieuses qu’il administrait à son Jocrisse et des hurlements risibles de celui-ci. Tout cela n’était que pour attirer un public aux marionnettes de l’intérieur. La parade finie, les enfants «prrrenaient leurs billets» et pour quatre sous voyaient gesticuler, rire et pleurer des marionnettes si grandioses qu’elles avaient mérité à la baraque le titre majestueux de Théâtre des Automates. Ces belles représentations inspirèrent aux deux frères l’idée d’avoir un théâtre à eux ; ils en achetèrent un magnifique, en carton avec des filets d’or, et une troupe complète de petits comédiens en bois. Chacun dut faire sa pièce, et le futur auteur de Ruy Blas débuta dans l’art dramatique par un Palais enchanté dont les répétitions allèrent grand train, mais dont la représentation fut empêchée par un incident sérieux. »

À dix ans, il écrit deux premiers mélodrames (Le Château du Diable et L’Enfer sur la terre). Entre 14 et 16 ans, le jeune Hugo s’essaie aux tragédies (Irtamène et Athélie ou les Scandinaves) et écrit un vaudeville A. Q. C. H. P. (= À quelque chose hasard est bon). Entre 1816 et 1822, il écrit un drame romantique avant la lettre, Inez de Castro. Le théâtre du Panorama Dramatique accepte la pièce en décembre 1822, mais elle n’est pas représentée. Amy Robsart, un autre drame, est également écrit en 1822. Il sera représenté en février 1828 au Théâtre de l’Odéon.

Cromwell : le manifeste du drame romantique

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200128r/f6.item

Illustration de Cromwell par J. A. Beaucé, dessinateur Pouget, Pisan, graveur. 1866. Source: BnF/Gallica

 

Les années suivantes sont consacrées à la poésie et au roman. Victor Hugo revient en 1826 à l’écriture théâtrale avec Cromwell. La préface de Cromwell, pièce publiée en 1827, est un véritable manifeste en faveur du drame romantique et pour la liberté du théâtre. Hugo distingue tout d’abord trois grandes époques dans l’histoire de l’humanité auxquelles correspondent des expressions littéraires spécifiques. Il développe ensuite les caractéristiques du drame : le refus de la règle des trois unités, le mélange des genres, le mélange des vers et de la prose, la couleur historique et géographique… Tout l’art de Victor Hugo est déjà présent dans cette pièce aux accents shakespeariens : il mêle le grotesque au sublime pour peindre le réel »… Ce sont principalement les circonstances politiques qui rendent injouables cette pièce à l’époque.

À la demande insistante de son beau-frère Paul Foucher, Hugo reprend le manuscrit inachevé d’un drame de sa vingtième année, Amy Robsart. Il décide de ne pas le faire représenter sous son nom, mais sous celui de son beau-frère. La pièce est sifflée lors de sa création le 13 février 1828 au Théâtre de l’Odéon. Hugo courageusement se nomme.

La censure

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438443h

Marion Delorme, estampe de Pouget, 1831. Source ; Bnf/Gallica

Hugo écrit Le Dernier Jour d’un condamné (un roman mais qui donnera lieu à de nombreuses adaptations théâtrales au XXème siècle). La pensée de la mort violente et de l’échafaud le hante. En 1829, Hugo écrit Marion de Lorme, l’histoire d’une courtisane.  Intitulée originellement « Un duel sous Richelieu », la pièce est interdite par la censure sous Charles X, parce qu’elle présente un roi faible. Charles X propose à Hugo une pension de quatre mille francs en dédommagement de son manque à gagner. Hugo, indigné, refuse cette somme considérable, ce qui fait aussitôt grand bruit dans les journaux. Il se met à écrire un autre drame  : Hernani.


La bataille d’Hernani

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8406126h/f4

Hernani. Les feux de la rampe. 1830. Source : BnF/Gallica

La première représentation d’Hernani, le 25 février 1830 à la Comédie-Française, attire un grand nombre d’opposants. La pièce, qui ne respecte pas les règles de la dramaturgie classique, menace en outre de s’attirer les foudres du pouvoir en place : la monarchie vient d’être restaurée avec l’avènement de Charles X, et Hugo ne cache pas sa fascination pour Napoléon (qu’on peut reconnaître à travers le personnage de Don Carlos). Les partisans de Victor Hugo, les jeunes artistes romantiques mais aussi Balzac, Nerval, Dumas, Berlioz et Gautier sont là et acclament la pièce, étouffant toute critique.
La « bataille d’Hernani » se mène ainsi sur deux fronts : esthétique et politique. Elle devient le symbole d’un conflit historique entre réactionnaires et modernes et fait du romantisme un mouvement contestataire. Cette querelle, où les quolibets et les sifflets des détracteurs se mêlent aux applaudissements à tout rompre des partisans, reste dans l’histoire des arts et des lettres comme le temps du triomphe de l’école romantique, porteuse de nouvelles formes et capable, grâce au génie poétique, de participer au progrès des idées.


Drames et tragédies grotesques

Le drame Marion Delome est représenté pour la première fois au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 11 août 1831, avec Marie Dorval dans le rôle titre. Le succès est réel mais discuté.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405923q/f3.item

Costume de Lucrèce Borgia. 1833. Source : BnF/Gallica

En 1832, Victor Hugo engage deux projets monumentaux  : la « tragédie grotesque » en vers, Le Roi s’amuse, est représentée au Théâtre-Français le 22 novembre 1832, et le drame en prose, Lucrèce Borgia, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 2 février 1833.
La pièce Le Roi s’amuse est interdite dès le lendemain de la première représentation. Dans la préface à l’édition originale de 1832, Victor Hugo dénonce la censure qu’il a subie de la part de la monarchie et de la noblesse. Il intente un procès au Théâtre-Français pour protester contre l’interdiction de sa pièce.
Lucrèce Borgia  remporte un succès éclatant, servie par de grands interprètes.

 

 

C’est de nouveau au Théâtre de la Porte Saint-Martin que Victor Hugo, le 6 novembre 1833, présente Marie Tudor. C’est un demi-succès. Les relations avec le directeur du théâtre sont houleuses.

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f3.item

Mme Dorval dans le rôle de Catarina lors de la création d’Angelo. Source : BnF/Gallica

En 1834, Hugo est attaqué, notamment dans la Revue des Deux Mondes et la Revue de Paris. Il ne revient au théâtre qu’en 1835, avec Angelo, tyran de Padoue, représenté au Théâtre-Français le 28 avril, avec en vedette Mademoiselle Mars dans le rôle de la Tisbé. C’est un nouveau succès mais les relations se tendent avec le directeur du théâtre : on déprogramme ses pièces ou on lui refuse des reprises assurées par contrat. En 1837, il est contraint de faire au Théâtre un procès qu’il gagne.

 


Le Théâtre de la Renaissance

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000316/f1.item

Costume de Frédéric Lemaitre dans le tôle de Ruy Blas. Théâtre de la Renaissance, 08-11-1838. Source : BnF/Gallica

Victor Hugo et Alexandre Dumas souhaitent disposer d’une troupe dédiée à leurs drames romantiques et d’une salle : le théâtre de la Renaissance est créé. Victor Hugo écrit sa pièce Ruy Blas en quelques semaine du 5 juillet au 11 août 1838. Il choisit Frédérick Lemaître pour le rôle de Ruy Blas et assure la mise en scène de sa pièce dans les moindre détails. La première a eu lieu le 8 novembre 1838 pour l’inauguration du Théâtre de la Renaissance. Très critiqué par la presse, Ruy Blas apporte tout de même à Hugo le succès dont il a besoin. Mais le Théâtre de la Renaissance abandonne peu à peu les drames romantiques et Hugo, découragé, n’achève pas le projet des Jumeaux.

Trois ans plus tard, Hugo se remet à l’écriture d’une pièce épique, les Burgraves, qui met en scène l’opposition de la révolte et de la légitimité, de l’ordre et de la liberté, résolue par la réconciliation et le pardon.
Extrait de la préface  :
« Oui, la civilisation tout entière est la patrie du poète. Cette patrie n’a d’autre frontière que la ligne sombre et fatale où commence la barbarie. Un jour, espérons-le, le globe entier sera civilisé, tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l’intelligence : avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité. »
Cette pièce, représentée pour la première fois au Théâtre-Français le 7 mars 1843, explore les limites du théâtre. C’est un échec. Découragé, Hugo renonce au théâtre.

Exil et nouvelles écritures

Le 9 septembre 1843, il apprend par les journaux la mort de sa file Léopoldine, noyée à Villequier. Nommé Pair de France en 1845, il semble trouver une consolation à ce malheur dans la politique. En 1851, après son violent réquisitoire contre le coup d’Etat de « Napoléon-le-petit », il est expulsé. L’exil durera jusqu’en 1870, à Jersey puis à Guernesey. Pendant cette période, la représentation des ses pièces est interdite en France.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8402876k/f1.item

Représentation de la Grand’Mère au Théâtre de l’Odéon. 26-02-1902. Source : BnF/Gallica

En exil, Hugo revient au théâtre avec l’écriture de la série du Théâtre en liberté :  La Grand-mèreL’ÉpéeMangeront-ils ?,  Sur la lisière d’un boisLes Gueux,  La Forêt mouillée, Les deux trouvailles de Gallus : Margarita et Esca, l’Intervention.

En 1866, Hugo écrit Mille francs de récompense. Il refuse que la pièce soit représentée au Théâtre de l’Odéon cette année-là : « Mon drame paraîtra le jour où la liberté reviendra ». Cette pièce ne sera pas représentée du vivant de l’auteur. Quatre ans après Les Misérables, il reprend le thème de la fatalité sociale, traité avec humour grâce au très beau personnage de Glapieu, un voleur qui incarne paradoxalement la justice.

En 1869, Hugo revient au drame en vers avec  Torquemadaqui met en scène la folie du grand inquisiteur.

Retour d’exil

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387298/f1.item

Sarah Bernhardt dans Ruy Blas. Théâtre de l’Odéon en 1872. Source : BnF/Gallica

De retour en France, Victor Hugo défend les idées républicaines et récolte la moisson semée pendant les années d’exil. Sa gloire ne cesse de grandir.
Ruy Blas est repris au théâtre de l’Odéon le 24 février 1872 avec Sarah Bernhardt. La pièce fait son entrée au Répertoire de la Comédie-Française le 4 avril 1879 avec Mounet-Sully dans le rôle de Ruy Blas, Coquelin dans celui de don César et Sarah Bernhardt dans le rôle de la Reine.
Marion de Lorme est remontée au Théâtre-Français le 10 février 1873. Le rôle de Marion de Lorme est repris plus tard au Théâtre de la Porte-Saint-Martin par Sarah Bernhardt, qui jouera aussi la pièce à la Comédie-Française, avec Mounet-Sully dans le rôle de Louis XIII, en 1905.
Sarah Bernhardt jouera aussi en 1905 le rôle de la Tisbé dans Angelo, au Théâtre Sarah Bernhardt.

Après sa mort, le 22 mai 1895 à Paris, les cendres de Victor Hugo sont transférées au Panthéon.


La renaissance du théâtre de Victor Hugo

Le théâtre de Victor Hugo est remis à l’honneur par Jean Vilar qui, en 1954, monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D’autres metteurs en scène font ensuite revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny et récemment Denis Podalydès), Les Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), Angelo (Christophe Honoré).

Les pièces du Théâtre en liberté sont enfin représentées dans les années 1960 : L’Intervention (première mise en scène de Patrice Chéreau), Mangeront-ils ainsi que  Mille Francs de récompense (Hubert Gignoux) .

Mais nous attendons toujours un metteur en scène ambitieux pour monter Cromwell

Pour en savoir plus sur Libre Théâtre :
Le Théâtre de Victor Hugo
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

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Le théâtre d’Alfred de Musset

11 août 2016
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Le théâtre d’Alfred de Musset

Le théâtre de Musset est aujourd’hui très régulièrement à l’affiche. Écrites à différentes périodes de sa vie, ses pièces proposent une exploration des sentiments amoureux. En s’affranchissant des contraintes liées aux conventions de représentation du XIXème pour écrire des « spectacles dans un fauteuil », Musset offre aux metteurs en scène d’aujourd’hui une très grande liberté pour imaginer des dramaturgies et des espaces scéniques originaux. 

Lien vers la Biographie d’Alfred de Musset sur Libre Théâtre
Lien vers la liste des oeuvres de Musset sur la base de données data.libretheatre.fr

Drames

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9016289w/f1.item

Sarah Bernhardt dans Lorenzaccio Théâtre de la Renaissance. Affiche de Mucha.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84060569/f2.item

Lorenzaccio, documents iconographiques de la création au Théâtre de la Renaissance, le 03-12-1896. Source BnF/Gallica

Lorenzaccio (1834) : le chef d’œuvre de Musset, ayant donné lieu à plusieurs mises en scène remarquables à retrouver sur Libre Théâtre.
André del Sarto  (1833): drame peu souvent représenté à la scène, l’affrontement des sentiments d’amour et d’amitié.

 

 


Proverbes

Les « proverbes dramatiques » étaient très en vogue dans les salons mondains parisiens et à la Cour au XVIIème et XVIIIème siècles. Ils étaient improvisés, illustrant un proverbe que l’auditoire devait deviner.  Avec ses proverbes, Musset donne une dimension morale aux comédies de mœurs qui se développent au XIXème siècle. Ce sont de courtes pièces.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049902v

Julia Bartet dans « On ne badine pas avec l’amour », Dessin de Yves Marevéry Comédie-Française 1906. Source : BnF/Gallica

On ne badine pas avec l’amour (1834) : de la comédie à la tragédie, l’histoire d’une fièvre amoureuse sans concession.
Il ne faut jurer de rien (1836) : sur un thème proche d’On ne badine pas avec l’amour, la comédie s’achève sur un dénouement heureux.
Faire sans dire (1836) : proverbe mettant en scène un musicien vertueux et deux fuyards, un abbé et une jeune fille.
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée (1845) : une joute amoureuse
On ne saurait penser à tout (1849) : difficile conversation entre deux amoureux étourdis et distraits.
L’Âne et le Ruisseau (1855) : l’aide d’un ami pour accélérer une difficile demande en mariage.

 

 

 


Comédies en prose

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6434893n/f157

Oeuvres complètes illustrées. Illustrations de Charles Martin. 1927. Source : BnF/Gallica

La Nuit vénitienne (1830) : un noble ruiné aime une jeune fille qui doit épouser un prince allemand
Les Caprices de Marianne (1833)  : drame plutôt que comédie, sur l’amour, l’amitié et la trahison 
Fantasio (1834) : un jeune homme se fait passer pour le bouffon du roi au moment où la princesse doit se marier
Barberine (1835) : conte joyeux sur la fidélité 
Le Chandelier (1835) : des amants pour détourner les soupçons du mari choisisse un jeune homme afin que le mari concentre ses griefs contre lui
Un caprice (1837) : une jeune épouse délaissée 
Bettine (1851) : une cantatrice doit épouser un marquis encore hésitant
Carmosine (1850) : une jeune fille tombe amoureuse du roi, qui est déjà marié. 


Comédies et poèmes dramatiques en vers

La Coupe et les lèvres (1831) : histoire d’un jeune révolté 
À quoi rêvent les jeunes filles (1832) : naissance du sentiment amoureux chez deux jeunes filles
Louison (1849) : une jeune gouvernante se fait courtiser par un jeune Duc ; sa jeune épouse est désespérée.

Note :  nous n’avons pas fait figurer les textes inachevés. 


Extrait de la dédicace à Alfred T.

Cette dédicace qui figure au début du recueil Un Spectacle dans un fauteuil de 1823 donne un éclairage sur la démarche d’Alfred de Musset…  

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10520366z/f1.item

Barberine (Acte III). Source : BnF/Gallica

Je ne fais pas grand cas, pour moi, de la critique.
Toute mouche qu’elle est, c’est rare qu’elle pique.
On m’a dit l’an passé que j’imitais Byron :
Vous qui me connaissez, vous savez bien que non.
Je hais comme la mort l’état de plagiaire ;
Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre.
C’est bien peu, je le sais, que d’être homme de bien,
Mais toujours est-il vrai que je n’exhume rien.

Je ne me suis pas fait écrivain politique,
N’étant pas amoureux de la place publique.
D’ailleurs, il n’entre pas dans mes prétentions
D’être l’homme du siècle et de ses passions.
C’est un triste métier que de suivre la foule,
Et de vouloir crier plus fort que les meneurs,
Pendant qu’on se raccroche au manteau des traîneurs.
On est toujours à sec, quand le fleuve s’écoule.
Que de gens aujourd’hui chantent la liberté,
Comme ils chantaient les rois, ou l’homme de brumaire !
Que de gens vont se pendre au levier populaire,
Pour relever le dieu qu’ils avaient souffleté !
On peut traiter cela du beau nom de rouerie,
Dire que c’est le monde et qu’il faut qu’on en rie.
C’est peut-être un métier charmant, mais tel qu’il est,
Si vous le trouvez beau, moi, je le trouve laid.
Je n’ai jamais chanté ni la paix ni la guerre ;
Si mon siècle se trompe, il ne m’importe guère :
Tant mieux s’il a raison, et tant pis s’il a tort ;
Pourvu qu’on dorme encore au milieu du tapage,
C’est tout ce qu’il me faut, et je ne crains pas l’âge
Où les opinions deviennent un remord.

Vous me demanderez si j’aime ma patrie.
Oui ; — j’aime fort aussi l’Espagne et la Turquie.
Je ne hais pas la Perse, et je crois les Indous
De très honnêtes gens qui boivent comme nous.
Mais je hais les cités, les pavés et les bornes,
Tout ce qui porte l’homme à se mettre en troupeau,
Pour vivre entre deux murs et quatre faces mornes ;
Le front sous un moellon, les pieds sur un tombeau.

Vous me demanderez si je suis catholique.
Oui ; — j’aime fort aussi les dieux Lath et Nésu.
Tartak et Pimpocau me semblent sans réplique ;
Que dites-vous encor de Parabavastu ?
J’aime Bidi, — Khoda me paraît un bon sire ;
Et quant à Kichatan, je n’ai rien à lui dire.
C’est un bon petit dieu que le dieu Michapous.
Mais je hais les cagots, les robins et les cuistres,
Qu’ils servent Pimpocau, Mahomet ou Vishnou.
Vous pouvez de ma part répondre à leurs ministres
Que je ne sais comment je vais je ne sais où.

Vous me demanderez si j’aime la sagesse.
Oui ; — j’aime fort aussi le tabac à fumer.
J’estime le bordeaux, surtout dans sa vieillesse ;
J’aime tous les vins francs, parce qu’ils font aimer.
Mais je hais les cafards, et la race hypocrite
Des tartufes de mœurs, comédiens insolents,
Qui mettent leurs vertus en mettant leurs gants blancs.
Le diable était bien vieux lorsqu’il se fit ermite.
Je le serai si bien, quand ce jour-là viendra,
Que ce sera le jour où l’on m’enterrera.

Vous me demanderez si j’aime la nature.
Oui ; — j’aime fort aussi les arts et la peinture.
Le corps de la Vénus me paraît merveilleux.
La plus superbe femme est-elle préférable ?
Elle parle, il est vrai, mais l’autre est admirable,
Et je suis quelquefois pour les silencieux.
Mais je hais les pleurards, les rêveurs à nacelles,
Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles,
Cette engeance sans nom, qui ne peut faire un pas
Sans s’inonder de vers, de pleurs et d’agendas.
La nature, sans doute, est comme on veut la prendre.
Il se peut, après tout, qu’ils sachent la comprendre ;
Mais eux, certainement, je ne les comprends pas.

Vous me demanderez si j’aime la richesse.
Oui ; — j’aime aussi parfois la médiocrité.
Et surtout, et toujours, j’aime mieux ma maîtresse ;
La fortune, pour moi, n’est que la liberté.
Elle a cela de beau, de remuer le monde,
Que, dès qu’on la possède, il faut qu’on en réponde,
Et que, seule, elle met à l’air la volonté.
Mais je hais les pieds-plats, je hais la convoitise.
J’aime mieux un joueur, qui prend le grand chemin ;
Je hais le vent doré qui gonfle la sottise,
Et, dans quelque cent ans, j’ai bien peur qu’on ne dise
Que notre siècle d’or fut un siècle d’airain.

Vous me demanderez si j’aime quelque chose.
Je m’en vais vous répondre à peu près comme Hamlet :
Doutez, Ophélia, de tout ce qui vous plaît,
De la clarté des cieux, du parfum de la rose ;
Doutez de la vertu, de la nuit et du jour ;
Doutez de tout au monde, et jamais de l’amour.
Tournez-vous là, mon cher, comme l’héliotrope
Qui meurt les yeux fixés sur son astre chéri,
Et préférez à tout, comme le Misanthrope,
La chanson de ma mie, et du Bon roi Henri.
Doutez, si vous voulez, de l’être qui vous aime,
D’une femme ou d’un chien, mais non de l’amour même.
L’amour est tout, — l’amour, et la vie au soleil.
Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?
Faites-vous de ce monde un songe sans réveil.
S’il est vrai que Schiller n’ait aimé qu’Amélie,
Goethe que Marguerite, et Rousseau que Julie,
Que la terre leur soit légère ! — ils ont aimé.

Vous trouverez, mon cher, mes rimes bien mauvaises :
Quant à ces choses-là, je suis un réformé.
Je n’ai plus de système, et j’aime mieux mes aises ;
Mais j’ai toujours trouvé honteux de cheviller.
Je vois chez quelques-uns, en ce genre d’escrime,
Des rapports trop exacts avec un menuisier.
Gloire aux auteurs nouveaux, qui veulent à la rime
Une lettre de plus qu’il n’en fallait jadis !
Bravo ! c’est un bon clou de plus à la pensée.
La vieille liberté par Voltaire laissée
Etait bonne autrefois pour les petits esprits.

….
(intégralité de la dédicace sur Libre Théâtre )

 

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Le théâtre de Victor Hugo

10 août 2016
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Le théâtre de Victor Hugo

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8406126h/f4

Hernani. Les feux de la rampe. 1830. Source : BnF/Gallica

Libre Théâtre met à disposition gratuitement l’ensemble du théâtre de Victor Hugo. Vous trouverez ci-dessous les oeuvres (cliquer sur le titre pour accéder à la notice de l’œuvre et au texte intégral).

Voir aussi sur Libre Théâtre
Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

 


Théâtre de jeunesse

Inez de Castro
Amy Robsart

Drames en vers

Cromwell
Marion de Lorme
Hernani
Le Roi s’amuse
Ruy Blas
Les Burgraves
Torquemada

Drames en prose

Lucrèce Borgia
Marie Tudor
Angelo, tyran de Padoue

Théâtre en liberté

La Grand-mère
L’Épée
Mangeront-ils?
Sur la lisière d’un bois
Les Gueux
La Forêt mouillée
Les deux trouvailles de Gallus : Margarita
Les deux trouvailles de Gallus : Esca

Lien vers le recueil Théâtre en liberté

« Théâtre moderne »

Mille francs de récompense
L’Intervention

Note : Nous n’avons pas fait figurer dans cette page ni les œuvres inachevées, ni les oeuvres lyriques.

Quelques illustrations à retrouver dans les notices sur les pièces

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90067151/f1

Marie Tudor, costume de Mademoiselle Georges

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84061327/f1.item

Le Roi s’amuse, manuscrit autographe, 1832

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436362w/f62.item

Mlle Georges dans le rôle de Lucrèce Borgia. 1837.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000937t

Les Burgraves. Première page du manuscrit autographe.

Angelo, tyran de Padoue. Sarah Bernhardt dans le rôle de la Tisbe.

Angelo, tyran de Padoue. Sarah Bernhardt dans le rôle de la Tisbe.

 


Pour en savoir plus sur le théâtre de Victor Hugo

Sur Libre Théâtre :
Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

 

Emissions radiophoniques

Ça peut pas faire de mal, France Inter, 12/12/2015. Le théâtre de Victor Hugo, Guillaume Gallienne et Anna Cervinka.

Expositions en ligne

Victor Hugo, l’homme océan. Exposition de la Bibliothèque nationale de France en ligne

REGARDS CROISES – théâtre et photographie: rencontres entre la photographie et le monde théâtral, à travers des mises en scène du théâtre hugolien. Pour chacune des pièces présentées – Marie Tudor, Ruy Blas, Les Burgraves et Angelo, tyran de padoue – photographies anciennes et modernes, documents, interview, vidéos… viennent témoigner des liens entre théâtre et photographie. Lien vers l’exposition en ligne

Metteurs en scène

Antoine Vitez. Victor Hugo et son théâtre, Antoine Vitez à la Sorbonne. In: Romantisme, 1990, n°69. Procès d’écritures Hugo-Vitez. pp. 116-122. (en ligne sur le site Persée)

Etudes en ligne

Claude MILLET(dir.), Hernani – Ruy Blas A la foule, aux femmes, aux penseurs. Actes de la journée d’études du 29 novembre 2008
Claude MILLET(dir.), Cromwell de Hugo. Actes de la journée d’études du 5 octobre 2013
Olivier BARA, National, populaire, universel: tensions et contradictions du théâtre peuple chez Victor Hugo format doc / format pdf
Olivier BARA, Paroles de gueux et «prose de la vie»: Mille francs de récompense format doc / format pdf
Ludmila CHARLES-WURTZ, L’anti-théâtre: le lyrisme dans Hernani et Ruy Blas format doc / format pdf
Jean-Marc HOVASSE, Victor Hugo créateur par la rime format doc / format pdf
Pierre LAFORGUE, Politique d’Hernani format doc / format pdf
Franck LAURENT, Politique et apolitique: la question du privé dans Hernani et Ruy Blas format doc /
format pdf
Sylvain LEDDA, Drame et histoire mêlés: Cromwell et Cromwell format doc / format pdf
Roxane MARTIN, Hernani : un mélodrame ? – Analyse comparative de la fonction dramatique de la musique de scène format doc / format pdf
Claude MILLET, HernaniRuy Blas et les complications du pathétiqueformat doc / format pdf/
Claude MILLET, « Le sublime » format doc / format pdf/
Claire MONTANARI, Ecrire Cromwell : faire spectacle format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, Vitez metteur en scène de Hugo format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, Comment jouer le théâtre de Hugo format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, Le soldat dans le théâtre de Hugo format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, Des forces qui vont: le retour du refoulé dans Hernani et Ruy Blas format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, La périodisation du romantisme théâtral format doc / format pdf
Florence NAUGRETTE, Comment transformer les personnages historiques en personnages de théâtre? format doc / format pdf
Sylvie THOREL-CAILLETEAU, Le drame absolu format doc / format pdf
Alain VAILLANT, Victor Hugo, esthète du rire     format doc / format pdf
Sylvie VIELLEDENT, Les parodies d’Hernani format doc / format pdf

Pour en savoir plus sur les recherches en cours : Groupe Hugo, Université Paris VII

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Biographie d’Eugène Labiche

28 juin 2016
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Biographie d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530816115.

Eugène Labiche. Atelier Nadar 1910. Source : BNF/ Gallica

Eugène Labiche naît à Paris le 5 mai 1815. Son père est un riche industriel qui possède une fabrique de sucre à Rueil-Malmaison. Une fois son baccalauréat en poche en 1833, il voyage avec des amis en Suisse, dans la péninsule italienne et en Sicile. Il envoie à un journal parisien de petites scènes de vie pleines de fantaisie, qu’il publiera en 1839 sous le titre La Clé des champs. À cette époque, il rédige aussi des articles de critique théâtrale dans la Revue du théâtre.

 

 


Les débuts

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

En 1837, Eugène Labiche fonde avec Auguste Lefranc et Marc-Michel une association de production théâtrale, qu’il appelle avec humour « l’usine dramatique » et crée en collaboration avec ses deux amis sa première pièce, La Cuvette d’eau. L’année suivante, en 1838, il remporte un premier succès avec Monsieur de Coislin. Il publie ensuite régulièrement deux à trois pièces par an. Il ne retiendra aucune d’entre elles quand il éditera son Théâtre complet.

En 1842, il épouse une riche héritière âgée de dix-huit ans, Adèle Hubert. À son mariage, il promet à son beau-père d’abandonner le théâtre. Il tient son engagement pendant un an, mais s’ennuie tellement que sa femme l’encourage à se remettre à écrire.

Le succès en 1844 du Major Cravachon, au Théâtre du Palais- Royal, lui permet de devenir le collaborateur régulier de cette salle.

Eugène Labiche tente une carrière politique en 1848 et se porte candidat à Rueil-Malmaison lors des premières élections au suffrage universel masculin, pour l’Assemblée constituante  de la IIe République. C’est un échec  : il abandonne la politique jusqu’en 1868, date à laquelle il est élu maire de Souvigny-en-Sologne, commune dont dépend le château de Launoy qu’il  achète en 1853.


Le succès

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10535599b

Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Sa production s’accélère à partir de 1848 avec en moyenne 10 pièces par an. Il devient le principal vaudevilliste des années 1840-1860  et connait le succès avec Embrassons-nous, Folleville ! (1850), Un chapeau de paille d’Italie (1851), Le Misanthrope et l’Auvergnat (1852), Mon Isménie (1852), L’Affaire de la rue Lourcine (1857), Le Voyage de Monsieur Perrichon (1860),  Les Deux Timides (1860),  La Poudre aux yeux (1861), La Station Champbaudet (1862), La Cagnotte (1864).

Un grand nombre de ces pièces sont données au théâtre du Palais-Royal, qui accueille des comédies et des vaudevilles.

En 1849, il est élu membre de la commission de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, en qualité d’archiviste.


La reconnaissance

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marcellin-desboutin_eugene-labiche-1815-1888_huile-sur-toile

Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

En 1861, il est  fait chevalier de la Légion d’honneur. Labiche œuvre ensuite pour être représenté sur la scène de la prestigieuse Comédie-Française  :  il y parvient en 1864, avec la pièce Moi, puis en 1876, avec La Cigale chez les fourmis, écrite en collaboration avec l’académicien Ernest Legouvé. Mais le public se montre peu enthousiaste.

16 autres pièces seront données entre 1871 et 1878 dont deux comédies de caractère : Doit-on le dire ?  (1872) et Le Prix Martin (1876) qui est un échec. Après l’échec relatif de La Clé, jouée en 1877, il arrête  sa carrière d’auteur dramatique et se consacre à l’édition de ses œuvres complètes publiées en 1880. Il est élu la même année à l’Académie française, après quelques débats. Lors de son discours de réception à l’Académie, Labiche définit clairement son objectif à travers ses oeuvres : amuser le public. Alphonse Daudet, soulignera  : « Labiche n’est pas seulement un merveilleux amuseur, mais un observateur profond, un railleur qui sait toujours où va son rire. »

Le 27 janvier 1881, il préside le banquet annuel de l’Association des anciens élèves du lycée Condorcet et prononce un discours fort applaudi : «Ce qu’il vous faut promener dans le monde, c’est notre gaieté, cette gaieté qui est de vieille race française et qu’aucun peuple ne possède. Entretenez avec amour ce feu national – Riez !» .

Labiche meurt à Paris le 13 janvier 1888, à l’âge de soixante-treize ans. Il est enterré au cimetière de Montmartre.

Au total, Eugène Labiche a écrit 176 pièces dont la quasi-totalité (172) en collaboration avec d’autres auteurs  (on en compte 46). Les plus collaborateurs les plus réguliers sont  : Alfred Delacour, Marc-Michel,  Édouard Martin, Alfred Monnier, Auguste Lefranc et Alfred Choler.

Delacour décrit ainsi leur méthode de travail, « notre mode de collaboration étant le suivant : notre plan fait, j’écris la pièce entière, que Labiche récrit à son tour sur mon manuscrit ».  Il semble que le travail de révision de Labiche consistait principalement à supprimer des longueurs, à intervenir sur les répliques des personnages et l’enchaînement des situations pour renforcer les effets comiques.

Son « Théâtre complet », paru en 1879, compte 57 pièces que Labiche a lui-même sélectionnées.
Libre Théâtre vous propose 83 pièces en texte intégral et en téléchargement gratuit, accessible sur Libre Théâtre via la page Le Théâtre d’Eugène Labiche
Il est possible de faire une recherche par distribution sur ce corpus via data.libretheatre.fr

Chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :
Le mariage chez Labiche
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

 

Sources:

Bassan Fernande. La comédie de boulevard au XIXe siècle. In: Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 1991, n°43. pp. 169-181. Lien sur Persée

Emelina Jean. Labiche : le comique de vaudeville. In: Romantisme, 1991, n°74. Rire et rires. pp. 83-92. En ligne sur Persée

 

 

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Biographie d’Octave Mirbeau

24 mars 2016
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Biographie d’Octave Mirbeau

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k442274v

Les Hommes du jour / dessins de A. Delannoy ; texte de Flax. 3 octobre 1910. Source : Bnf/ Gallica

Octave Mirbeau est né le 16 février 1848 à Trévières. Petit-fils de notaires normands et fils d’un officier de santé, Octave Mirbeau passe son enfance à Rémalard puis étudie au collège des jésuites de Vannes, d’où il est chassé dans des conditions suspectes, qu’il évoquera en 1890 dans son roman Sébastien Roch.

Après son baccalauréat, il commence des études de droit qu’il n’achève pas et revient à Rémalard pour travailler chez le notaire du village. Il est mobilisé lors de la guerre de 1870 et racontera la débâcle dans plusieurs contes et romans autobiographiques.
En 1872, il fait ses débuts de journaliste à Paris dans le quotidien bonapartiste l’Appel au peuple, dirigé par un client et voisin de son père, Henri-Joseph Dugué de La Fauconnerie.
Pendant douze ans, Octave Mirbeau écrit pour vivre dans différents journaux, dont il ne partage pas les opinions et fait le « nègre ».

 

 

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/bary_octave-mirbeau_epreuve-argentique-fb10f996-35df-404a-9789-e971f4665b33?force-download=890000

Photo de Bary (C) Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.

 

En 1884, pour se remettre de sa rupture avec Judith Vinmer, passion racontée dans son premier roman officiel, Le Calvaire, Mirbeau part pour Audierne (Finistère) et y reste sept mois. A son retour à Paris, il commence à écrire pour son propre compte. Il devient chroniqueur, conteur et critique d’art influent pour divers journaux : La France, Le Gaulois, le Matin, Gil Blas, le Figaro, L’Écho de Paris, puis le Journal. Il écrit désormais des romans sous son propre nom : Le Calvaire, l’Abbé Jules, Sébastien Roch. Il épouse en secret Alice Regnault, une ancienne actrice de théâtre en 1887 ; sa vie conjugale est rapidement un échec.

Octave Mirbeau s’engage dans le combat anarchiste. Il publie en feuilleton les premières version du Journal d’une femme de chambre et du Jardin des supplices, ainsi que Dans le ciel, un roman inspiré de la vie de Vincent Van Gogh.

Il écrit sa première pièce Les Mauvais Bergers, créée au Théâtre de la Renaissance en décembre 1897 par Sarah Bernhardt et Lucien Guitry.

Il s’engage aux côtés d’Emile Zola dans l’Affaire Dreyfus de manière très active : rédaction de pétitions, suivi du procès, participation à des réunions de soutien, chroniques dans l’Aurore

Il publie ensuite Le Jardin des supplices (1899), Le Journal d’une femme de chambre (1900) et Les 21 jours d’un neurasthénique (1901).

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84329634

Nos contemporains chez eux / Photographie de Dornac. Source : BnF/ Gallica

Entre 1898 et 1904, Mirbeau fait aussi jouer six petites pièces en un acte, recueillies sous le titre de Farces et moralités (1904) : Vieux Ménage, L’Epidémie, Interview, Le Portefeuille, Les Amants, Scrupules.

En avril 1903, il connaît un triomphe avec la création, à la Comédie-Française, de la pièce Les affaires sont les affaires, qui rencontre également le succès en Allemagne, en Russie, aux Etats-Unis et dans d’autres pays.

Après un procès, Octave Mirbeau fait représenter à la Comédie-Française, en décembre 1908, Le Foyer, pièce dénonçant l’exploitation des jeunes filles par des oeuvres dites charitables.

Octave Mirbeau se retire à Triel et assiste avec désolation aux débuts de la première guerre mondiale. Il meurt le jour même de ses 69 ans, le 16 février 1917. Quelques jours plus tard, sa veuve fait paraître dans Le Petit Parisien un prétendu « Testament politique d’Octave Mirbeau » : il s’agit d’un faux document, écrit par Gustave Hervé. Les amis de Mirbeau dénoncent en vain ce faux.

Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur Mirbeau, son oeuvre et ses engagements, nous incitons nos lecteurs à explorer  le site qui lui est consacré mirbeau.asso.fr et notamment le Dictionnaire Mirbeau accessible gratuitement et à lire les écrits, en libre accès, de Pierre Michel, spécialiste de l’oeuvre de Mirabeau.
Voir aussi la Biographie d’Octave Mirbeau sur Libre Théâtre et le portrait de Mirbeau par Guitry, sur You Tube

2017, année Mirbeau

Dans le cadre de la commémoration du centième anniversaire de la mort d’Octave Mirbeau en 2017, Libre Théâtre s’associe à la Société Octave Mirbeau pour promouvoir les montages de l’oeuvre de Mirbeau.

A noter d’ores et déjà :
– la tournée de la pièce Les Affaires sont les affaires, pièce mise en scène par Claudia Stavisky,
– Les Confidentes, par le Théâtre de l’Échange
– De l’épidémie à la grève, mise en scène de Virginie Brochard. Cette pièce sera représentée en clôture de la première journée du colloque Mirbeau d’Angers, le 31 mars au château du Plessis-Macé.
–  Création : Oratorio théâtral d’Antoine Juliens, de Teatr’Opera, inspiré par des personnages de romans d’Octave Mirbeau   Bertrix Belgique les  19 et 21 janvier, puis à Rouvroy, avec le soutien de la province du Luxembourg. Plus d’information sur le site mirbeau.org. Ce spectacle cherche d’autres lieux de représentation, n’hésitez pas à contacter Antoine Juliens.

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/charles-paul-renouard_m-octave-mirbeau_1899?force-download=476577

Dessin de Charles Paul Renouard. (C) RMN-Grand Palais (musée d’art et d’histoire du judaïsme) / Hervé Lewandowski. Lien

 

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Biographie de Georges Courteline

25 février 2016
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Biographie de Georges Courteline

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k200976v

Jules Moinaux, Extrait des tribunaux comiques de Jules Moinaux. A. Chevalier-Marescq, 1881/ Source : BnF/Gallica

Georges Courteline est le fils du chroniqueur judiciaire et auteur de théâtre Joseph Moineaux, connu sous le nom de plume de Jules Moinaux.

Georges Courteline est né à Tours en 1858 et a été élevé par ses grands-parents jusqu’à l’âge de cinq ans. Ses parents le font ensuite revenir à Paris. Tous les étés, la famille s’installe dans une villa à Montmartre rue de la Fontenelle puis rue du Chevalier-de-la-Barre, où se rendent les célébrités du théâtre du Second Empire. Il est très attaché à ce quartier et prendra pendant un temps le nom de plume Jean de la Butte.

Après ses études au collège de Meaux, il fait son service militaire à Bar-le-Duc en 1879 au 13e régiment de chasseurs à cheval qui lui inspirera quelques-unes de ses célèbres satires. Après quelques mois, il obtient un congé de convalescence à Paris, puis est réformé. En 1880, il entre comme expéditionnaire au ministère de l’Intérieur, à la Direction générale des cultes. Il passera 14 ans dans la fonction publique, qu’il quittera dès qu’il pourra vivre de sa plume.

En 1881, avec Jacques Madeleine et Georges Millet, il fonde la revue Paris moderne, revue de poètes, sous le pseudonyme de Georges Courteline, pour ne pas être confondu avec son père, Jules Moinaux. Il y publie des poèmes et des contes dans le genre érotique de son ami Catulle Mendès.

En 1883, Courteline entre comme chroniqueur aux Petites Nouvelles quotidiennes. L’année suivante, son premier ouvrage est édité à la librairie des Petites Nouvelles quotidiennes : les Chroniques de Georges Courteline. Il continue à écrire des chroniques qui sont publiées ensuite à La Vie Moderne (1885-1887).

Il commence à écrire pour le théâtre avec  les Gaîtés de l’escadron (1886, Marpon-Flammarion). Sont également publiés le 51e Chasseurs (Marpon-Flammarion) et Le Train de 8 h47 (1888, dans la Vie moderne, puis chez Marpon-Flammarion).

De 1890-1894, il rédige des chroniques régulières – Ombres Parisiennes – à L’Echo de Paris, signées Jean de la Butte, en l’honneur de Montmartre (Certaines saynètes et nouvelles sont regroupées dans les Facéties de Jean de la Butte chez Flammarion en 1892  et sous le titre, Ombres parisiennes, chez Flammarion en 1894) . Il  publie sous le nom de Courteline des contes et des nouvelles, Messieurs les ronds-de-cuir et Les Hannetons (qui deviendront, vingt ans plus tard Les Linottes). De 1895 à 1896, ses chroniques sont publiées au Journal.

Courteline fait ses réels débuts au théâtre avec la création de Lidoire au Théâtre Libre d’Antoine en 1891. Le Théâtre Libre est le théâtre d’avant-garde le plus novateur de l’époque, qui fait notamment découvrir Strindberg et Ibsen.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90163489

Nouveau Théâtre 15 rue Blanche. Les Joyeuses commères de Paris de MM. Catulle Mendes et Georges Courteline… Affiche de Lucien-Marie-François Métivet 1895.

Le 16 avril 1892, au Nouveau Théâtre, Catulle Mendès et de Georges Courteline créent une revue en quinze tableaux : Les Joyeuses Commères de Paris. Deux actrices de cette pièce joueront un grand rôle dans sa vie : Suzanne Fleury, dite Berty, qu’il épousera en 1892 (avec qui  il aura deux  enfants Lucile- Yvonne Moineau, née en 1893 et André Moineau, né en 1895 ) et Jeanne Bernheim, dite Brécourt qu’il l’épousera ensuite en 1907 ( Suzanne est décédée en 1902).

En avril 1893 Boubouroche, pièce en deux actes, est créée au Théâtre Libre. En décembre 1894, au Théâtre d’Application a lieu la première de La Peur des coups (avec Suzanne Berty dans le rôle féminin). Les créations théâtrales se succèdent : en  1895  au théâtre de l’Ambigu, première des Gaîtés de l’escadron, « revue militaire en trois actes et neuf tableaux  » (écrite en collaboration avec Edouard Norès),  en 1896 création au Carillon d’Un client sérieux.

 


 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ACh.Leandre_Courteline.png

Courteline s’amusant avec son théâtre de marionnettes – Fusain aquarellé de Charles Léandre. (source : Wikimedia Commons)

L’année 1897 est particulièrement riche :
15 mars : Au théâtre du Grand-Guignol : Hortense, couche-toi !
13 avril: Au Grand-Guignol : Monsieur Badin.
29 septembre : Ouverture du Théâtre Antoine avec Boubouroche.
10 octobre: Au Grand-Guignol, Théodore cherche des allumettes.

En 1898, Les Boulingrin sont créés au Grand-Guignol.
En 1899, alors que Le Gendarme est sans pitié est créé a
u Théâtre Antoine, Courteline est décoré de La Légion d’honneur. En fin d’année, Le Commissaire est bon enfant est créé au Gymnase, puis repris l’année suivante au Théâtre Antoine. (12 décembre). Toujours au même théâtre, le Théâtre Antoine,  L’Article 330 est créé en fin d’année.

En1901, une première édition collective du Théâtre de Courteline sous le titre : Les Marionnettes de la vie (1 volume, Flammarion). Les Balances sont créées  au Théâtre Antoine.


 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9053276f
En1903, Courteline quitte le quartier Montmartre et s’installe au 43, avenue de Saint-Mandé. En fin d’année, La Paix chez soi est créée  au Théâtre Antoine.
Le 15 janvier 1905   pour le 283e anniversaire de la naissance de Molière La Conversion d’Alceste, pièce en un acte et en vers, écrite à la fin de 1902 est jouée à la Comédie-Française
Le 1er janvier1906, Mentons bleus, scène de la vie de cabots (pièce écrite en collaboration avec Dominique Bonnaud) est représentée à la Boite à Fursy.

 

 


 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049976j

Félix Galipaux et Lucien Guitry dans « J’en ai plein l’dos d’Margot » de Georges Courteline et Pierre Wolff / dessin de Yves Marevéry. 1909. Source : BnF/Gallica

La première de La Cruche ou J’en ai plein le dos de Margot, pièce en deux actes écrite en collaboration avec Pierre Wolff se déroule le 27 février 1909 au Théâtre de la Renaissance
L’année suivante, Boubouroche entre dans le répertoire de la Comédie-Française.

Courteline cesse d’écrire en 1912 et se consacre à l’édition de ses œuvres (1918 : Deuxième édition collective du Théâtre en deux volumes chez Flammarion ; 1925-1927 : édition en 13 volumes chez Bernouard ; 1929 : troisième édition collective du Théâtre en trois volumes chez Flammarion).

En 1919, La Cruche est représentée à la Comédie-Française. En 1921, Courteline est fait commandeur de la Légion d’honneur. En 1926, il reçoit le Grand prix d’Académie et est élu à l’Académie Goncourt au siège de Gustave Geffroy.

Souffrant de gangrène, Courteline est amputé de la jambe droite en 1925, puis de la jambe gauche en 1929. Il meurt peu après le 25 juin 1925.
Sur la stèle de sa tombe est inscrit cette épitaphe « J’étais né pour rester jeune et j’ai eu l’avantage de m’en apercevoir le jour où j’ai cessé de l’être. »

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90290294

Obsèques de Courteline : discours de Pierre Benoist / Agence Meurisse 1929. Source : BnF/ Gallica

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

 

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Biographie de Georges Feydeau

7 février 2016
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Biographie de Georges Feydeau

Portrait de Georges Feydeau, auteur dramatique, par Carolus-Duran (1837-1917). Musée des Beaux-Arts de Lille

Portrait de Georges Feydeau, par Carolus-Duran. Musée des Beaux-Arts de Lille

Georges Feydeau est né à Paris en 1862. Il est le fils du romancier Ernest Feydeau et de Léocadie Bogaslawa Zelewska. Plusieurs sources mentionnent qu’il serait en réalité le fils de Napoléon III ou du Duc de Morny. Il grandit au sein d’un milieu littéraire et bohème.

Comment je suis devenu vaudevilliste ? C’est bien simple. Par paresse. Cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde du travail.

Et je dis miraculeuse, parce que le père est totalement inconnu.

J’étais tout enfant, six ans, sept ans. Je ne sais plus. Un soir on m’emmena au théâtre. Que jouait-on ? Je l’ai oublié. Mais je revins enthousiasmé. J’étais touché. Le mal venait d’entrer en moi. (voir la suite dans l’article Le vaudeville et Feydeau)

En 1873, il écrit Eglantine d’Amboise, pièce historique qui se déroule à l’époque de Louis XIII, puis  en 1878 un drame : L’Amour doit se taire.
Georges Feydeau renonce assez tôt à des études poussées pour se consacrer au théâtre. Il tente tout d’abord  une carrière d’acteur et fonde au sein du Lycée Saint-Louis la compagnie le Cercle des Castagnettes, destiné à donner des concerts et des représentations théâtrales.

Le 2 avril 1880, lors d’une séance du Cercle, une élève du Conserva­toire dit La Petite Révol­tée,  le premier monologue de Feydeau, qui sera récité dans quelques salons. Sa première pièce, Par la fenêtre, est jouée en 1882, alors qu’il n’a que 19 ans.  Feydeau écrit plusieurs monologues, dits par Galipaux, Coquelin cadet et Saint-Germain (Le Mouchoir, Un coup de tête,  Un monsieur qui n’aime pas les monologues, Trop vieux, J’ai mal aux dents…). En 1883, Amour et piano, pièce en un acte est représentée par le Cercle de l’Obole à l’Athénée-Comique le 28 janvier, et très bien reçue par la critique.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400856s

Coquelin cadet : portrait / par Lhéritier. Source : BnF/ Gallica

Gibier de potence, comédie-bouffe en un acte, est créée au Cercle des Arts intimes le 1er juin, où Feydeau joue lui-même le rôle titre. Feydeau continue à écrire des monologues dit par Coquelin cadet (Le Potache et Patte en l’air) et par Judic (Aux antipodes, Le Petit Ménage).

En novembre 1883, Feydeau est incorporé au régiment d’infanterie. L’année suivante, il fait représenter de nouveaux monologues par Coquelin cadet (Les Célèbreset par Galipaux (Le Volontaire). Feydeau devient secrétaire général du théâtre de la Renaissance, dirigé par Fernand Samuel.

En 1884, il écrit L’Homme de paille.

Entre mars 1885 et début mars 1886, Feydeau tient la rubrique « Courrier des théâtres » au XIXe siècle, journal dirigé par son beau-père, Henry Fouquier. Il continue à écrire des monologues, dits par Coquelin cadet et Saint-Germain: Les Réformes, Le Colis et Le Billet de mille.

Fiancés en herbe, une comédie enfantine en un acte, est créée le 29 mars 1886 à la salle Kriegelstein. Deux nouveaux monologues  sont interprétés par Coquelin cadet :  L’Homme intègre et L’Homme économe. 

Feydeau fréquente les milieux mondains, les salons littéraires et les cercles privés  grâce à la  notoriété de son père et  la recommandation de son beau-père. Il rencontre des acteurs, des musiciens, des écrivains, des critiques littéraires, des journalistes, et aussi des peintres, d’autant plus qu’il prend des cours dans l’atelier du portraitiste Carolus-Duran.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9016177b

Tailleur pour dames.  Affiche 1887. Source : BnF/Gallica

Feydeau abandonne ses fonctions au théâtre de la Renaissance et peu après rencontre enfin un grand succès tant auprès de la critique que du public avec Tailleur pour damescomédie en trois actes créée au Théâtre de la Renaissance le 17 décembre 1886.

Il créé en 1887 un nouveau monologue, Les Enfants, pour Coquelin aîné. Les œuvres suivantes (La Lycéenne en 1887, Un Bain de ménage , Chat en poche, Les Fiancés de Loches en 1888, L’Affaire Édouard en 1889, écrite avec Maurice Desvallières) ne rencontrent pas le même succès.  En 1889, Feydeau épouse Marianne Carolus-Duran, la fille du peintre,  avec laquelle il aura quatre enfants.. En février 1890, Feydeau est admis à la Société des auteurs et compo­siteurs dramatiques avec Henri Meilhac et Georges Ohnet pour parrains.

Feydeau rencontre de nouveaux échecs en 1890 avec deux pièces  écrites en collaboration avec Maurice Desvallières : C’est une femme du monde, comédie en un acte, et Le Mariage de Barillon, vaudeville en trois actes, créées  au théâtre de la Renaissance. Il continue à écrire des monologues : Tout à Brown-Séquardmonologue dit par Coquelin cadet en 1890 et Madame Sganarelle (1891)

Théâtre des Nouveautés. Affiche de Paul Maurou, 1893.

Théâtre des Nouveautés. Affiche de Paul Maurou, 1893.

La consécration vient en 1892 avec les pièces Monsieur chasse !, Champignol malgré lui et Le Système Ribadier : il devient alors le « roi du vaudeville ». Nouveau succès avec Un fil à la pattecomédie en trois actes, créée le 9 janvier 1894au Théâtre du Palais-Royal : 129 représentations.

Mais en 1894, il connait aussi quelques échecs avec Notre futur et Le Rubancomédie écrite avec Desvallières, avant de renouer avec le succès en fin d’année avec  L’Hôtel du Libre Échangeécrite avec Maurice Desvallières et créée le 5 décembre 1894 au théâtre des Nouveautés (371 représentations).

En 1896, il crée le Dindon (succès : 275 représentations), puis les Pavés de l’ours. 1897 voit le montage de deux nouvelles pièces : Séance de nuit et  Dormez, je le veux ! 
Feydeau poursuit en parallèle une carrière d’acteur avec Robert de Flers et Mme Gaston de Caillavet, en jouant notamment des pièces de Maurice Donnay ou Anatole France. En 1898, Feydeau écrit le livret de la Bulle d’amour sur une musique de Francis Thomé. Coquelin cadet crée un nouveau monologue : Le Juré.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530498943

Germain dans « La puce à l’oreille ». Dessin de Marevéry 1907. Source : BNF/ Gallica

1899 voit le triomphe de La Dame de chez Maxim, pièce créée au théâtre des Nouveautés, qui sera jouée pendant deux ans (524 représentations) : cette pièce sera même une des principales attractions touristiques du Paris de l’Exposition Internationale. Armande Cassive, qui tient le rôle de la môme Crevette, devient l’une des interprètes favorites de l’auteur. Grâce à ce succès, l’auteur se consacre pendant deux ans à la peinture.  En 1899, il écrit un monologue pour Coquelin cadet, Un monsieur qui est condamne à mort.

L’année 1901 est difficile : Feydeau  est contraint de vendre à l’Hôtel Drouot 136 tableaux de sa collection (Boudin, Corot, Cézanne, Monet, Renoir, Sisley…). En 1902, Feydeau co- écrit avec Jules Méry sur une musique d’Alfred Kaiser le Billet de Joséphine, un opéra-comique à grand spectacle  qui est un échec (16 représentations). Il renoue avec le succès à la fin de la même année avec La Duchesse des Folies-Bergère, créée au théâtre des Nouveautés. Il est contraint en 1902 à une nouvelle vente de tableaux. En 1904, La main passe !  rencontre un vif engouement au théâtre des Nouveautés (211 représentations).

La critique accueille en 1905 avec intérêt la pièce féérique et très atypique, L’Age d’or, écrite avec Maurice Desvallières sur une musique de Louis Varney.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84364783

Maquette d’Emile Bertin, pour le tableau de « l’Orgie », dans l’Age d’Or. : [estampe] / L. Geisler sc 1905. Source : BnF/Gallica

 L’année suivante, la critique et le public accueille favorablement Le Bourgeon au théâ­tre du Vaudeville. La Puce à l’oreille triomphe en 1907, mais les représentations sont interrompues avec la mort de l’acteur Torin, qui interprète la rôle de Camille. Nouveaux succès en 1908 avec Occupe-toi d’Amélie et de Feu la mère de Madame.

 

En 1909, le Circuit, pièce écrite  en collaboration avec Francis de Croisset est un échec. Marqué par sa séparation avec sa femme et son installation à l’Hôtel Terminus, les pièces suivantes s’éloignent du vaudeville et sont plus proches de comédies de mœurs, dans lesquelles il tourne en ridicule la médiocrité des existences bourgeoises : On purge bébé ( 85 représentations en 1910), Mais n’te promène donc pas toute nue ! (la pièce créée le 25 novembre 1911 tient l’affiche jusqu’au début de mars 1912).

En 1911, Léonie est en avance ou Le Mal joli, reçoit un bon accueil de la critique. En 1912 Feydeau est élu vice-président de la Société des auteurs et com­positeurs dramatiques (jusqu’en 1914) et en juillet 1913, il est nommé officier de la Légion d’honneur.
Je ne trompe pas mon mari, pièce écrite en collaboration avec René Peter et créée en février 1914  au théâtre de l’Athénée rencontre un bon accueil de la critique et du public (200 représentations). En 1916, Hortense a dit : « Je m’en fous ! », est également un succès avec 89 représentations. Cette même année, Feydeau écrit son dernier monologue La Complainte du pauv’ propriétaire.

Georges Feydeau, auteur de "La puce à l'oreille" aux Nouveautés : dessin de Yves Marevéry (1907)

Georges Feydeau, auteur de « La puce à l’oreille » aux Nouveautés : dessin de Yves Marevéry (1907)

En 1919, il souffre des premiers symptômes de la syphilis (troubles psychiques) et est installé par ses enfants dans une mai­son de santé à Rueil-Malmaison.  Il meurt le 5 juin 1921 et est enterré le 8 juin au cimetière Montmartre. C’est Robert de Flers, président de la Société des auteurs, qui fait son éloge funèbre.

 

 

 

 

 


Hommage à Feydeau

Par Sacha Guitry, dans Portraits et anecdotes.

« Je pense qu’aucun homme, jamais, ne fut plus favorisé que lui par le Destin. Il avait, dans son jeu, tous les atouts : la beauté, la distinction, le charme, le goût, le talent, la fortune et l’esprit. Puis, le Destin voulant parachever son œuvre, il eut ce pouvoir prodigieux de faire rire… D’autres, me direz-vous, l’avaient eu avant lui et d’autres l’ont encore, ce pouvoir, (…) mais lui, Georges Feydeau, ce qu’il avait en outre, et sans partage, c’était le pouvoir de faire rire infailliblement, mathématiquement, à tel instant choisi par lui et pendant un nombre défini de secondes.  Ses pièces étaient conçues, construites, écrites, mises en scène et jouées à une cadence particulière et que, vingt ans après sa mort, on est tenu de respecter.
Ses vaudevilles, puisque c’est ainsi qu’on appelle ses oeuvres, portent sa marque indélébile. D’autres vaudevilles ressemblent aux siens, mais les siens ne ressemblent pas aux vaudevilles des autres.
Faites sauter le boîtier d’une montre et penchez-vous sur ses organes : roues dentelées, petits ressorts et propulseurs – mystère charmant, prodige ! C’est une pièce de Feydeau qu’on observe de la coulisse. Remettez le boîtier et retournez la montre : c’est une pièce de Feydeau vue de la salle – les heures passent, naturelles, rapides, exquises…
Il était un ami fidèle, attentif et discret. C’était un solitaire – et cet homme qui faisait éclater de rire ses contemporains, a traversé la vie mélancoliquement. Son visage était si fin, si beau, si français que c’est celui que M. Larousse avait choisi pour illustrer le mot moustache. »

 

Jean Cocteau
En 1941, Jean Cocteau réalise les décors et les costumes de la Main passe (article paru dans La Gerbe, le 6 février 1941. Source : BNF/ Gallica

« Pourquoi Marcel Ferrand et Jean Marchat m’ont demandé les décors et les costumes de « La Main passe » ?

Parce que Feydeau est un poète lyrique dans son genre et qu’ils voulaient n’avoir recours qu’à un poète. Pourquoi ai-je accepté ? Par respect pour Feydeau-poète et pour une noble troupe qui progresse de jour en jour. Rien de plus naïf que de croire que la poésie au théâtre se limite à Musset. Musset, c’est le théâtre poétique. La poésie de son théâtre ne vient pas de ce que les personnages disent des choses poétiques qui horripilaient Baudelaire, mais d’un certain mécanisme mystérieux. Quand les Français cesseront-ils de confondre la poésie avec ce qui est poétique, le rêve et la rêverie ?

Lorsque j’étais très jeune et que je rentrais chez moi, il m’arrivait de m’arrêter à la terrasse de Maxim’s où m’attirait un homme étrange. C’était Feydeau. Considérable, le col du pardessus relevé, le melon basculé sur une toute petite figure, constellé d’opales, les yeux mi-clos jusqu’à n’être que des fentes, la moustache fine, il soulevait d’une main molle jusqu’à sa bouche sinueuse un cigare énorme. Je le conduisais souvent jusqu’au kiosque du marchand de journaux de la gare Saint-Lazare, avec lequel il conversait jusqu’à l’aube. « 

Vous pouvez explorer l’univers de Feydeau à travers les autres  articles :

– Le Théâtre de Georges Feydeau
– Les ressorts comiques du langage chez Feydeau
– La politique dans les pièces de Feydeau
– Les progrès techniques dans les pièces de Feydeau
– Le vaudeville et Feydeau (à travers deux articles de Feydeau).

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